Les premiers Présidents

1804 René-Ferdinand de Chaubry

Par Joseph Guilleux

 

 

 Né à La Flèche le 27 août 1749, il entre à l'École des Ponts et Chaussées le 10 octobre 1765 et est affecté comme sous-ingénieur au Mans du 1er juin 1772 jusqu'en décembre 1781. Il y revient comme ingénieur en chef de la Sarthe du 21 août 1791 jusqu'à son départ en mars 1805.

Rene ferdinand de chaubry

On lui doit les premières grandes transformations urbanistiques de la ville du Mans. Il supervise les travaux des Quinconces et des premières allées des Jacobins confiées à son subordonné le sous-ingénieur Louis Bruyère.

Il sera le concepteur du désenclavement de la place des Halles (aujourd'hui place de la République) en faisant ouvrir la rue des Minimes en 1797 et en démarrant l'étude de l'ouverture de l'actuelle rue Gambetta comprenant un nouveau pont sur la Sarthe. Il établit en janvier 1797 un premier plan du nouveau quartier à édifier dans l'enclos des Ursulines. Ce dernier sera remplacé par un nouveau projet qui se concrétisera par l'ouverture des rues de l'Étoile et des Ursulines en 1804. 

Membre de la Société Sciences et Arts, René-Ferdinand de Chaubry en est le président en 1804.

 Il meurt trente ans plus tard, à l'âge de 85 ans, en 1834.

1805-1806- 1818 Louis Marie AUVRAY

Nicolle Piétrin

 

Louis Marie Auvray est né à Poitiers le 12 septembre 1762 dans la paroisse de Saint-Porchaire où son père était magistrat. La Révolution le trouve prêt à se faire remarquer, il a alors 27 ans quand il entre dans la Garde Nationale où il est nommé au grade de Lieutenant au 104ème régiment d'Infanterie puis colonel au 40ème.

Il fait la campagne du Nord et celle d'Italie pour se retrouver en 1799 au dépôt du Mans où sa présence d'esprit stratégique pour épargner la vie de ses soldats, en fera un héros malgré le retrait de ses troupes face à l'ennemi.

 

 

 

Extrait de naissance de louis marie auvray     Extrait de son acte de naissance sur le site LEONOR

 

 

Grâce à cet esprit d'à-propos il est remarqué par Bonaparte qui en fait, en 1800, un des préfets et le nomme à la préfecture du Mans.

Il y restera jusqu'en 1813.

Le 17 floréal de l'An 8 de la République soit le 7 mai 1800, la Société Libre des Arts du Mans, sous la présidence de Leprince d'Ardenay, organise un défilé derrière la musique municipale du Mans, pour aller offrir à monsieur le préfet, la présidence de ladite société qu'il tiendra, en vertu des nominations annuelles d'alors, en 1805, 1806, 1818.

 

Portrait de louis marie auvray

 

 

Le préfet Auvray est décrit comme un philanthrope et un esprit éclairé. Il est à l'origine de la création de deux œuvres majeures pour la santé et le bien-être de ses concitoyens. L'une de ses batailles, âprement gagnée sur la prédominance parisienne en matière de santé, est la création d'une école de sages-femmes située au Mans. Bataille qu'il gagna difficilement contre le ministre Chaptal qui voyait dans l'article 30 du projet "d'enseignement de l'Obstétrique", envisageant de créer un établissement dans chaque hôpital le plus fréquenté des départements, une concurrence à son école parisienne. Malgré tout, l'école ouvrira ses portes à l'hôpital du Mans le 1er septembre 1808, sans l'aide de l'État malgré un rapport du préfet Auvray démontrant que les sommes allouées par l'État permettaient la formation locale du double de sages-femmes, Chaptal refusant que les sommes de 2400 Francs, soient versées directement à l'établissement. 

Le Préfet Auvray est également à l'origine de la création et de la distribution d'une nouvelle invention mise au point par Antoine Portal (1742-1832), professeur d'anatomie au Collège de France, pour sauver les noyés et les asphyxiés : les boîtes à fumigation ; jusque-là on se contentait de les suspendre par les pieds plusieurs heures, ou de les rouler dans un tonneau, ce qui contribuait largement à leur décès. Cette nouvelle invention permettait un meilleur gage de survie si le traitement intervenait rapidement après la noyade. Ces caissons en bois ou boîtes-entrepôts ont donc été mis à la disposition en Sarthe par la préfecture, sur tous les cours d'eau possédant des portes marinières et des barrages très dangereux où les noyades étaient fréquentes.

Cette machine imaginée fut disposée le long de la Seine dans des boites entrepôts contenant le mode d'emploi et tout le matériel nécessaire pour secourir les noyés. Son fonctionnement était basé sur l'excitation du système nerveux. Les sauveteurs devaient déshabiller le noyé, l'essuyer avec de la flanelle, le couvrir d'un bonnet puis faire entrer de l'air dans les poumons en soufflant dans la bouche par le moyen d'une canule, et enfin introduire dans les intestins de la fumée de tabac par le fondement, en se servant de la machine fumigatoire, tout en chatouillant le dedans du nez et de la gorge avec une plume et en frottant la surface du corps avec une flanelle imbibée d'eau-de-vie.

Baron auvray chevalier de la legion d honneur

Le baron Auvray est nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 14 juin 1804 en sa qualité "d'Ancien" Préfet (sic)

et, en 1815, il est nommé Maréchal de campet Chevalier de Saint Louis par le roi Louis XVIII.

Louis Marie Auvray se retire après la nomination de Derville-Malestroit, le 12 mars 1813 au Château de Taillé à Fondettes. 

Chateau de taillé

Le château de Taillé

C'est le 11 novembre 1833 qu'il trouve la mort dans un accident sur la commune de Fondettes–Vallière à quelques kilomètres de son château.

 

 

 

 

Acte de décès de louis marie auvray bi

Acte de deces de louis marie auvray

 

Blason de louis marie auvray

 

 

 

 

1810, 1812, 1816, et 1818 Jean-Antoine Daudin

Joseph Guilleux

Né à Paris le 12 juillet 1749, Jean-Antoine Daudin succède à René-Ferdinand de Chaubry au poste d'ingénieur en chef de 1ère classe des Ponts et Chaussées de la Sarthe le 28 mars 1805 et y demeure jusqu'à la fin de juillet 1814.

 Il signe, le 15 octobre 1805, le plan de la traverse des routes de Tours à Caen, dont l'étude avait été lancée par son prédécesseur. Il en fera réaliser la plus grande partie, malgré les coupes budgétaires liées aux guerres napoléoniennes.

 Les travaux du pont Napoléon (aujourd'hui pont Gambetta) débutent en 1809 et se terminent en 1812 ainsi que l'établissement sur la rive droite des voiries de raccordement au pont, comprenant la lune de Saint-Pavin, permettant une nouvelle jonction avec l'ancienne rue Montoise.

 

Pont GAMBETTA ( jean antoine daudin)

Rive gauche, le tronçon partant du pont jusqu'à la place de l'Éperon est ouvert le 13 octobre 1813. La réalisation du dernier tracé Éperon-place des Halles sera l'œuvre de son successeur Pierre Cherrier.

Membre de Sciences et Arts, Jean-Antoine Daudin en est nommé président quatre fois de 1810 à 1818.

 Il meurt à 83 ans en 1832.

 

1811 René-Anselme NÉGRIER DE LA CROCHARDIÈRE (1749-1817)

 

par Didier Béoutis

président pour l’année 1811

Né en 1749, René-Anselme Négrier de la Crochardière avait acheté, en 1775, la charge de conseiller au Présidial du Mans, qu’il conserva jusqu’en 1788, année où il fut démis de sa fonction, après avoir refusé de siéger devant le Grand bailli du tribunal du Mans. En août 1800, il est nommé, par le Consulat, maire du Mans, et le restera jusqu’en février 1813, avec une courte interruption en 1812. Il sera, alors, nommé juge au tribunal civil du Mans, fonction qu’il assumera durant quatre années, jusqu’à sa mort, en 1817, alors âgé de 68 ans.

Magistrat et maire du Mans, Négrier de la Crochardière était aussi un érudit et un historien. Il a rédigé, à partir de 1798, de façon manuscrite, des notes sur les événements locaux, rassemblées en un ouvrage en cinq tomes qu’il avait intitulé « Observations sur la Ville du Mans et la province du Maine ».

Alors maire du Mans, il a présidé, durant l’année 1811, notre compagnie qui s’appelait

« Société libre des arts pour le département de la Sarthe ».

 

1819 Louis-Gaspard-Joseph de Clermont-Gallerande

par Benoît Hubert

 

Louis-Gaspard-Joseph était le fils naturel de Pierre-Gaspard de Clermont-Gallerande, lieutenant-général des armées du roi et d’Anne-Elisabeth-Jeanne Wiestin, fille d’un riche marchand de Deggendorf en Basse-Bavière. L’enfance du jeune Clermont-Gallerande se passe entre le château de Gallerande à Pringé [aujourd’hui commune de Luché-Pringé] et la pension du collège des jésuites de La Flèche jusqu’à leur expulsion en avril 1762, puis à l’école militaire qui lui succède. Envoyé à l’école d’équitation d’Angers en décembre 1766, il intègre ensuite comme volontaire le régiment d’Orléans-cavalerie (en juin 1767), commandé par son cousin-germain Charles-Georges de Clermont, marquis de Gallerande, où il va diriger la musique. Il épouse Elisabeth-Hyancinthe  Lorfèbvre, une riche héritière, à Lille le 3 mai 1785.

Affiche de recrutement pour louis gaspard de clermont gallerande copie

 

     Fatigué de la contraignante vie de garnison, il quitte le service en 1787 et regagne la Piltière à Mareil-sur-Loir, que son père lui avait légué en héritage. Il reçoit la croix de Saint-Louis le 28 janvier 1792, huit mois avant la suppression de cette décoration.

      A la Révolution, après avoir démissionné  de la mairie de Mareil en novembre 1791, il quitte le pays fléchois en février de la même année pour séjourner à Lille puis au Mans en 1795. Adversaire du régime impérial, il y fait pourtant intégrer ses deux fils dans des régiments de cavalerie. La Restauration permet à lui-même et sa famille de retrouver places et honneurs. En 1815, il est nommé colonel de la garde nationale de la Sarthe ; il est décoré de l’ordre du lys et de la Légion d’Honneur. Il reste dans la capitale cénomane jusqu’en avril 1821 et y occupe les fonctions de maire adjoint et de président de la société royale des arts et des sciences.

     Il décide ensuite de suivre ses fils en garnison à Versailles et d’assurer la gestion et la promotion de leurs carrières, d’autant que son vieux compagnon d’armes le marquis de Latour-Maubourg est devenu ministre de la guerre depuis la fin de 1819.    

     La déchéance de Charles X et l’arrivée sur le trône de Louis-Philippe en juillet 1830 conduit ses deux fils à refuser de jurer fidélité au nouveau régime et à démissionner de l’armée. Cette « deuxième Révolution » provoque le retour de toute la famille à La Piltière à Mareil-sur-Loir.

La piltiere a mareil sur loir clermont gallerande copie

Il y meurt nonagénaire en 1837.

     

« L’homme qui ne voulait pas être président »

Il laisse une œuvre considérable, jusqu’ici largement méconnue. Historien de sa famille, il se montre aussi un grand collectionneur de manuscrits, bibliophile, « antiquaire » et érudit renommé, collectionneur de monnaies anciennes et de médailles, de tableaux, de poteries de Bernard Palissy etc. Ses talents étaient multiples : peinture, poésie et surtout musique dont il nous laisse de nombreuses compositions tant religieuses que profanes.  

Le chevalier de Clermont-Gallerande laisse une œuvre manuscrite d’une soixantaine de volumes d’environ 300 pages chacun dont la plus grande partie est conservée au fonds ancien de la médiathèque au Mans. Il avait été reçu membre de l’Académie d’Angers, comme « associé étranger », en 1780 et y avait produit plusieurs travaux remarqués (restés sous forme manuscrite) sur le roi René et les grands hommes de la province d’Anjou. Il avait été aussi membre de l’Académie celtique en 1805.

Un registre manuscrit clemont gallerande copie

     Ces nombreux volumes manuscrits relatent plusieurs moments de sa vie de sociétaire, en particulier la séance qui le vit accéder à la présidence :

« Le mardi 22 juin 1819 à six heures du soir, la société royale des arts s’assembla dans sa salle à la municipalité pour y vaquer à la nomination du bureau sous la présidence de Mr Dodun ex-ingénieur des Ponts et chaussées. On procéda par voie du scrutin à la nomination d’un nouveau président annuel et après trois différents scrutins, la majorité se réunit en faveur de Mr de Clermont qui fut forcé d’accepter bien contre son envie. La sous-présidence étant dévolue à Mr Dodun, ex-président ».

Discours que Mr de Clermont prononça à la séance de la société royale des arts le 26 juillet 1819 comme président de la dite société, ayant été élu à cette place le 22 juin précédent

« J’ai l’honneur, Messieurs, de débuter aujourd’hui comme président d’une société estimable, estimée et éclairée, laquelle par ses travaux tendant à l’amélioration et au bien général est devenue par ses lumières, celle du département.

Je sens, Messieurs, toute mon insuffisance pour remplir ce poste honorable, et pour remplacer mon prédécesseur, qui sait unir aux talents, au mérite personnel, l’envie de propager ses connaissances et rendre utiles ses découvertes.

Longtemps il a mérité dans la carrière honorable qu’il a parcourue les suffrages de ses chefs et du gouvernement : aujourd’hui, il consacre ses talents à éclairer ses concitoyens par ses recherches et par des travaux utiles à son pays.

Il serait difficile à moi de rivaliser avec lui de mérite et de connaissances ; mais la bonne volonté, le désir de capter vos suffrages, votre estime et l’envie de ne pas me rendre indigne de la place dont votre indulgence a daigné m’honorer, viendront à mon aide et avec de grands efforts, il est permis d’oser espérer.

Toutes les connaissances sont du ressort de notre société, agriculture, filature, industrie, architecture, médecine, antiquité, poésie etc. Non seulement les ouvrages de nos estimables confrères tendent à éclairer l’esprit, mais même à diriger le cœur.

Les connaissances qui font l’objet de l’esprit humain, sont d’une trop vaste étendue, et la vie de l’homme est trop courte, pour qu’elles puissent être embrassées par un seul. Aussi notre société se fait-elle un devoir de partager ses travaux et chacun de nous adopte la partie qui lui convient. Depuis que j’ai l’avantage d’être membre de la société des arts, j’ai entendu ces différentes parties traitées dans notre enceinte et en séances publiques avec cette érudition et ces connaissances qui dénotent le génie et les talents, et qui concourent à la gloire et à la célébrité de cet utile établissement.

Heureux, Messieurs, si les faibles notions que j’ai acquises par mon assiduité au travail, peuvent justifier votre choix, et m’acquitter auprès de vous de l’honneur que vous avez daigné m’accorder en m’élevant à la place honorable de votre président, que je ne représenterai qu’en tremblant, et où je gagnerai infiniment en vous écoutant et en cherchant à me modeler sur mes honorables confrères ».

Plusieurs de ses discours sont conservés dans ses papiers personnels. Il  prononce le 14 décembre 1820 un long discours très érudit sur « les gymnases ou exercices gymnastiques », et une  « dissertation sur les pantomimes », d’après l’académicien Burette. Il est remplacé à la présidence de la société à la fin de l’année 1820 par l’ancien manufacturier et talentueux littérateur Desportes de Gagnemont.

Renouvellement du président de la société royale des arts de la ville du Mans ; conformément au règlement de la dite société, approuvé par son excellence le ministre de l’intérieur

« Louis-Gaspard-Joseph de Clermont, membre de la société royale des arts, ayant été élu président de la dite société le 22 juin 1819 présidence qui, selon le règlement ne doit durer qu’un an sans pouvoir être réélu, elle fut prolongée par les circonstances jusqu’à la séance du mardi 26 décembre 1820 dans laquelle on procéda par voie de scrutin à la nomination d’un président, d’un vice-président, d’un secrétaire, d’un trésorier et d’un archiviste à la pluralité des voix Mr Desportes de Gagnemont fut élu président, M. de Clermont vice-président, Mr Houdbert secrétaire, Mr Bérard trésorier et Mr Le Dru archiviste. 

Nota : la société libre des arts du Mans qui avait succédé à la société d’agriculture de cette ville qui existait avant la Révolution, obtint de la sanction du ministre de l’intérieur de se donner un règlement en mars 1799 et adopta le titre de société libre des arts, titre que Sa Majesté Louis XVIII par son ordonnance du mois de décembre 1814 a bien voulu changer en celui de société royale des arts ».

1821 Joseph Henri Desportes de Gagnemont

par Nicolle Piétrin

 

Joseph Henri Desportes de Gagnemont, fils de Charles-Henri Desportes de Linières (président de Sciences et Arts en 1768), est né le 15 janvier 1754 au Mans et est mort le 5 avril 1839 au château d'Amigné à Changé, âgé de 85 ans (AD Sarthe Acte 17 p. 120). Les deux témoins de sa mort sont deux ouvriers de la sucrerie d'Amigné toute proche qui logeaient au château. Il était littérateur et à ce titre a donné à la Société Sciences et Arts une traduction en vers français de la première églogue de Virgile dont Nioche de Tournay, secrétaire perpétuel de la Société, s’était fait le porte-parole à la session de 1809.

Il avait donné auparavant une traduction libre en vers français d’une ode d’Horace en 1803. Il a laissé à la Société d’Agriculture Sciences et Arts, également deux oeuvres :

«  l’Homme », « Le Lis et la Pensée » une fable  à la manière de La Fontaine et une « Ode sur l’Amour Maternel écrit en 1819 » (Voir Tome VI p. 124 des Mémoires de 1809) et une oeuvre plus politique, conservée dans la bibliothèque de notre Société, écrite en 1819, qui regrette le siècle de Louis XIV, ainsi qu'une intéressante notice (cotée XV, C, 6) sur « Les avantages que la culture du lin pourrait procurer au département de la Sarthe » où il expose l’avantage de cette culture sur les terres assez pauvres du département.

Extrait du discours et debut de l ode a l amour maternel cliche np sasas copieExtrait du discours et début de l'Ode à l'amour maternel (Cliché NP Sasas)

Le 27 mai 1807, monsieur de Gagnemont fait don à la Société d’une « Traduction Libre du Fragment d’un Poème de Cornélius sur la Mort de Cicéron », un "Récit de Drancès" dans la tragédie de Turnus en une poésie de 60 vers. En 1820, il écrit une pièce de 9 pages sur papier vergé en vers "La vie privée d’un sage".

Le 21 Décembre 1820, élu président de la Société, Monsieur Desportes de Gagnemont fait son discours d’investiture où il exprime sa gratitude envers les membres de la Société. Voici ce que nous lisons dans le recueil des procès verbaux, page 117 :

« un certain sentiment d’insuffisance lui avait fait craindre le fardeau honorable que lui imposait sa nomination… mais la manière affectueuse avec laquelle il lui avait été déféré et qui lui manifestait toute la bienveillance de la Société ; la confiance qu’il avait d’ailleurs dans ses collègues, habituellement jaloux de contribuer au bien, en s’aidant les uns et les autres, de leurs lumières, l’avait déterminé à se rendre à leur vœu qui le pénétrait de reconnaissance.» Ce discours modeste a été suivi de justes applaudissements.

Dicours de desportes gagnemont

Henri Joseph Desportes de Gagnemont Franc-maçon et Rose-Croix

Lors des évènements de juillet 1789, Desportes de Gagnemont faisait partie de la deuxième compagnie recrutée dans les paroisses de Saint-Pierre-La-Cour et Saint-Pierre-l'Enterré en septembre 1789 où il était sous-lieutenant. C'est tout naturellement qu'il signe avec son frère Desportes de la Fosse, dans le respect de la loi lue le 7 juin 1791, la pétition pour le retour du régiment des Dragons. Il appartenait à deux loges maçonniques : l’une au Mans, la loge du Moria de 1787 à 1790, et l'autre à Paris, la loge Rose-croix du chapitre de la douce union en 1788 (BNF, Département des manuscrits, fonds maçonnique, fichier Bossu).

Entete de lettre du moria archives de france f 6715 dans bouton 6193

Entête de lettre du Moria  (Archives de France F 6715, dans Bouton 6193)

De la dissidence de ses condisciples à la loge du Moria, il constitue un nouvel atelier appelé Saint-Hubert le 17 janvier 1788 avec son frère Desportes de la Fosse, Ouvrard de Linières, Renusson de la Borde et Jouy Des Roches, atelier qui ne sera accepté par le Moria qu’en juillet. (André Bouton, Les Francs-Maçons Manceaux et la Révolution Française, (1741-1815, p. 97)

Il avait acheté en 1792 vendu comme bien national, avec son frère Desportes de la Fosse (1752-1802) le prieuré Saint-Victeur, pour y installer une usine d’étamines et d’indiennes pour la somme de 24000 livres, et la paroisse de Saint-Jean-de-la-Chèverie dépendant de l’abbaye du Pré pour 5500 livres. Ils commercent aussi avec l’armée pour des déchets de cuivre. (Société Sciences et Arts, tome XV, C, 6-18)

Décédé sans être marié, il n'a aucune descendance.

L’ultime texte délivré à la Société, écrit à la toute fin de sa vie, s'intitule :

"Épître sur l’existence et sur la toute puissance de Dieu".

Vente du château d Amigne a changé

Ce château n'existe plus, il fut vendu aux enchères par ses héritiers en 1851.

ARMES de la famille Desportes :

- de sinople au chevron d'or, accompagné en chef de 2 étoiles à 5 raies du même, et en pointe d'une canette de sable nageant sur une rivière d'argent mouvante de la pointe de Vécu. (Armorial des Échevins-de Maude)

 

1826 et 1827 Charles-Nicolas Allou

par Gérard Blanchard

 

Charles, Nicolas Allou naquit à Paris en 1787. Diplômé de l'École Polytechnique (promotion 1805-1807) et de l'École des Mines de Paris, il choisit de faire carrière dans le corps des ingénieurs des Mines.

Il exerça ses fonctions dans divers départements du centre-ouest : Dordogne, Haute-Vienne, Corrèze, Charente... puis Ille-et-Vilaine. Le jeune ingénieur arriva en Sarthe en 1826, et fut rapidement chargé de la grande région Bretagne-Pays de Loire. Il séjourna peu de temps au Mans, puis effectua ensuite un court passage par le Loiret et la Nièvre (1830-1832) avant de devenir ingénieur particulier au service des carrières de Paris et inspecteur des travaux souterrains de la Seine.

Il adhéra à plusieurs sociétés savantes dont celle d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe qu'il présida deux années consécutives en 1826 et en 1827. Ses centres d'intérêt couvraient un très large éventail qui s'éloignait significativement du champ de ses activités professionnelles. C'est ainsi que l'on trouve dans la bibliothèque de notre Société plusieurs volumes dont un ouvrage consacré à la

  Description des monumens des différens âges dans le département de la Haute-Vienne (1822),

Description des monumens des differens ages
un savant Essai sur l'Universalité de la langue française (1828, 434 pages),

Essai sur l universalite de la langue francaiseou encore une importante Étude sur les casques du Moyen Âge.

Charles Allou mourut à Paris en 1843, âgé de 56 ans.

 

1828 et 1830 Augustin-Marie Gaude

Par Gérard Blanchard

 

Augustin-Marie Gaude naît à Nice le 3 août 1783. Orphelin dès l'âge de dix ans, son oncle, le général Masséna, pourvoit à son éducation et lui procure un emploi dans l'administration des finances en tant qu'inspecteur des droits réunis. Il poursuit sa carrière comme directeur à Rome, alors chef-lieu du département français du Tibre.

En 1814, lors du retrait des Français d'Italie, il est nommé au Mans où il séjourne pendant quinze ans. Il s'y marie en 1817. Entré au conseil municipal, il travaille dans diverses commissions (hospices, bureau de bienfaisance...), adhère à la Société d'Agriculture, Sciences et Arts dont il gère la trésorerie avant d'accepter la présidence en 1828 et en 1830.

Puis les nécessités de la carrière administrative le conduisent à Chartres, à Blois, puis à Évreux où il cesse son activité en 1848, en qualité de directeur des contributions indirectes.

Revenu se fixer au Mans, il reprend rapidement sa place dans la société locale. En 1851 le jeune retraité fait partie du groupe de Sarthois, passionnés de jardinage, qui se rassemblent pour créer la Société d'Horticulture dont il devient , jusqu'en 1854, le premier président. À son poste, il contribue activement au succès des premières expositions horticoles organisées au Mans.

Son caractère aimable et bienveillant, ses qualités de diplomate et de gestionnaire lui permettent de piloter efficacement les débuts toujours délicats d'une telle association, laquelle sera bientôt reconnue d'utilité publique.

 Augustin Gaude meurt à Tuffé le 23 juillet 1863, âgé de 80 ans.

 

1832 Pierre Mortier-Duparc

par Gérard Blanchard

Pierre Mortier-Duparc (ou des Varannes) est né à La Suze le 8 septembre 1748 dans une famille de juristes, issu d’un père avocat et d’un grand-père bailli de la châtellenie du Mortier à La Bazoge. Il commença des études chez les pères de l’Oratoire au Mans puis les poursuivit à Paris. Reçu à son tour avocat en Parlement il revint au Mans exercer sa profession.

La suze en 1695 med louis aragon copie

La Suze en 1695  méd. Louis Aragon

Le jeune homme partageait les idées de son époque quant aux nécessaires réformes institutionnelles et sociétales, lesquelles devaient trouver leur concrétisation avec la Révolution. Il s’engagea alors résolument dans la nouvelle administration. Procureur de la ville du Mans puis procureur-général-syndic du département, il participa activement aux débats et décisions locales. Favorable à la Constitution civile du clergé, il organisa la déportation des prêtres non-jureurs.  Républicain mais homme modéré, il s’éloigna des affaires publiques à la fin de 1792. Il y revint après la tourmente et occupa pendant quelques mois un emploi d’inspecteur des études au Collège du Mans avant d’accepter d’entrer au Conseil des Cinq Cents, nouvelle chambre créée par la Constitution du 22 août 1795 instituant le régime dit du Directoire. Il siégea dans cette assemblée d’octobre 1795 à mai 1797.

De retour au Mans, il s’opposa, avec d’autres membres de la « Société libre des Arts pour le département de la Sarthe », au projet de démolition de la cathédrale et du couvent de la Visitation lequel allait bientôt être dédié au tribunal et à la prison. Il opta ensuite pour un poste de magistrat en présidant le tribunal civil du Mans pendant plusieurs années. Son biographe signale qu’il aurait refusé des promotions au tribunal criminel puis à la Cour d’Appel d’Angers, choisissant plutôt, le moment venu, une retraite paisible et campagnarde — il possédait le lieu des Vivancières à La Suze — tout en apportant son concours zélé aux travaux de la « Société royale d’Agriculture Sciences et Arts du Mans ».

Au soir de sa vie, le 10 juillet 1832, il fut élu président de cette vénérable institution. Honoré par sa  désignation il accepta la charge malgré « son grand âge, sa faible santé et son ouïe défaillante », et ce bien qu’il jugeât la Société « languissante depuis qu’elle avait perdu plusieurs de ses membres remarquables ».

Son passage à la fonction directoriale fut de courte durée ; il présida sa dernière séance le 2 avril 1833 et disparut trois semaines plus tard à l’âge de 85 ans.

Son décès fut enregistré, à la Suze, le 24 avril 1833.

Chateau de la suze par saint elme champ 1829 med louis aragon copie

Château de La Suze par Saint-Elme-Champ, 1829, méd. Louis Aragon

« Homme estimable dont toute la vie fut consacrée à la culture et à la patrie »,

le président Mortier-Duparc laissait dans les archives de nombreuses contributions, rapports ou réflexions… sur des sujets divers concernant, par exemple, l’organisation des institutions, l’évolution des établissements d’enseignement et de la magistrature…

 

1837 et 1840 François ÉTOC-DEMAZY

par Didier Béoutis

 président pour les années 1837 et 1840

 

Né en 1781, pharmacien établi au Mans, François Étoc-Demazy fut élu président de la Société royale d’agriculture, sciences et arts du Mans, pour l’année 1837 – où il succédait à M. Houdbert –. Selon la tradition, il céda son siège, en 1838, à M. Dagoneau (déjà élu en 1834 et 1835), devenant, alors, vice-président. Réélu président pour l’année 1840, François Étoc-Demazy cédera sa place, l’année suivante, au colonel Jean-François Quentin.   

Dans un « appel à nos concitoyens » (bulletin du premier semestre 1837), le nouveau président, pour lequel l’agriculture devait constituer la priorité de la Société, engageait « non seulement les agriculteurs, mais encore les naturalistes, les industriels, les artistes et les littérateurs à vouloir bien nous faire part de leurs travaux », en vue de les publier.      

Historien et biographe, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, François Étoc-Demazy publia, dans les bulletins de la Société, les notices nécrologiques de deux membres qui venaient de décéder :

  • Julien Coudray (1771-1836), capitaine au 7ème bataillon de la Sarthe, qui combattit lors de l’insurrection vendéenne de 1793, puis fut proviseur du lycée de l’Île Maurice ; enfin à son retour au Mans, conseiller de préfecture ;
  • Michel-François Vétillard du Ribert (1763-1835), commerçant en toiles de lin.

Il a aussi publié (bulletin du premier trimestre 1841) une « Dissertation sur les lanternes des morts et description de celle de Parigné-l’Évêque ».

François Étoc-Demazy est décédé en 1846, âgé de 85 ans. Il était le père de Gustave Étoc-Demazy (1806-1893), docteur en médecine, qui fut, pendant trente-neuf années – de 1833 à 1872 –, le médecin en chef de l’asile d’aliénés du Mans, organisant, de façon rationnelle le service médical de cet établissement qui avait été créé en 1828.

Dans les bulletins de Sciences et Arts, François Étoc-Demazy est cité comme « Étoc-Demazy père » afin de le distinguer de son fils.

 

1839 Thomas Cauvin

par Gérard Blanchard

Thomas Cauvin naît à Caen en 1762 dans un milieu modeste ; sa mère devient veuve et élève deux enfants. Le garçon, chétif, varioleux, presque sourd… étudie chez les frères de la doctrine chrétienne où il fait preuve d’un esprit ouvert, méthodique, persévérant. Un temps tenté par l’état ecclésiastique, il s’oriente finalement vers un engagement dans un rôle d’éducateur.

Le jeune homme entre dans la congrégation de l’Oratoire et rejoint le collège de Juilly afin d’y parfaire sa formation et de débuter son enseignement. Il professe à Rouen, puis à Nantes avant d’arriver au Mans en 1788 à la veille de la Révolution. Il n’est pas hostile aux idées nouvelles, il prête serment à la Constitution et, en 1794, lors de la création de l’École centrale qui remplace le collège tenu par les oratoriens, il obtient un poste de professeur d’histoire naturelle qu’il conserve dix années durant. Il fait partie de la petite équipe de maîtres qui sont reconduits à plusieurs reprises dans leur emploi, réforme après réforme, jusqu’à la création du lycée en 1804. Un passage long de trois ans dans un modeste poste d’employé à la sous-préfecture de Saint-Calais, puis c’est le retour à l’enseignement à Angers et en Bretagne au collège de Napoléonville (Pontivy) où il exerce pendant neuf ans avant de prendre sa retraite qui le ramène au Mans.

Medaillon thomas cauvin copie

Médiathèque Louis Aragon

C’est alors qu’il se choisit une nouvelle activité : celle de l’érudit passionné par l’histoire de la province du Maine. Ses travaux sont publiés à partir de 1825. Dans sa bibliographie retenons : Recherches sur les établissements de charité et d’instruction publique dans le diocèse du Mans, son importante contribution à la rédaction de l’Annuaire de la Sarthe, ses Essais statistiques sur les arrondissements du département, son apport dans l’Étude des registres de l’hôtel de ville du Mans et de l’Administration municipale dans la province, ses Observations topographiques sur le diocèse, et son Essai sur l’armorial.

Membre de nombreuses sociétés savantes, Cauvin s’investit dans la participation aux congrès et manifestations qu’elles organisent çà et là. En 1829 il participe à Angers, à la création de l’Institut des Provinces dont il devient le premier directeur général.Le chercheur consacre ses dernières années à une Géographie ancienne du diocèse du Mans avant de disparaitre en 1846, âgé de 84 ans.

Thomas Cauvin fut longtemps l’archiviste de la société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe qu’il accepta de présider en 1839, pendant quelques mois. Il abandonna rapidement la fonction à cause de son handicap (surdité) qui l’empêchait de remplir correctement son rôle.

 

1840 Jean-François QUENTIN

par Gérard Blanchard

 

Jean-François Joseph Quentin naquit au village de Fonteny proche de Château-Salins (Moselle) le 8 octobre 1770. Son oncle, le général Dumouriez l’entraîna à ses côtés parmi les volontaires de 1792 dans les armées du Nord, de Sambre et Meuse. Puis, lors de la disgrâce de son mentor, le jeune soldat fut un temps emprisonné par la Convention avant de réapparaître dans la cavalerie de Jourdan.

Sa carrière se déroula ensuite auprès des généraux de l’Empire, en Italie, en Allemagne, en Russie… toujours dans des régiments de chasseurs à cheval. À la Restauration il fut chef d’escadron au  régiment de dragons de la Seine. Il prit sa retraite en 1826 avec le grade de lieutenant-colonel de cavalerie. Il resta un moment dans ce milieu comme employé au centre des remontes d’Alençon.

L’ancien militaire fut admis en qualité de membre titulaire de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe en novembre 1837. Il s’y montra très actif en fournissant de nombreuses contributions sur des sujets les plus divers d’ordre technique, économique ou social (classement des forçats, numismatique, lutte contre la mendicité, répression du vagabondage, accueil des enfants trouvés, développement des chemins de fer, élevage des bestiaux…).

Il fut élu à la présidence de la société le 10 décembre 1840, et occupa ce poste seulement cinq mois puisqu’il démissionna le 18 mai 1841.

Jean-François Quentin s’éteignit le 24 septembre 1845 en son domicile de la rue de Flore à Sainte-Croix (commune rattachée au Mans en 1855).

 

 

 

1842 Almire–René–Jacques Lepelletier (1842, 1844, 1850)

par Gérard Blanchard

Almire Lepelletier (1790-1880) naquit dans la paroisse de Sainte-Croix, près du Mans, au foyer d’un modeste jardinier. Brillant sujet au collège manceau, il découvrit sa vocation de médecin au cours d’une première expérience de deux années auprès des malades de l’hospice de la ville. En 1812, il s’en alla étudier à la faculté de médecine de Paris auprès de Dupuytren ; il y obtint son diplôme (1818) et exerça à La Salpétrière.

Revenu au pays, le docteur Lepelletier se constitua rapidement une clientèle étendue en qualité de chirurgien en chef de l’hôpital et de professeur de médecine. Un second séjour dans la capitale puis un retour définitif en Sarthe vers 1839 jalonnèrent son parcours professionnel.

Portrait copie

 

C’est alors que ses centres d’intérêt se diversifièrent. À son engagement au service de l’amélioration de la santé publique s’ajoutèrent nombre de réflexions et publications qu’il signa. Au-delà des multiples traités portant sur des expériences ou observations d’ordre scientifique ou médical, sa bibliographie est riche d’innombrables ouvrages, communications, discours, articles… traitant de sujets aussi divers que (entre autres) le système social, l’organisation de l’agriculture, la défense du christianisme, l’éducation et le rôle des instituteurs, des souvenirs de voyages, des découvertes archéologiques… Le bon docteur fut aussi, à ses heures, poète et surtout historien ; on lui doit une importante contribution en deux volumes et 1600 pages sur « L’histoire complète de la province du Maine depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours » …

Province du maine a lepelletier de la sarthe

Notable, le docteur assuma la fonction de maire de Saint-Pavace de 1861 à 1871 et participa aux travaux de maintes sociétés savantes. Il publia de très nombreux articles dans le bulletin de la Société d’Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe dont il fut, à son époque, l’un des membres éminents et assidus ; il présida cette institution à trois reprises en 1842, 1844 et 1850.

 Almire Lepelletier décéda au Mans le 28 février 1880.

1844 Prosper Auguste Anjubault

par Georges Bigot

 

Prosper-Auguste Anjubault est né au Mans le 29 nivôse an 5 (18-01-1797) de Jacques-Procope Anjubault et Marguerite Merriau. Il décédera au Mans rue Erpell le 25 septembre 1867.

Il fut d'abord clerc de notaire au Mans chez Maître Faribault puis s’installa comme notaire à Vallon-sur-Gée en février 1832, mais céda cette charge dès l'automne, préférant résider au Mans, lieu plus facile pour les recherches sur diverses disciplines qui le passionnaient déjà.

En 1839 il est nommé bibliothécaire de la ville du Mans. Il restera en poste jusqu'en 1867 et y réalisera un travail important d'organisation et de classement

Le 24 mars 1835 il est admis comme membre de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe. Il y occupera rapidement des fonctions qui correspondaient à ses compétences, rédacteur du bulletin en 1836, secrétaire en 1837, archiviste adjoint en 1839, vice-président en 1843. Il sera élu président pour un an en décembre 1844, poste où il remplaçait le docteur Almire Lepelletier. Il sera de nouveau vice-président par la suite.

Election de Prosper auguste Anjubault

Election de Prosper-Auguste Anjubault le 17 décembre 1844 (procès-verbaux de la Société)

Election de Prosper auguste Anjubault suite

D'après F. Legeay dans  sa « nécrologie et bibliographie  contemporaine (1844-1880) de la Sarthe », il ne publie pas moins de 66 articles ou opuscules entre 1834 et 1867 sur des sujets extrêmement variés. Sa passion initiale pour la botanique et la zoologie va inspirer nombre d'études sur les vertébrés, les poissons, diverses plantes, ou les parasites animaux avec des articles qui paraissent étonnants aujourd'hui comme ceux sur les hannetons (dans le bulletin de la SASAS en 1862 et en 1865).

Il va toujours s'intéresser à la modernisation de l'agriculture avec des études sur les insectes ravageurs ou le loup, ou par exemple des notes sur un essai d'une nouvelle variété de pommes de terre à Beaufay en 1855 (bulletin de la SASAS 1856).

Il publie surtout nombre d'études historiques sur la ville du Mans, l'abbaye Saint-Vincent, l'Épau, et des articles sur des découvertes locales, tombeaux, monnaies, outils, etc.

Au niveau de la SASAS il publie en 1857 une notice bibliographique sur les dates, l'ordre et les sujets des publications de la Société d'Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe depuis 1761 jusqu'en 1857.

Sur le plan patrimonial en mai 1841 il achète à Mme Amys du Ponceau née Alexandra Bouteiller de Chateaufort (sœur de Henri Charles Bouteiller de Chateaufort maire du Mans sous la Restauration) le petit château de Saint-Cher à Beaufay avec des terres. Pour l'histoire, ce fief fut possédé au 17e et 18e siècle par la famille Amellon de Saint-Cher, famille de magistrats du Mans dont l'hôtel situé dans l'ancienne Grand-Rue perpétue le souvenir. Après son décès (célibataire) ce bien va passer à sa sœur (aussi célibataire) puis à ses neveux dont le député du Tarn et Garonne Joseph Lasserre.

Il publia aussi diverses études dans nombre de journaux et revues : le bulletin de la SASAS, les Affiches du Mans, le Messager de la Sarthe, la Chronique de l'Ouest, etc. et collabora avec des historiens de l'époque comme Hauréau ou Cauvin.

            Sur Prosper-Auguste Anjubault on peut consulter :    

            - Prosper-Auguste Anjubault naturaliste manceau par Ambroise Gentil, dans Bulletin de la SASAS

            - Nécrologie et bibliographie contemporaine de la Sarthe 1844-1880, de F. Legeay

              Ed. Leguicheux  Gallienne : article Anjubault

 

 

 

 

1849 Édouard-Auguste Guéranger

Par Nicolle Piétrin-Haton

             

Les frères Guéranger

La famille Guéranger dont le père Pierre, principal du collège de Sablé où il s'est marié le 4 novembre 1827 à Françoise Jarry, (née à Saint-Jean-sur-Erve en Mayenne), se compose de quatre garçons dont seuls les deux aînés prendront une part active comme membres de notre Société savante. Pierre Guéranger vient au Mans enseigner au collège Sainte-Croix jusqu'à sa retraite en 1823. Il meurt au Mans en 1847.

Il laisse quatre fils :

Frédéric Florent Julien né le 10 pluviôse de l'an I soit le 29 janvier 1793.

Édouard Auguste François né le 16 germinal de l'an 9 soit le 6 avril 1801.

Prosper Louis Pascal né le 4 avril 1805.

Constantin Victor Florent né le 10 avril 1807.

      - Frédéric Florent Julien Guéranger né en 1793, succède à son père à la chaire d'enseignement au collège Sainte-Croix. Il entre à la Société Sciences et Arts le 4 décembre 1827. Frédéric est botaniste mais également professeur au collège du Mans. Il se marie au Mans avec Louise Françoise Adélaïde Jollivet le 28 septembre 1835. On y lit que son frère Constantin Victor Florent est prêtre à La Chapelle-Saint-Aubin.  

Frédéric Guéranger meurt en 1857.

     - Prosper Louis Pascal Guéranger naît le 4 mai 1805 à Sablé. Son acte de décès résume à lui tout seul la longue et brillante destinée qui lui était réservée au sein de la célèbre abbaye bénédictine de Solesmes.

Dom Guéranger était entré au séminaire en 1822 et était chanoine et secrétaire de monseigneur de La Myre-Mory qui décède en 1829. À la suite de quoi, dom Guéranger exerce le ministère paroissial aux missions étrangères à Paris. Il est supérieur général de la congrégation bénédictine de France, chanoine d'honneur des églises et de la cathédrale du Mans, de celles de Nantes et de Saint-Denis de la Réunion.

Il remet sur pied le prieuré de Solesmes dont il rachète les murs avec quelques-uns de ses amis. Avec bien du mal et beaucoup d'imbroglios, il finit par obtenir l'autorisation d'en faire une abbaye. Le curé Ambroise Ledru dans son ouvrage sur Guéranger et monseigneur Bouvier nous en fait une narration savante et approfondie. Depuis 1835, il avait le statut de membre associé de la Société Sciences et Arts. 

     - Constantin Victor Guéranger. Contrairement à ses illustres frères, il n'y a aucune remarque à faire sur ce curé tranquille qui restera toute sa vie durant à La Chapelle-Saint-Aubin où il est enterré le 30 décembre 1862. Il n'avait que cinquante-cinq ans.

     - Édouard Auguste Guéranger est pharmacien quand il entre à la Société en 1836 où il prend rapidement des responsabilités dans la commission pour la rédaction des rapports sur les produits de l'industrie avec cinq autres sociétaires : Houdbert, de Saint-Rémy, Ménard-Bournichon, Bérard et Mortier-Romain. Il se marie au Mans le 4 novembre 1829 avec Marie Euphémie Gallois, fille d'un pharmacien du Mans, et habite 32 rue Sainte-Croix.

On peut lire dans la notice de la Société Sciences et Arts de la Sarthe (année 1895-1896 p.16 et suite), la nécrologie du grand savant qu'il était et les nombreux ouvrages qu'il a écrits, notamment un répertoire de paléontologie de la Sarthe et un album de paléontologie. Sans doute fut-il le premier à proposer les photographies de ses découvertes dans les terrains aux alentours du Mans.

Il fut président de la Société à quatre reprises en 1849, 1850, 1853 et 1855.

Très pieu et d'une sévère prestance, il devient marguillier de la cathédrale du Mans où il tient sa charge avec beaucoup d'assiduité.

C'est le 3 février 1895 qu'il s'éteint âgé de 94 ans ayant à son actif une dizaine d'ouvrages et surtout un traité de chimie appliqué à l'agriculture pour lequel il donnait des cours le dimanche après midi à qui voulait.

Photo Gustave Cosson 1865

Photo Gustave Cosson 1865

1852 Adolphe Antoine Guillaume d'Espaulart

par Georges Bigot

  Adolphe Espaulart dit aussi d'Espaulart ou Espaulard était né le 26 juillet 1810 à Savigné-l’Évêque, au château de Touvoie, de Antoine Henry Espaulart et de Anne Claire Louise Guyonneau de Grandmaison (mariés à Beaufay le 22 août 1797). Il décèdera célibataire au Mans, le 24 juillet 1868.

     Son père, Antoine Henry Espaulart, fut d'abord, d'après François Dornic, principal clerc de notaire à Paris, puis juge de paix et conseiller de préfecture au Mans. Le second mari de la mère d'Antoine Espaulart, Jean Chicault, fut un gros acheteur de biens nationaux puisqu'il fut acquéreur entre autres du château de Touvoie (alors de Savigné-l’Évêque), bien immémorial de l’évêché du Mans, et de l'abbaye des Sœurs Augustines de la Perrigne à Saint-Corneille. Il avait hérité, par sa femme, du manoir de Pambourg à Beaufay et acheté le petit château de Nuyet à Savigné, où leur fils Adolphe vécut un certain temps.

 

Le manoir de pambourg

Le manoir de Pambourg Aquarelle Valérie Sergent

Adolphe d'Espaulart entre à la Société d'Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe en mars 1842. Il en sera président en 1852 et 1854 et aussi vice-président à diverses périodes. Il fut membre de nombreuses sociétés savantes comme, pendant trente ans, de la prestigieuse Société Française d’Archéologie fondée par Arcisse de Caumont.

Adolphe-Antoine-Guillaume d'Espaulart fut président de la Société Académique du Maine, membre de la Société Française pour la Conservation et la Description des Monuments Historiques et de l'Institut des Provinces. Il fut aussi membre du conseil municipal du Mans de nombreuses années et adjoint au maire de 1851 à 1858.

Legeay le décrit comme « archéologue distingué, appréciateur habile du beau dans les Arts, intelligent investigateur des vieux manuscrits, homme d'études sérieuses, apportant dans les salons un esprit charmant ».

Il publiera un certain nombre d'études et d'articles dont plusieurs dans la revue de la SASAS tel « notes sur les peintures murales de la chapelle de la Vierge à Saint Julien du Mans et sur l'histoire de la peinture au Moyen Âge » en 1848 (tome 8). Quelques années après la redécouverte en 1842 de ces peintures par Delarue, elles faisaient l'objet de débats. Espaulart attribue ces peintures à des artistes italiens alors que dans le même tome un autre membre important de la SASAS, l'abbé Voisin, les attribue à des artistes français ; l'histoire a tranché en faveur des thèses de l'abbé Voisin.

Legeay cite une petite trentaine d'articles et brochures d'Espaulart. Citons :

 - Les Sœurs de la Charité, 1836

 - Note sur le Grabatoire, maison du Mans.

 - Notice biographique sur le général de Négrier, 1849.

 - Notice sur  l'évêque François de Luxembourg, 1851

 - Notice historique sur le château de Vaux à Yvré l'Évêque, Bulletin de la SASAS, 1859

 - L'église de la Visitation au Mans, 1861

 - Notice historique sur la fabrication de la cire au Mans, 1861, 1862

 - Séjour de Louis XIII  au Mans, 1863, plus les  divers articles dans le Bulletin de la SASAS [1]

   

Comme son père il s’intéressa aussi beaucoup aux progrès dans l'agriculture ; son père exploitait une ferme pilote dans son manoir de Nuyet à Savigné-l’Évêque.

La ferme de nuyet copie

photo Maine Libre

Selon sa nécrologie publiée dans l'Annuaire de l'Institut des Provinces et des Congrès de 1869 « Mr d'Espaulart avait formé une magnifique collections d'émaux et d'objets curieux qui fut vendue plus de 100 000 francs au prince de Soltykov » ( Alexei Soltykov fut un grand collectionneur russe).

Adolphe d'Espaulart : un cercle de famille remarquable

Par son père Antoine, Adolphe Espaulart était le cousin germain de Alphonse Robert Jean Martin-Lavallée dit Alphonse Lavallée fondateur de l'École Centrale des Arts et Manufactures de Paris (école privée à l'époque, dont il fit don à l’État Français), et père d’Alphonse Pierre Lavallée président de la Société Nationale d'Agriculture) [2]. Il était aussi le cousin d'Adélaïde Martin Lavallée mariée à Chrétien Charles Haëntjens négociant armateur et agronome, et mère d’Alphonse Alfred Haëntjens (1824-1884), fondateur du Journal de la Sarthe (ancêtre du Maine Libre) député bonapartiste de la Sarthe de 1863 à 1884 maire de Saint-Corneille et propriétaire du château de la Perrigne, lequel disparut dans les années 1970.

Par sa mère, il était le neveu de François Alexis Guyonneau de Grandmaison de Pambour (1766-1802), général français mort de la fièvre jaune à Saint-Domingue lors de l'expédition française, et aussi le cousin du fils de celui-ci François Montain Guyonneau de Grandmaison comte de Pambour (1795-1878), militaire polytechnicien ingénieur auteur de plusieurs ouvrages sur les machines à vapeur et les locomotives. Sa mère était aussi apparentée à René Chauvin du Ponceau d'Oigny écrivain et poète et à Jacques Louis Belin de Béru magistrat.

[1] Une partie de ces publications sont disponibles à la bibliothèque de la SASAS au Mans.

[2] Une variété de raisin de table noir « Alphonse Lavallée » perpétue leurs mémoires

Eglise de beaufay

L'église de Beaufay Aquarelle Valérie Sergent

 

1856 Paul SURMONT (1815-1892),

par Didier Béoutis

président en 1856, 1858, 1861-1862

Paul Surmont est né à Mamers, en février 1815, dans une famille de commerçants.

Juge suppléant au tribunal de Mamers, il sera promu, en 1843, juge au tribunal civil du Mans. Il sera, à la tête d’une liste bonapartiste, élu maire du Mans en 1849 et le restera jusqu’en 1854. Passionné de botanique, il fonde, en 1851, la Société d’horticulture du Mans, dont il prendra la présidence en 1854, lorsqu’il aura quitté ses fonctions de maire. Il créera, dans le quartier de la rue Prémartine, le Jardin d’horticulture, d’une superficie de six hectares, aménagé avec un parc à l’Anglaise et un jardin à la Française. Paul Surmont développera « son » jardin, auquel il prendra soin de façon constante, et ce, jusqu’en 1883, année au cours de laquelle il quittera la présidence de la Société d’horticulture.

Durant la même période, Paul Surmont se verra confier la présidence de « Sciences et Arts », en 1856, puis en 1858, enfin en 1861-62, laissant, alors, la présidence à M. Houdbert.

Il décédera en février 1892, en sa 77ème année.            

1869-70 Louis-Charles CLOUET (1821-1886)

Didier BÉOUTIS

président en 1869-70, puis de 1875 à 1877

Né à Nantes en janvier 1821, fils d’un général, le baron Louis-Charles Clouet fait des études d’ingénieur en Italie. Spécialisé dans les constructions des chemins de fer, il se trouve chargé des voies ferroviaires sur le parcours Tours, La Flèche, Le Mans. Il s’installe au Mans vers 1860, et est admis à la Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe. Membre du Comité légitimiste, il est aussi actionnaire du Journal du Mans, un quotidien d’informations de tendance droite catholique.

Érudit, il publiera une dizaine d’études sur le latin et les langues anglaise et italienne : Grammaire analytique de la langue italienne (1865) ; De l‘utilité du latin pour l’étude des langues vivantes (1865) ; Études latines – Des étymologies et de l’accent vocal (1867) ; Étude sur les origines latines de l’anglais (1869). De par ses fonctions professionnelles, il publiera une « Note sur la préparation et l’emploi des osiers plantés le long du chemin de fer de Tours au Mans » (1869).

Il sera président de Sciences et arts en 1869-70, puis, succédant à Henri Chardon, à nouveau, de 1875 à 1877. Cette seconde période correspond à un moment difficile pour Sciences et arts, dont un certain nombre de membres ont fait scission pour créer la Société historique de la province du Maine (S.H.A.M). Ces membres reprochaient à notre Compagnie de trop s’intéresser à l’agriculture, mais pas assez à l’histoire, et d’avoir un spectre centré sur le département de la Sarthe, et non pas sur l’ancienne province du Maine qui correspondait à un tout, en matière historique. Ayant le vent en poupe, les dirigeants de la nouvelle S.H.A.M souhaitent créer une « Société académique du Maine » en absorbant Sciences et arts, en perte de vitesse, dans l’espoir de récupérer ses archives et son importante bibliothèque… En janvier 1878, sensible à ce projet de fusion, Louis-Charles Clouet avait suggéré la dissolution de Sciences et arts et la donation des archives et de la bibliothèque à la S.H.A.M ! Son projet rencontra l’opposition du bureau de Sciences et arts, et, ainsi désavoué, il remit sa démission !

Louis-Charles Clouet quittera la Sarthe en 1882 pour s’installer à Mayenne, où il deviendra un des responsables locaux du Parti catholique. Il y décédera, en juin 1886, âgé de 65 ans.

1872 à 1874 Henri Chardon

par Gérard Blanchard

Henri Chardon naît à Mamers le 28 novembre 1834. Il entame ses premières études dans sa ville natale, les poursuit au lycée Charlemagne à Paris et les termine au collège du Mans par son baccalauréat (1852). Un nouveau séjour dans la capitale, à la faculté de droit, lui permet d'obtenir son diplôme (1855) et de s'inscrire au barreau. Pourtant, il délaisse rapidement le métier d'avocat pour suivre la formation dispensée par l'École des Chartes qui forme les bibliothécaires-archivistes, ce qui correspond mieux à sa vocation naissante.

En décembre 1860, Henri Chardon épouse Marguerite Grignon, fille d'un ancien avocat, juge de paix, maire de Marolles-les-Braults. Dès 1862, le jeune couple s'installe en Sarthe où Henri va pouvoir se consacrer à ses deux passions : l'histoire locale et l'administration de la commune et du département. Rapidement, au cours de l'année 1864, le jeune juriste remplace son beau-père en sa qualité de président du conseil de la fabrique de Marolles, puis il entre à la Société Sciences et Arts dont il devient quasi immédiatement le secrétaire. À cette époque, la signature de Chardon, qui apparaît au bas d'articles publiés dans le journal "Le Progrès" ou de contributions plus conséquentes fournies au "Bulletin de Sciences et Arts", témoigne de son intérêt pour la littérature et l'histoire locale (Scarron, Les poulardes du Maine, La reine Bérengère, Marin Cureau de la Chambre...). en 1869, il livre une œuvre majeure : Les Vendéens dans la Sarthe.

En décembre 1872, la Société le désigne comme son président. Il occupe cette fonction pendant deux ans avant de rejoindre ensuite la toute récente Société Historique et Archéologique du Maine dont il devient rapidement vice-président (1876). C'est désormais dans le bulletin de la S.H.A.M. qu'il publiera le résultat de ses recherches, notamment sur : Les Gréban, Les protestants manceaux, Tahureau, Rotrou, Scarron et les personnages du Roman Comique, Robert Garnier...

Portrait d Henri Chardon

 À la faveur d'une élection partielle, il s'était retrouvé élu au Conseil Général peu avant le conflit de 1870-71. Durant ces mois difficiles et les vingt-deux années qui vont suivre, il déploie une activité inlassable au service des intérêts de son canton et du développement du département. Bien évidemment il siège aussi au conseil municipal de Marolles pendant trente-six ans et occupe le fauteuil de maire de 1885 à 1906.

Henri Chardon participe activement au débat politique. Attaché aux valeurs traditionnelles, résolument conservateur, il est un adversaire de l'homme fort du moment dans l'arrondissement de Mamers. Dans un discours resté célèbre, prononcé en 1901 face à Joseph Caillaux ministre des finances en visite à Marseille, il se pose en ardent défenseur des libertés communales qu'il estime menacées. À la fin de sa vie, ses convictions religieuses très chrétiennes l'obligeront à s'opposer durement à la politique gouvernementale. Il sera suspendu de ses fonctions de maire par le préfet et immédiatement reconduit par ses électeurs (1906).

 Henri Chardon meurt à Marolles le 28 décembre 1906.

 

1878 Armand-Pierre-Vincent Bellée

par Gérard Blanchard

Armand-Pierre-Vincent Bellée naît à Catteville (Manche) le 16 juillet 1827 dans une famille de modestes paysans. À l'issue de ses premières années d'école, sa vive intelligence et sa facilité à comprendre et à retenir le font échapper au métier d'agriculteur, destin qui lui était tracé. Une opportunité lui permet d'obtenir un poste de maître-adjoint face aux élèves du premier âge dans un pensionnat proche de son village, tout en commençant des études classiques. Nommé à l'école communale de La Ferté-Macé, il devient rapidement professeur de sciences à l'École Normale et au lycée d'Alençon, puis à l'École Normale de Saint-Lô.

En 1859, Armand Bellée arrive en Sarthe en qualité d'attaché à l'inspection académique. Ses talents d'administrateur sont très vite remarqués par les autorités locales puisque, deux ans après son arrivée, il est promu employé, puis directeur-adjoint au cabinet du préfet.

 En 1869, le poste d'archiviste du département de la Sarthe se trouve vacant. Là, se révèle sa véritable passion. Il se lance alors avec persévérance dans le travail ingrat d'analyse et de classement de l'immense collection de matériaux historiques conservés dans son service. Séries après séries, avec l'aide de quelques collaborateurs, Armand Bellée rédige inlassablement ces inventaires si utiles aux chercheurs.

Livres archives departementales

En parallèle, il publie de très nombreux articles dans la presse locale ainsi que des contributions dans le bulletin de la Société d'Agriculture Sciences et Arts au sein de laquelle il a été admis en 1867 et où il assume le rôle de secrétaire. Ces études, très documentées, portent sur des sujets, des époques, des personnages... les plus divers, toujours relatifs à l'histoire locale. 

En 1875, lors de la fondation de la Société Historique et Archéologique du Maine, il en est élu le premier président. Puis, le 12 avril 1878, il accepte la présidence de la Société d'Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe. Ce jour-là, dans son discours, Armand Bellée confesse :

"c'est l'honneur de ma vie d'avoir été placé simultanément à la tête des deux sociétés savantes qui renferment dans leur sein l'élite sociale et intellectuelle de ce pays."

 Il ne jouit de cet honneur que très peu de temps puisqu'il décède sept mois plus tard, le 29 novembre 1878, à l'âge de 51 ans.

 

1879- 1880 Abel de Villiers de L'Isle-Adam

par Jean-Jacques Caffieri

 

L'autorisation de porter le nom de Villiers de l'Ile-Adam (sic) est obtenue le 7 septembre 1815 par le vicomte Joseph-Gabriel de Villiers.

Autorisation d ajouter

Un peu moins d'un siècle plus tard, l'éloge funèbre de son descendant, Abel de Villiers de L'Isle-Adam, membre de la Société de 1856 à 1904, président en 1879 et en 1880, décédé le 21 mars 1904, est prononcé par Monsieur Ambroise Gentil, alors Président de la Société, à l'ouverture de la séance du 13 avril 1904. 

L'éloge d'Ambroise Gentil est un appel à une symbiose entre les travaux de nos anciens et les efforts à entreprendre pour en assurer la diffusion et l'approfondissement afin qu'ils ne deviennent pas des "souvenirs-placards" et qu'ils soient ainsi des ferments de culture dans notre monde actuel. Une phrase a retenu mon attention : "J'espère que vous voudrez bien être mon interprète auprès de mes collègues en leur exprimant mes sentiments de gratitude pour l'accueil bienveillant que j'ai rencontré parmi eux et en les priant de vouloir bien m'admettre au nombre des membres correspondants de la Société". Nous sentons ici les qualités des relations humaines au sein de la Société.

Quand j'ai été accepté comme membre de la Société en 1997, Philippe Bouton, s'avisant que je demeurais aux Jubinières, m'a donné la copie d'une lettre adressée à la Société par Abel de Villiers de L'Isle-Adam, datée des "Jubinières, le 25 septembre 1861 ". L'ancien président de la société y faisait part de son changement de domicile, quittant Le Mans pour résider à Sargé.

Lettre de demission de abel de villiers

Pendant la guerre 1870-1871, Abel de Villiers de L'Isle-Adam a été élu maire de Sargé. C'est lui qui géra la situation de préparation à l'affrontement, la guerre et l'occupation. Sa discrétion lui rend honneur. En effet, à la Société, une commission est chargée d'une enquête sur l'invasion allemande. Dans le tome XXII du rapport de cette commission, plusieurs méfaits commis à Sargé sont mentionnés par les enquêteurs qui ont auditionné Monsieur le Maire. Son patronyme n'y est pas toujours cité, preuve de sa discrétion. 

Le père d'Abel, Emmanuel de Villiers de L'Isle-Adam, était également membre de la Société Sciences et Arts.

Abel de Villers de l'Isle-Adam :

- né le 30 novembre 1835 à Mamers dans la Sarthe

- licencié en droit

- marié le 13 septembre 1858 à Coulans-sur-Gée à Amicie Lucile Petrop

- enfants : 6 garçons et 4 filles

- décédé le 23 mars 1904

Trois de ses enfants sont nés au Mans et sept à Sargé. Il semble que la famille soit revenue au Mans pour la scolarité des garçons au Collège Sainte-Croix et que les Jubinières soient devenues une résidence secondaire de vacances et de fin de semaine. Toujours est-il qu'elles apparaissent en résidence lors de la succession.

Les Jubinières à Sargé :

Toute une histoire...

1515 : manoir dépendant de Saint-Pavin-de-la-Cité du Mans 

1853 : maison de maître sans étage achetée par Emmanuel de Villiers de L'Isle-Adam et son épouse.

1861 : après rénovation, devenu une maison bourgeoise, le manoir est habité par Abel de Villiers de L'Isle-Adam et son épouse Amicie Lucile Charlotte née Petrop.

Les jubinieres a sarge

Le puits des Jubinières au XIXe siècle : Abel et Amicie ont élevé leurs dix enfants avec pour seule eau, celle de ce puits.

Le puits de jubinieres