Notices sur des Sociétaires

Des sociétaires piliers de Sciences et Arts

Se retrouvent ici tous les membres de la Société qui, quoique n'ayant jamais eu les honneurs de la présidence, ont  participé à sa renommée et ont laissé une œuvre que leurs neveux d'aujourd'hui se doivent de diffuser. 

François-Louis VERON du VERGER

Premier secrétaire perpétuel

 

Tableau de François louis Veron Duverger

 

Narcisse DESPORTES, dit le Jeune

par Nicole Pietrin

Naturaliste

Membre de la Société Sciences et Arts de 1801 à 1854

Extrait de la deliberation de la societe sciences et arts 1838

Narcisse Desportes naturaliste manceau

d'après M. Gentil membre titulaire

Narcisse Desportes est né à Champrond dans le canton de Montmirail le 2 décembre 1776 (ADSarthe, acte p. 3, suite du registre) de Pierre Henri Desportes maître de forges de Vibraye et Euphrosine Louise Duhail.

Il fut élève au collège de l'Oratoire de 1789 à 1791. Après des études de sciences à Paris, il devient un des plus grands naturalistes et botanistes de son temps. Il collabore avec deux botanistes parisiens, Lamarque et Mirbel, et participe à la rédaction d'un ouvrage de référence : Exposition des caractères des genres des plantes. Il refuse alors un poste au Jardin des Plantes à Paris pour revenir s'installer en Sarthe avec sa famille.

Il devient en 1808 maître de forges à Aron en Mayenne, forges qu'il exploite avec son beau-frère jusqu'en 1817, puis il vient s'installer près du Mans à Saint-Georges-du-Plain où il se consacre entièrement à sa passion de botaniste.

C'est à la séance du 3 juillet 1801 qu'il est élu résident de la Société libre des Arts.

En 1805, il est élu archiviste adjoint au sein de la Société Sciences et Arts de la Sarthe dont il fut membre durant 55 années, il s'est investi dans le classement des ouvrages de référence de la bibliothèque pour aider le bibliothécaire d'alors, Thomas Cauvin. 

Aux élections de 1831, il est élu premier adjoint à la mairie du Mans et prend aussi le poste d'ordonnateur du bureau de bienfaisance dont il remplira les fonctions jusqu'à sa mort. Homme actif, mais néanmoins très modeste, il s'investit dans tout ce qu'il fait et publie même un guide à l'usage des voyageurs qui doit être le premier en son genre.

Narcisse Desportes devient conservateur des musées du Mans en 1833 et le restera jusqu'à sa mort  Sa première épouse, Pauline Duhail, étant décédée le 2 juin 1814, il se remarie au Mans, le 21 février 1841, avec Esther Pesche (ADSarthe, acte 50 p. 401), fille de Clément Pesche libraire rue du Pré.

Son catalogue des insectes, sorti en l'An X de la République, augmente la connaissance des insectes de 300 espèces due à son observation.

Il meurt au Mans le 7 juin 1856. (ADSarthe, (1856-1857) Acte Décès, 425, p. 76)

Ses œuvres :

  • Roses cultivées en France, au nombre de 2562 espèces ou variétés, avec la synonymie française et latine. Paris, Mme Huzard, Le Mans, Pesche, 1829. Le sous-titre porte : Rosetum Gallicum, ou Énumération Méthodique des Espèces et Variétés du genre rosier, indigènes en France ou cultivées dans les jardins.
  • Biographie et bibliographie du Maine et du département de la Sarthe, faisant suite au Dictionnaire statistique du même département, Le Mans, Monnoyer,1828.
  • Description topographique et hydrographique du diocèse du Mans, Le Mans, Pesche aîné, 1831, in-16°
  • Description topographique et industrielle du diocèse du Mans, suivie du Guide du voyageur dans la Sarthe, la Mayenne et départements limitrophes,... 2e édition de l'ouvrage précédent, Le Mans, Pesche, 1838, in-16°
  • Flore de la Sarthe et de la Mayenne, disposée d'après la méthode naturelle, avec l'indication des propriétés médicales des plantes et leur usage dans les arts, Le Mans, C. Richelet, 1838, in-8°
  • Bibliographie du Maine, précédée de la description du diocèse du Mans, Sarthe et Mayenne, Le Mans, Pesche,1844, in-8°
  • Tableau méthodique et synonymique des fraisiers cultivés. Le Mans, impr. de Julien  Lanier et Cie, 1854, in-8̊, 28 p. Extrait du Bulletin de la Société d'horticulture de la Sarthe (sur Gallica.BNF)

Références : bulletin de la Société Sciences et Arts 1911-1912

François DORNIC (1911-1998)

par Didier Béoutis

Portrait de François DORNIC

Vice-président de Sciences et Arts (1955-1968),

Militant politique, élu local, historien moderniste

Président de l’Université du Maine

D'origine bretonne, François Dornic est né, le 25 août 1911 à Chaville (Seine-et-Oise), issu d'une famille modeste, son père ayant été ouvrier agricole, puis artisan maçon. Passé par l'École normale d'instituteurs de Caen, le jeune François sera en poste dans des écoles primaires du Calvados, tout en obtenant une licence d'histoire à l'Université de Caen, avant d'être admis à l'École normale supérieure de l'enseignement technique (E.N.S.E.T). Il est ensuite affecté à l'École pratique de commerce et d'industrie de Limoges, puis muté, en 1936, à celle du Mans (futur collège, puis lycée technique), où il enseigne le français, l'histoire et la géographie.

Marié, père d’une fille, François Dornic, mobilisé en 1939 au 74ème régiment d’infanterie, stationné dans la Meuse, y est blessé par un éclat d’obus, le 10 juin 1940. Hospitalisé, puis démobilisé, il retourne à son poste d’enseignant au Mans.

Ayant milité au Parti communiste lorsqu’il vivait dans le Calvados, François Dornic adhère, devenu manceau, au Parti socialiste-S.F.I.O, et, à ce titre, occupera les mandats de conseiller général de la Sarthe, élu d’un canton comprenant une partie du Mans et des communes rurales (1945-49), puis de conseiller municipal du Mans (1953-59). Orateur incisif, ayant le sens de la répartie, délégué de la section du Mans de la S.F.I.O, il animera à de nombreuses réunions publiques, à l’époque souvent contradictoires. Dans son action politique de terrain, il s’occupera notamment de la mise en place des cantines scolaires dans un département alors en forte croissance démographique. Proche de Christian Pineau, il sera membre de ses cabinets de ministre des affaires étrangères, de 1956 à 1958, chargé notamment des dossiers locaux.

Dès la fin des années cinquante, François Dornic passe du militantisme à la recherche historique. En 1954, il avait soutenu avec succès, devant l’Université de Caen, une thèse de doctorat intitulée L’industrie textile dans le Maine et ses débouchés internationaux (1650-1815). Admis à Sciences et Arts en 1950, il en est élu vice-président en 1955, mandat qu’il conserva jusqu’en 1968. Il donnera plusieurs conférences à notre société. Dans les années soixante, il rédige régulièrement des articles qui paraissent dans la revue La Vie Mancelle. La création d’un enseignement universitaire littéraire au Mans, en 1965, permettra à François Dornic d’accéder à l’enseignement supérieur. Chargé de cours d’histoire moderne et contemporaine au Collège universitaire du Mans en octobre 1965, il sera promu maître-assistant en 1967, puis professeur, et directeur de l’institut d’histoire. En mars 1976, il est élu président de l’Université du Maine nouvellement créée (la dénomination de « Maine » lui doit beaucoup), et exercera son mandat jusqu’en mars 1979, alors touché par la limite d’âge.

Outre sa thèse de doctorat, François Dornic est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques, notamment une Histoire du Maine (1960) et une Histoire de l’Anjou (1961), dans la collection Que sais-je ? Une ascension sociale au XVIIème siècle : Louis Berryer, agent de Mazarin et de Colbert (1968), La France de la Révolution 1789-1799 (1970), et a dirigé une très complète Histoire du Mans et du pays manceau (Privat, 1975), avec notamment les participations de Paul Bois, Jacques Biarne, François Garnier, Michèle Ménard.

Après avoir publié ses souvenirs de guerre, Un homme pris dans la guerre (1946), François Dornic a rédigé ses mémoires, sous le titre La vie qui bat… en trois volumes, publiés de 1995 à 1998, sur un total de 380 pages (éditions Cénomane). 

Retiré à Saint-Avertin (Indre-et-Loire), François Dornic est décédé, le 30 juin 1998, dans sa 87ème année.

 

 

 

Jeanne DUFOUR (1928-2015)

par Didier Béoutis

Portrait de Jeanne Dufour

vice-présidente de Sciences et Arts,

docteur ès lettres, géographe de l’agriculture sarthoise

 

Née au Mans en 1928, Jeanne Dufour, fille d’instituteurs, a vécu toute son enfance dans la campagne sarthoise, au gré des affectations de ses parents (Boëssé-le-sec, puis Lombron). Élève du lycée Berthelot du Mans, où elle obtint son baccalauréat en 1947, Jeanne Dufour fit ses études supérieures à la Sorbonne, où, tout d’abord historienne, elle allait se spécialiser dans la géographie ruraliste, rédigeant son mémoire de diplôme d’études supérieures sur Le Pays de buttes au nord-est du Mans. Elle obtint, en 1954, l’agrégation d’histoire et géographie, ce qui lui permit de commencer une carrière de professeur dans l’enseignement secondaire, aux lycées de jeunes filles de Saumur, puis de Poitiers. Attachée au C.N.R.S. en 1962, et auteur notamment d’études sur L’influence de l’usine Renault sur la vie rurale du département de la Sarthe et L’influence des villes sur les campagnes sarthoises, elle passe ensuite dans l’enseignement supérieur, en 1966, en qualité de chargée de cours au tout nouveau Collège littéraire universitaire du Mans – l’embryon de notre actuelle université du Maine –. Là, elle se spécialise dans l’enseignement de la géographie, étant nommée, quelques années plus tard, directrice de l’Institut de géographie. Elle organise son organisme de façon vivante et « pluri-professorale », une unité de valeurs pouvant être confiée – contrairement à ce qui se pratiquait dans les autres disciplines – à plusieurs enseignants. Les étudiants avaient, donc, parfois la surprise, lorsqu’ils se rendaient à un cours, d’y trouver un enseignant différent de celui qu’ils avaient vu les semaines précédentes, qui était parfois « Mademoiselle Dufour » elle-même… S’exprimant de façon vive, enjouée et claire, elle savait communiquer sa passion à ses auditeurs.

Parallèlement à son enseignement et la direction de son Institut de géographie, Jeanne Dufour préparait une thèse d’État sur un sujet qu’elle avait bien connu dans sa jeunesse, qui la passionnait, et pour laquelle ses recherches antérieures l’avaient préparée : Agriculture et agriculteurs dans les campagnes mancelles - Le devenir des régions agricoles, sous la direction de Jacqueline Beaujeu-Garnier. Elle soutint sa thèse avec succès, à la Sorbonne, en 1979. Dans cet important travail de six-cents pages, après avoir présenté le territoire rural de la Sarthe qu’elle divisait en vingt « micro-régions agricoles » – les unes plus « normandes », les autres plus « ligériennes » –, l’auteur évoque – en historienne – la mise en place et l’évolution de l’agriculture sarthoise du XIXe siècle jusqu’en 1945, expliquant les mutations sociales, la naissance des institutions – « la rue Paul Ligneul » – qui vont gérer le monde rural du département. Jeanne Dufour évoque ensuite l’agriculture contemporaine, avec les clivages qui désagrègent la société rurale – opposant les agriculteurs des campagnes dépeuplées à ceux des zones périphériques des villes –, avec aussi les mutations des productions, entre culture et élevage. L’ouvrage se termine par un chapitre consacré aux agriculteurs, à leurs mentalités et leurs comportements, montrant que les écarts tendent à se creuser, non seulement d’une « micro-région » à l’autre, mais parfois à l’intérieur de la même commune.

Jeanne Dufour fut promue, en 1980, professeur des Universités à l’Université du Maine, ce qui lui permit de poursuivre, sur place, son enseignement et ses travaux, jusqu’en 1988, date de son départ en retraite, pourvue du titre de professeur émérite Une retraite qui sera active, puisqu’elle accepta une charge de commissaire-enquêteur, et poursuivit ses recherches en publiant (Les Alpes mancelles), ou en participant à des ouvrages collectifs (La Sarthe, des origines à nos jours), sur la géographie de notre département. En 1996, elle fut élue à la présidence du Comité scientifique du Parc naturel régional Normandie-Maine, apportant à cet organisme créé en 1975, son savoir et son expérience d’une universitaire « de terrain ».

Elle conserva ce mandat jusqu’à son décès, le 11 février 2015, dans sa 87ème année. Jeanne Dufour était très attachée à notre Société, à laquelle elle fut, durant de nombreuses années, assidue aux séances, à laquelle elle donna plusieurs communications et siégea, en qualité de vice-présidente, de 1995 à 2004.

Elle fut honorée, pour ses travaux, de plusieurs distinctions officielles : 

chevalier de la Légion d’honneur, du Mérite agricole, des Palmes académiques.

 

 

 

Fernand LETESSIER (1914-1987)

par Didier Béoutis

Portrait de Fernand Letessier

Secrétaire général, puis vice-président de Sciences et Arts (1958-1987),

historien de la littérature du XIXe siècle et de celle du Maine

Né au Mans, le 10 septembre 1914, Fernand Letessier accomplit, de 1924 à 1932, dans toutes les matières, de brillantes études au lycée de garçons, obtenant chaque année le prix d’excellence, ainsi qu’un accessit au concours général de thème latin. Il fit ses études supérieures de lettres classiques à Rennes, Caen, enfin à Paris où il rédigea, sous la direction de Mme Durry, un mémoire de diplôme d’études supérieures sur La vie de Rancé, dernière œuvre de Chateaubriand. Tout en exerçant comme professeur adjoint au lycée Janson de Sailly, Fernand Letessier passa avec succès l’agrégation de grammaire, en 1938. Son premier poste fut au lycée Descartes à Tours, où il succéda, sur la chaire de 6ème, à Léopold Ségar Senghor.

Mobilisé dans le train automobile en septembre 1939, le jeune professeur combattit, comme aspirant de réserve, avec les cavaliers de Saumur, en juin 1940, en évitant d’être fait prisonnier, et en réussissant à gagner Le Mans. Démobilisé, il fut alors recruté, à la rentrée d’octobre 1940, comme professeur au lycée de garçons du Mans où il resta en poste pendant trente-quatre ans, enseignant avec succès, dans toutes les classes, le français, le latin et le grec, jusqu’à son départ à la retraite, en 1974. Président de l’Amicale des professeurs du lycée, archivistes de l’Amicale des anciens élèves, Fernand Letessier fut, jusqu’à son décès, la « mémoire » de l’établissement, où il avait passé 42 ans de sa vie. Ses portraits de collègues, rédigés notamment pour les cérémonies de départ en retraite, constituent de véritables petits chef d’œuvre, toujours bien vus et amusants, jamais méchants. Il avait milité pour que le lycée de garçons s’appelât Peletier du Mans, du nom de l’érudit manceau de la Pléiade, mais le préfet lui préféra Montesquieu, plus connu. 

Admis à Sciences et Arts en 1941, Fernand Letessier fut extrêmement actif dans notre compagnie pendant plus de quarante ans. Nommé secrétaire général – fonction créée pour lui en 1958 et doublée de titre de vice-président en 1978 –, Fernand Letessier rédigeait, chaque mois, les comptes rendus des séances, ainsi qu’une chronique – fort utile à l’historien – des évènements politiques, économiques et sociaux, des recensions d’ouvrages et des notices nécrologiques, parues dans le bulletin mensuel. Il donna aussi des articles dans les autres revues savantes de la Sarthe, La Vie Mancelle, La Revue historique et archéologique notamment.

Fernand Letessier avait rédigé, pour le Guide littéraire de la France (Hachette, 1954), les notices relatives aux écrivains de la Sarthe, la Mayenne et l’Orne. Spécialisé dans l’histoire littéraire du XIXe siècle et les Romantiques, il publia des articles dans diverses revues savantes et rédigea, chez Didier et Hatier, pour les « classiques » à l’usage des lycéens et étudiants, des éditions commentées de Chateaubriand et d’Hugo. Son « grand œuvre » est une édition critique des Méditations de Lamartine (100 pages d’introduction et 300 de notes !), publiée en 1968 chez Garnier frères, qui manqua, de peu, le Prix de l’édition critique. Fernand Letessier s’attacha aussi, dans les revues sarthoises, à évoquer notamment le passage dans le Maine des Romantiques du XIXe siècle. Mais, très polyvalent, aucun sujet relatif à la littérature ou à l’histoire du Maine ne lui était étranger. Ses travaux sur Lamartine lui valurent d’être, pour l’année 1986, élu président de l’Académie de Mâcon, aux séances de laquelle, malgré la distance, il était toujours très assidu.

Son attachement à la Sarthe lui avait fait renoncer à une carrière universitaire qui se serait nécessairement avérée brillante. Homme modeste, fuyant les honneurs, Fernand Letessier ne prétendit jamais au poste de président de Sciences et Arts qu’il aurait cent fois mérité d’être.

Avec Fernand Letessier, notre compagnie a eu la chance de pouvoir compter, pendant de longues années, sur un administrateur de très haut niveau,

aussi érudit que dévoué.

 

 

Marcel MÉMIN (1898-1979)

par Didier Béoutis

Portrait de Marcel Mémin

Trésorier (1960), bibliothécaire (1970),

vice-président de Sciences et Arts (1974-1979),

historien de Pontlieue-Arnage et archéologue manceau

Fils d’un fabriquant de chaussures, Marcel Mémin est né au Mans, le 19 mars 1898. Il fit au lycée de garçons, où il fut notamment l’élève d’Émile Baumann et de Lucien Lécureux, une  scolarité entrecoupée d’absences, en raison de sa fragile constitution. Patriote, il multiplia les démarches pour réussir à se faire intégrer dans le service auxiliaire, en mai 1917. Après avoir été envoyé en Beauce pour y faire la moisson, il partit pour le front le 30 août. Atteint d’une rougeole compliquée d’une bronchite qui fit craindre pour ses jours, il fut finalement réformé.

Revenu au Mans, Marcel Mémin prépara une licence en droit, par correspondance, à la faculté de Paris, puis s’inscrivit au barreau du Mans en 1921. Tout en exerçant son métier d’avocat, il prépara puis soutint avec succès, une thèse de doctorat soutenue devant la faculté de Paris, publiée en 1926, intitulée Les vices du consentement dans les contrats de notre ancien droit, et en particulier dans les provinces d’Anjou et du Maine, portant principalement sur la lésion. En cette même année 1926, il fut recruté au service du contentieux de la Mutuelle générale française, société où il fit toute sa carrière, jusqu’à son départ à la retraite, en 1960. Chrétien engagé, Marcel Mémin eut des responsabilités syndicales à la C.F.T.C. et aussi au sein des équipes caritatives Saint-Vincent de Paul. Marié en 1927, il fut le père de huit enfants. 

Dès sa retraite, Marcel Mémin reprit les travaux historiques qu’il n’avait pas eu le temps de faire, compte tenu de ses responsabilités professionnelles et de sa charge de famille. Son ami le professeur d’histoire du droit Gabriel Lepointe l’orienta vers le dépouillement des archives de notaire, tandis qu’André Bouton lui proposa de surveiller les chantiers des sous-sols du centre du Mans, afin de recueillir et identifier poteries et autres débris. Marcel Mémin se fit donc historien et archéologue.

Après avoir compulsé des archives notariales de la fin du XVIIIe siècle, Marcel Mémin publia le fruit de ses recherches dans les Mémoires de Sciences et Arts et de la Province du Maine (notamment : Ce que font entrevoir les actes successoraux des notaires du Mans en 1780 ou Les conventions de mariage dans la région mancelle en 1780). Ses recherches lui permirent ensuite de rédiger En ses aspects humains : Pontlieue et Arnage, ancienne paroisse rurale du Maine, un ouvrage d’une plus grande ampleur et fort bien documenté de 427 pages, d’abord paru dans les Bulletins de Sciences et Arts, qui correspond à son œuvre majeure. Il poursuivit son travail sur cette ancienne paroisse, en étant l’auteur de trois autres études tout aussi intéressantes et bien documentées, L’Hôtel-Dieu de Coëffort et les enfants trouvés au XVIe siècle, L’Hôtel de Coëffort et les enfants trouvés (région du Mans) de 1600 à la fin de 1663, et Enfants trouvés sur Pontlieue-Arnage avant la Révolution.

Archéologue, Marcel Mémin a pu l’être, à une époque où les chantiers n’étaient pas protégés, et où tout un chacun pouvait aller, une fois les ouvriers partis, ramasser ce qu’il trouvait. Aimable vis-à-vis des ouvriers, ceux-ci lui conservaient même les objets qu’ils pouvaient trouver après avoir manié le bulldozer ou la pioche. Marcel Mémin n’a pas publié d’étude de synthèse sur ses trouvailles, mais, de 1960 à 1976, une vingtaine de petits articles faisant le bilan de ses découvertes, quartier par quartier, rue par rue.

Admis à Sciences et Arts en 1956, Marcel Mémin accepta les fonctions de trésorier en 1960, puis remplit celles de bibliothécaire en 1970, alors qu’il faisait déjà depuis plusieurs années, au début de chaque séance, le dépouillement des revues reçues, notant les articles dignes d’intérêt. Il fut promu vice-président en 1974. Toujours affable et soucieux de rendre service, il s’intéressait aux lycéens et étudiants nouvellement adhérents, facilitant ainsi leur intégration dans la Société. Marcel Mémin est décédé, au Mans, à son domicile de la rue du capitaine Floch, le 17 janvier 1979, dans sa 81ème année.

La Ville du Mans a honoré le souvenir de Marcel Mémin en donnant son nom à une impasse, dans le quartier de Funay, au cœur de cette ancienne paroisse de Pontlieue-Arnage sur laquelle il avait tant travaillé.

 

André PIOGER (1899-1973)

par Didier Béoutis

Portrait d André Pioger

Vice-président de Sciences et Arts (1968-1973),

historien de la Résistance dans la Sarthe et de la Champagne mancelle

Né à Conlie, le 6 janvier 1899, André Pioger fit ses études à Conlie, puis à Loué, avant d’entrer à l’École normale d’instituteurs de la Sarthe en 1915, d’où il sortit en 1918. Instituteur à La Ferté-Bernard, puis à l’école Pierre Philippeaux au Mans, il fut nommé, en 1931, directeur du Cours complémentaire d’Écommoy, puis du Cours complémentaire Philippeaux au Mans, où il resta jusqu’à sa retraite, en 1959. Maître d’élite, il donna une impulsion particulière aux établissements qui lui furent confiés, notamment le C.E.G. Philippeaux, développant des contacts avec les écoles de formation professionnelle où il pouvait assurer un débouché à ses élèves.

André Pioger fut mobilisé dans l’artillerie en 1918, puis en 1939, comme capitaine de réserve dans les dépôts d’essence. Démobilisé en 1940, il fut très actif dans les mouvements de résistance, au réseau Century, puis, en 1944, au réseau Sussex. À la Libération, il fut nommé président du comité de la Résistance dans la Sarthe, chargé d’enquêter et de donner des avis sur les nombreuses demandes de statuts d’ancien résistant ou de déporté. Il fut, en parallèle, correspondant pour la Sarthe du Comité national de l’histoire de la Deuxième guerre mondiale. André Pioger fut, pour ses activités au titre de la Résistance, honoré de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre 1939-45, de la Médaille de la Résistance et de la Croix de la France libre.

Passionné par l’histoire de son département, André Pioger avait adhéré à notre compagnie dès 1925. Dès 1929, il publiait dans nos mémoires un premier article, À Tennie, de 1787 à 1800. Jusqu’à sa mort, il publia, dans les Mémoires de Sciences et Arts et dans ceux de la Province du Maine, une quarantaine d’articles couvrant l’histoire du Maine, particulièrement sur les découvertes archéologiques et la Champagne mancelle à partir du XVIIe siècle. Il a aussi produit une trentaine d’articles sur la Résistance dans la Sarthe.

Membre du bureau de Sciences et Arts, très présent lors des séances, André Pioger en avait été élu vice-président en 1968. Sa bonhomie et son intégrité en faisaient une personnalité respectée dans les milieux de l’enseignement et des sociétés savantes, comme dans le monde combattant. Il avait été pressenti par André Bouton pour lui succéder au poste de président de Sciences et Arts à l’échéance de janvier 1974. Son décès, le 7 octobre 1973, à l’âge de 74 ans, ne lui permit pas de devenir président de Sciences et Arts.

Le nom d’André Pioger a été donné au collège de Conlie, sa commune de naissance.

Pierre TÉROUANNE (1891-1980)

par Didier Béoutis

Pierre Terouanne

Bibliothécaire (1963), vice-président de Sciences et Arts (1974-1980),

artiste et archéologue manceau

Petit-fils du trésorier-payeur général de la Sarthe, EdmondTérouanne — originaire du Pas-de-Calais —, et de l'industriel manceau Jules Carel, Pierre Térouanne est né au Mans le 27 juillet 1891. Après des études au collège Saint-Louis et au lycée du Mans, le jeune Pierre entra dans l'entreprise familiale Carel de construction de matériel roulant ferroviaire.

Marié le 30 avril 1914 à Simone Avice, fille de l'ancien banquier et maire d'Allonnes Gustave Avice, Pierre fut mobilisé trois mois plus tard dans le 117ème régiment d'infanterie. Il eut une conduite héroïque lors de la sanglante bataille de Virton, le 22 août. Blessé de trois balles aux deux bras et ayant dû lâcher son arme, il accompagna son régiment jusqu'à l'issue du combat, entonnant, pour encourager ses camarades, La Marseillaise et Le chant du départ ! Le 12 novembre suivant, il était décoré de la médaille militaire, distinction réservée aux sous-officiers, alors que, dans l'intervalle, il avait été promu lieutenant ! Pierre Térouanne fut ensuite versé dans l'aérostation, effectuant, notamment dans l'Aisne et les Vosges, des missions d'observation. La guerre terminée, Pierre Térouanne retrouva ses activités professionnelles, siégeant notamment dans les conseils d’administration de l’entreprise Carel et Fouché, dont il fut le président, et des compagnies des Tramways de la Sarthe et de l’Ille-et-Vilaine.

Homme distingué, élégant, aux traits fins, portant monocle sur l’œil droit, plein de sagesse et humour, père de famille nombreuse, Pierre Térouanne était doté d’un sens artistique qui le conduisit à pratiquer avec succès le dessin au fusain, le modelage, la photographie, la gravure sur bois. Il avait fondé, en 1922, avec ses amis Broutelle, Gaspard-Maillol et Raimbault, l’éphémère Groupe des quatre graveurs du Mans. Il avait aussi financé, avec une grande générosité, au Mans, l’entreprise de fabrication de papier pur chiffon, « le Papier de Montval » qu’avait créé Gaspard-Maillol, le neveu du sculpteur Aristide Maillol. Pierre Térouanne fut aussi un des pionniers du scoutisme dans l’ouest, très populaire par ses participations à des feux de camp et par son surnom totémique de « verre solitaire », allusion à son monocle.

Pierre Terouanne avec son monocle

"verre solitaire"

Durant l’Occupation allemande, sa maison de la place Girard et le château familial de la Forêterie à Allonnes furent réquisitionnés. Son atelier fut occupé par de jeunes officiers allemands, plus intéressés aux arts qu’à la doctrine du IIIème Reich. En 1943, Pierre Térouanne y rencontra l’écrivain Ernst Jünger, qui évoqua, dans son journal « Monsieur de Térouanne, homme d’un esprit élevé et agréable, comme seule sait en former une vie passée dans un loisir absolu ». Pierre Térouanne entra dans la Résistance, effectuant des missions dans la région de Saint-Malo.

La vocation d’archéologue de Pierre Térouanne lui vint plus tard, de manière fortuite, en 1953, à la suite d’une forte tempête qui, arrachant un grand acacia, fit découvrir, dans son domaine de  la Forêterie, des traces de maçonnerie très ancienne. Pierre Térouanne put ainsi entreprendre des fouilles, et identifier les restes, sur son site de la Tour aux fées, d’un temple gallo-romain dédié au dieu Mullo (appellation de Mars dans la Gaule de l’ouest).

Il se rapprocha alors de notre Société dont il était membre depuis 1923, assistant régulièrement aux séances, étant promu bibliothécaire en 1963, puis vice-président en 1974. Il fit paraître, dans les bulletins mensuels et les volumes de mémoires de Sciences & Arts, de 1959 à 1979, des notes et articles qui permettent de reconstituer la chronologie des découvertes. Pierre Térouanne, qui se qualifiait en toute modestie de « terrassier » s’intéressa aussi à d’autres sites archéologiques sarthois (Villaines-la-Carelle ; Laigné-en-Belin, Avoise, Rouez-en-Champagne…) La ville d’Allonnes a créé, au pied du sanctuaire de Mars Mullo, un Centre archéologique Pierre Térouanne regroupant le mobilier archéologique issu des fouilles, et accueillant notamment les scolaires.

Poussant ses investigations au Moyen-Âge, Pierre Térouanne se prit de passion pour  la reine Bérengère, à la suite de la découverte, en 1960, d’un squelette de femme, dans l’ordre anatomique, dans la salle capitulaire de l’abbaye cistercienne de l’Épau. À la suite d’études minutieuses, Pierre Térouanne réussit à prouver qu’il s’agissait bien des ossements de Bérengère. Ce qui voulait dire que les restes conservés dans la cathédrale du Mans, dans une boîte en chêne ouverte en 1920, se trouvant sous le gisant en pierre de la reine, étaient apocryphes... Notre Société émit le vœu, en 1969, que le gisant de la reine fût transféré de la cathédrale à la salle du chapitre de l’abbaye, ce qui fut réalisé en 1988, huit années après la mort de Pierre Térouanne, survenue le 5 juillet 1980. Une belle victoire — hélas posthume — pour le « chevalier de la reine » !

Pierre Terouanne dans une tombe

Le "chevalier" près de sa reine

 

 

Robert TRIGER (1856-1927),

par Didier Béoutis

Portrait de Robert Triger

Secrétaire (1884),

puis vice-président de Sciences et Arts  (1912-1927)

président de la Société Historique et Archéologique du Maine  (1899-1927)

historien et archéologue manceau 

Si Robert Triger reste, dans les mémoires, comme l’actif président — de 1899 à 1927 — de la Société historique et archéologique du Maine (SHAM), il fut, parallèlement, un administrateur très présent de notre Société Sciences et Arts (SASAS). Admis comme membre titulaire en 1878, il fut, sous la présidence d’Ambroise Gentil, élu secrétaire en 1884, deuxième vice-président en 1912, puis premier vice-président en 1919, participant régulièrement aux séances mensuelles, y donnant des conférences et des articles, fréquentant assidûment notre bibliothèque, où il faisait état d’une érudition bienveillante et souriante.

Robert-Gustave-Marie Triger est né, le 26 février 1856, au Mans, fils de Gustave Triger, ancien élève de l’École polytechnique, inspecteur de la télégraphie. La famille était originaire de Douillet-le-Joly, commune proche de Fresnay-sur-Sarthe. Le jeune garçon fait ses études dans plusieurs lycées — dont ceux du Mans et d’Alençon —, au gré des affectations de son père. Alors qu’il a 15 ans, il assiste, de loin, depuis Alençon, aux combats de la Guerre franco-prussienne, ce qui le marquera. Après avoir commencé une préparation à l’École polytechnique, il s’oriente vers le droit, obtenant, à la faculté de Caen, le doctorat, en 1879. Mais sa véritable passion est le passé de sa province — plus particulièrement celui de son village de Douillet-le-Joly et de la ville du Mans —, auquel il décide de se consacrer totalement, ses revenus le mettant à l’abri du besoin. Pour cela — trop âgé pour y être élève —, il assiste, en auditeur libre, durant l’année 1882, aux cours de l’École des Chartes, afin d’y acquérir les méthodes de la recherche archiviste et paléographique. 

Robert Triger adhère, alors, aux deux sociétés savantes mancelles, la SHAM et la SASAS, s’y montrant un adhérent actif, publiant régulièrement — jusqu’à sa mort — des études dans les différents bulletins de ces sociétés savantes, et gravissant les échelons de leur hiérarchie. Sous des aspects enjoués, il était confronté à un drame familial : marié en 1887, sans enfant, il eut la douleur de devoir placer son épouse, malade, dans une maison de santé, durant vingt ans, avant qu’elle ne décède, en 1924. C’est donc en solitaire — il n’avait ni frère, ni sœur — et modestement, qu’il vécut et  travailla, dans sa maison de la rue de l’Ancien évêché, pendant de nombreuses années.

Très attaché à sa terre natale, Robert Triger y a exercé des mandats locaux : conseiller municipal de Douillet-le-Joly, entre 1884 et 1921 ; conseiller d’arrondissement de Mamers, où il représenta le canton de Fresnay, de 1886 à 1898. Il a notamment écrit l’histoire de Douillet, Fresnay, Ballon, Alençon, Sainte-Suzanne…

Patriote et catholique, Robert Triger écrivit aussi sur des personnages comme Ambroise de Loré, Marguerite de Lorraine — passés par Fresnay — Sainte Scolastique et Jeanne d’Arc, dont il organisera des fêtes au Mans, en 1909 et 1910. Au moment de la Séparation des Églises et de l'État, il avait pris l’initiative d’une vaste enquête sur l’état des églises de l’arrondissement de Mamers, au moment où elles devenaient propriété des mairies. Citée pendant le débat de la loi de séparation, son étude fut à l’origine d’un article garantissant «l’usage gratuit et indéfini des églises aux fidèles».

L’essentiel des productions de Robert Triger concerne Le Mans, sous toutes les formes de son passé. Parmi ses nombreux écrits, citons ceux relatifs aux bâtiments civils (Hôtel de Tessé, maisons de la vieille ville ; fortifications…) et religieux (Saint-Pavin, Saint-Benoît, la Visitation, l’abbaye Saint-Vincent, le collège de l’Oratoire, l’ancien évêché,…), aux évènements locaux (batailles du Mans de 1793, 1799 et 1871), des biographies de contemporains (Eugène Hucher, Henri Chardon,…).

Historien, conférencier, Triger fut aussi un militant de la préservation du passé de sa ville. Il est à l’initiative du premier dégagement de l’enceinte gallo-romaine (tour du tunnel) en 1910, et de la sauvegarde de monuments, comme la statue de Sainte-Madeleine, rue de Vaux, vouée à la destruction. Il a procédé, en 1903, au classement des pièces du musée d’archéologie du Mans. Il a aussi financé la construction de la crypte de l’église Saint-Pavin, pour y entreposer les reliques du saint.

Soucieux de mieux faire connaître le patrimoine historique du Mans et de la Sarthe, il organisait régulièrement des excursions et visites, où il accueillait des sociétés savantes de France et de Belgique, dont il était le correspondant local.

Dès la déclaration de guerre, en août 1914 — alors âgé de 58 ans —, il décide de cesser toute production historique, pour se mettre au service exclusif de son pays. Il occupera, ainsi les fonctions de chef brancardier et d’administrateur à l’infirmerie de la Croix-Rouge, installée dans les locaux de la gare ferroviaire du Mans, y déployant, jusqu’en janvier 1919, au risque d’une altération de son état de santé, une intense activité bénévole reconnue par tous, récompensée par diverses distinctions.

En 1919, Robert Triger reprendra ses responsabilités associatives et ses travaux historiques. En 1923, il fut chargé, par la Ville, d’organiser, à l’Hôtel de Tessé, une « exposition d’art rétrospectif » dans le cadre de l’Exposition internationale de l’Ouest, tenue au Mans. En 1926, il rassembla ses principaux écrits sur Le Mans en un volume intitulé Études historiques et topographiques sur la Ville du Mans. Le 1er juillet, il fit l’objet d’une grande manifestation de sympathie, à l’occasion du cinquantenaire de la SHAM et de ses « noces d’argent » de président.

Il décéda, le 15 janvier 1927, alors qu’il allait atteindre ses 71 ans. Sans descendance, Robert Triger fit don de sa maison de la rue de l’Ancien évêché à l’Évêché du Mans qui y installa sa direction de l’enseignement, jusqu’à ces dernières années, où l’immeuble fut vendu.

En remerciement pour tous ses états de services,

la Ville du Mans donna le nom de « Robert Triger » à la rue de l’Ancien évêché.