Les premiers Présidents

1761 Alexandre-Paul-Louis SAMSON DE LORCHÈRE

Par Gérard Blanchard

 

Deliberation

Paul-Louis-Alexandre Samson de Lorchère naquit en 1695. Magistrat, il hérita de son père Paul-François Samson de Martigny, la charge de maire du Mans que ce dernier avait acquise en 1711. C’est à ce titre et en sa qualité de subdélégué de l’intendant de la Généralité de Tours, qu’il reçut de l’intendant Lescalopier instruction d’installer au Mans, un Bureau royal d’Agriculture (ancêtre de la Société d’Agriculture Sciences et Arts). Il s’exécuta et, le 14 avril 1761, il réunit les 20 membres de cette nouvelle assemblée, en son hôtel de la Grande-Rue qui en abrita les travaux jusqu’à ce que le Bureau soit hébergé dans l’ancien palais des comtes du Maine, siège du présidial (actuel hôtel de ville du Mans).

 

Hotel denizot samson colorise

L'hôtel Denizot-Samson dessin de Louis Moullin de 1855

cliché Musées du Mans  

Samson de Lorchère fut donc le premier dirigeant de la Société

on le qualifiait à l’époque de Directeur – et il le demeura jusqu’au 20 avril 1762, date à laquelle, après un an de mandat et conformément aux statuts, il fut remplacé par M. Nepveu de Rouillon. Durant cette courte période, il présida les séances et, assisté du secrétaire perpétuel Véron du Verger, il veilla à l’organisation des travaux, notamment en mettant en place un réseau de membres correspondants.

Lieutenant général en la sénéchaussée du Maine et siège présidial du Mans, maire perpétuel et conservateur des privilèges de la ville, Samson de Lorchère administra la cité de 1725 à 1764. Il eut à gérer de nombreux dossiers : approvisionnement en eau potable, lutte contre les incendies, entretien des bâtiments publics (boucheries, poissonnerie, corps de garde…), accueil des mendiants, ravitaillement lors des périodes de disette, urbanisme…

Le bas-quartier de Gourdaine, serré entre la muraille et la Sarthe, fut réaménagé à cette époque. On perça de nouvelles voies pour désenclaver le site en ouvrant des passages vers la rivière et les moulins.  Une  porte de ville fut édifiée ; elle était connue sous le nom de "porte Samson", car le maire avait attribué un secours conséquent, durant l'hiver 1739, afin de soulager les pauvres et de financer les travaux en occupant des ouvriers.

Porte de samson colorisee

Forte personnalité, son long mandat fut émaillé de querelles et de procès qui l’opposèrent notamment à Nicolas Rouxelin d’Arcy, lieutenant criminel. Longue chicane marquée par de nombreuses péripéties, l’affaire alimenta la chronique locale et pourrit l’ambiance autour du présidial pendant près de quarante ans. Elle ne s’éteignit vraiment qu’avec la mort des deux compères survenue en avril et juin 1764.

« Monsieur de Lorchères avait régné longtemps avec un despotisme absolu, gagnant les uns par les grâces dont il pouvoit disposer en qualité de subdélégué de l’Intendant, et intimidant les autres par des peines et des menaces qu’il étoit en état d’effectuer. Il étoit bel homme, avoit de l’esprit et des talens, surtout une mémoire prodigieuse qu’il avoit ornée par une lecture continue et suivie, s’étant fait un fort beau cabinet de livres » (notes du curé de la paroisse du Crucifix sur le registre des baptêmes).

1762 Pierre Jacques Nepveu de Rouillon

Nicolle Piétrin

 

Pierre Jacques René Nepveu, chevalier, seigneur de Rouillon, est conseiller du Roi, lieutenant criminel en la Sénéchaussée du Mans. Il épouse le 19 février 1691 à Saint-Pierre-le-Réitéré, Suzanne Aubert de Courteilles et ils ont 14 enfants.

Pierre-Jacques-René Nepveu, écuyer, seigneur de Rouillon, prête serment comme maire de la ville du Mans, dont le brevet lui a été accordé par le Roi.

Il exerçe la charge de Lieutenant criminel qu'il cède à son fils Jacques René Nepveu.

Un Lieutenant criminel était chargé de procéder à la lecture des dépositions des témoins d'une affaire criminelle hors de la présence de l'accusé pour savoir s'ils maintenaient ou non leurs déclarations. Cette charge avait été créée par Louis XIV en 1667, le comte d'Argenson (1652-1721) étant alors ministre d'état et garde des sceaux, Lieutenant Général de la Police

e  de 1697 à 1718) entre autres fonctions.

Il décède le 11 avril 1768, "âgé d'environ 77 ans" et est enterré dans le chœur de l'église Saint-Pierre-le-Réitéré, à côté de son père.  (Acte à Saint-Pierre-le-Réitéré n°676 p 519). Un service solennel pour le repos de l'âme de M. Nepveu de Rouillon, maire de cette ville, a lieu le 18 avril 1768 (AD 72 G : 509)

Par l'arrêt royal du 24 février 1761, la Société Sciences et Arts est fondée (cote IV A1) pour former 3 bureaux celui de Tours, d'Angers et du Mans formé chacun de 20 membres et un directeur élu pour une année et non rééligible (excepté pour Rottier de Moncé).

Pierre Jacques René Nepveu De Rouillon est d'abord élu dans le bureau de la création de la Société, puis il est élu président pour 1 an seulement le 25 décembre 1761. Deuxième président,  il tient sa première réunion le 20 Avril 1762.

(source SASAS IIIème série tome 2 – 51ème de la Série Per 8 193 HC - BN)

 

Messire Jacques François Nepveu second du nom, chevalier, seigneur de Rouillon, capitaine-commandant au régiment de Penthièvre-Dragons, né au Mans, est baptisé dans l'église de Saint-Pierre-le-Réitéré le 20 mai 1747 (acte 372 p 416). Il y épouse le 19 octobre 1790, Marie Madeleine de Bellefille sa cousine. Il meurt le 25 mai 1826 au château de La Cour à Rouillon dont il fut le maire.

Il assiste en 1789 à l'assemblée de la noblesse du Maine pour l'élection des députés aux États-Généraux.

Jacques-Pierre-Daniel, émigra pendant la Révolution et devint plus tard maire de Chemiré-le-Gaudin, Il est décédé en 1843.

Cette famille s'est éteinte au cours du XIXème siècle. La dernière descendante, Mlle Louise-Françoise Nepveu de Villé, est décédée au 114 Grande-Rue au Mans en 1860 dans l'hôtel des Nepveu de Rouillon. Cette maison abritait la maison des Compagnons du Devoir jusqu'à présent.

ARMES :

D'azur, à 3 besans d'or, chargés d'une croix de sable, posés 2 et 1. (Cauvin)

D'azur à 3 besans d'or, chargés de 3 croix de gueules.

Acte de naissance de nepveu de rouillon plus grand corrige

 

Chateau de la cour a rouillon colrise

    Château de La Cour à Rouillon

Chateau de bellefille a chemire le gaudin agrandi

Château de Bellefille à Chemiré-le-Gaudin

1763 Thomas Bucquet

Par Nicolle Piétrin

 

Creation corrigee

Document SASAS : numérisation de la séance de la création de la Société Royale d'Agriculture en 1761

avec la signature de Thomas Bucquet en premier sans doute parce qu'il en est le secrétaire.

Entré au bureau royal de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts en 1761, il en est un des fondateurs.

Archidiacre de la cathédrale du Mans, ce très discret prélat, comme il est dit à deux reprises dans le bulletin de 1896 où on parle des débuts de notre Société, aurait assisté à plus de cinquante séances sur les soixante qui ont été réalisées au cours de sa vie.

C'est en 1763 qu'il est élu pour l'année président de la docte assemblée.

Thomas Bucquet est ordonné prêtre le jour de Pâques 1723.

Ce dimanche de Pâques est donné par le Calendrier Ephéméride pour la Connaissance du Temps de l'Observatoire de Paris (dans Gallica BnF) le 28 mars. Nous n'avons pas connaissance de sa naissance, ni la date, ni le lieu, nous savons seulement qu'il avait à son décès en 1764, environ 69 ans.

Calendrier ephemeride corrige

On peut penser que sa formation en qualité de prêtre s'est faite d'abord au collège des Oratoriens du Mans puis au séminaire lazariste de la Mission, au Mans. Comme on peut le lire dans deux ouvrages sur la formation des prêtres (Dominique Julia "Formation des prêtres aux XVII et XVIII siècles", A. Poyer thèse de 3ème cycle, "Devenir curé dans le diocèse du Mans", mai 1986). Il pourrait avoir 20 ans cette année d'intronisation, ce qui placerait sa naissance entre 1698 et 1703. Mais peut-être est-il attaché à l'archidiaconé de Passais et est-il passé par le collège séminaire de Passais (maintenant Domfront dans le département de l'Orne) ? Il y a très peu de notes à part celles citées dans les mémoires de Nepveu de la Manouillère. On peut donc penser qu'il est né aux environs de 1695, mais ignorant son lieu de naissance il n'est pas facile de retrouver sa trace.

Louis XV vient d'être proclamé majeur et va assurer désormais le pouvoir, aidé du Régent et de son précepteur Fleury (1653-1743). Philippe d'Orléans meurt le 2 décembre 1723.

Titulaire de la chapelle de saint louis agrandi

Cette même année 1727, le titulaire de la chapelle de Saint Louis en l'église du prieuré de Varennes, (Maine et Loire) maître Antoine Garnier, étant venu à décéder, « haut et puissant seigneur messire Louis-Charles de la Châtre, chevalier, comte de Nançay, seigneur de Malicorne, du Plessis-de-Tassé, Epineux-le-Séguin et autres lieux, maistre de camp du régiment de Béarn », présenta à sa place à la nomination de l'évêque du Mans « vénérable et discret maître Thomas Bucquet diacre du diocèse du Mans, chanoine prébendé de l'église du Mans, y demeurant, paroisse du Crucifix », qui prit possession de son bénéfice le 4 novembre.

Dans le registre du greffe des assignations ecclésiastiques du diocèse du Mans – G 395 1750-1753 – on peut lire que Thomas Bucquet est à la présentation à la chapelle Sainte-Anne de Tassé. On peut penser qu'il cumule les offices sans perdre de son humilité.

Mort de Mr Bucquet chanoine

"Le 30 May 1764, Mr Thomas Bucquet, Chanoine et Archidiacre de Tassé et Procureur du Chapitre, est mort âgé d’environ soixante et huit ans ; il avait eu une attaque de paralisie il y a environ un an. Le 29, il tomba en appoplexie dont il est mort ; il a été enterré au milieu de la nef le même jour à cause de la feste de l’Assension (le 31 mai) et qu’il faisoit grand chaud."

Acte de deces de thomas bucquet

Vénérable et discret monsieur Thomas Bucquet prêtre de ce diocèse chanoine de l'église du Mans et archidiacre de passage, âgé de 69 ans ou environ est décédé sur les deux heures du matin, et le même jour sur les sept heures du soir, son corps a été inhumé dans la ditte église par nous chanoine et grand archidiacre soussigné en présence de messieurs les chanoines ses confrères, signés avec nous. M. Bucquet, Bucquet Roussel, A. Tessier, Martineau, Pilon, Perier et Lepeltier chanoine général.

Source : AD 72 : acte 59 p 42 registre des décès de la cathédrale du Mans

 

Références aux archives départementales de la Sarthe

— Ordination de Pâques 1723.

— Collation d'un canonicat de l'église du Mans à Me Thomas Bucquet, clerc.

— G 383 1721-1724.

— G395 1750-1753 page 208.

Extrait du Journal cérémonial du chanoine débutant Nepveu de la Manouillère :

Cette même année 1727, le titulaire de la chapelle de Saint Louis en l'église du prieuré de Varennes (Saint Rémy La Varenne en Maine et Loire) maître Antoine Garnier, étant venu à décéder, « haut et puissant seigneur messire Louis-Charles de la Châtre, chevalier, comte de Nançay, seigneur de Malicorne, du Plessis-de-Tassé en Sarthe et Epineux-le-Séguin en Mayenne et autres lieux, maistre de camp du régiment de Béarn », présenta à sa place à la nomination de l'évêque du Mans « vénérable et discret maître Thomas Bucquet diacre du diocèse du Mans, chanoine prébende de l'église du Mans, y demeurant, paroisse du Crucifix », qui prit possession de son bénéfice le 4 novembre.

Présentation de la chapelle Sainte-Anne, en Tassé, au nom de Me Thomas Bucquet par messire Charles-Louis de La Châtre, marquis de La Châtre, comte de Nançay, seigneur du Plessis de Tassé (1695-1734)

 

sources : Volume G 390 folio 22 du 14 mars 1751 pour la prise de possession de la chapelle Sainte Anne de Tassé ou Tacé et  folio 37 du 31 janvier 1739 pour le prieuré de Tassais

Eglise de tasse

Eglise de Tassé

Extrait du volume des AD72

1727 – Le ministre Fleury travaille à la paix pour stabiliser l'économie malgré les appétits de Philippe V, un congrès se réunit en mai. En novembre les deux partis religieux s'opposent, le parti janséniste et les gallicans, et la querelle devient politique.

1750 – le 20 septembre l'Assemblée du Clergé est dissoute par lettre de cachet au grand mécontentement du parti dévot.

L'année 1751 est proclamée Sainte par le pape Benoît XIV (1675-1758), 247ème pape de 1740 à sa mort.

1764 – Réforme du ministre des armées Choiseul (1719-1785) ; le 7 avril de cette année voit la fermeture du collège de Jésuites de La Flèche qui sera transformé en école préparatoire à l'école militaire de Paris où l'on reçoit alors 250 élèves âgés de 8 à 11 ans appartenant à la noblesse. (Référence page 169 Tome VIII Vers La Fin de la Monarchie – Castellot & Decaux)

1764 Charles-François de la Goupillière

Par Nicolle Piétrin

 

Charles-François de la Goupillièreest élu à la présidence de la Société d'Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe en février 1764.

Il est alors âgé de 56 ans. Il a terminé sa carrière militaire comme capitaine des Grenadiers du Roi et vit rue du Cornet au Mans sans qu'on puisse situer actuellement sa maison mais sans doute au tout début de la rue qui était alors bâtie, le reste étant des jardins descendant vers la place de l'Éperon.

Charles François de Dollon de la Goupillière est né le 17 mai 1708 et baptisé le 7 février 1710 à Saint-Hilaire-le-Lierru, de Pierre Gaspard de la Goupillière, chevalier seigneur dudit lieu de la Goupillière, Dollon et Saint-Aubin-des-Coudrais, Boissé-le-Sec, Brétigny-en-Dunois (actuellement Brétigny-Montemont en Eure-et-Loir près de Châteaudun), chevalier de justice des Ordres de Notre-Dame du Mont Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem et de Dame Marie Marguerite Bordel du Plessis.

 

 

Chateau de la goupilliere ameliore

Chateau de bretigny colorise

Charles François de Dollon de la Goupillière a épousé le 17 février 1749, devant monseigneur Charles-Louis de Froulay de Tessé, alors évêque du Mans, à Notre-Dame-de-la-Couture, Françoise-Louise Chouet de Maulny, de la paroisse de Montbizot, fille du haut et puissant seigneur Jacques Chouet, seigneur de Maulny et de Anne Peschard.

Louise-Françoise est née le 10 juillet 1724 à Montbizot, au château de Maulny. Et elle y est décédée le 23 septembre 1762.

Monsieur Dollon de la Goupillière, chevalier de l'ordre royal et Militaire de Saint-Louis, ancien capitaine des Grenadiers du régiment du Roi est décédé dans sa maison de la ville du Mans sise rue du Cornet mais il est enterré dans l'église de Dollon le 4 octobre 1778.

Il était le dernier représentant de ce lignage et s'éteint sans descendance.

Dans les quelques bribes de portrait qu'on peut lire à l'occasion d'une recherche sur Louise Françoise, on le décrit comme un homme affable, courtois et chaleureux mais on lit aussi dans les lignes de la RHAM en 1877 qu'il est célibataire et non veuf et que, au moment de sa mort, il vivait rue du Cornet avec son neveu auquel il avait donné tous ses biens.

Armoiries : d'argent à trois renards de gueules passants l'un sur l'autre.

 

 

1765 Louis-François Belin de Béru

Par Gérard Blanchard

Le chanoine Belin de Béru (1700-1782) naquit dans une famille d’origine angevine ; son père était conseiller au présidial du Mans. D’abord curé de Parcé pendant 18 ans, archidiacre de Montfort puis chanoine prébendé de l’église du Mans et grand vicaire de l’évêque Charles de Froulay, cette dernière position lui valut de présider de nombreuses et prestigieuses cérémonies.

Historien, archéologue, passionné de Belles-Lettres, et bien qu’il n’eût jamais rien fait imprimer, il avait rassemblé une très importante bibliothèque qui était visitée par de nombreux chercheurs et érudits manceaux. Naturaliste éminent, collectionneur d’objets anciens, médailles, gravures… le chanoine Belin de Béru avait aussi constitué un important cabinet des curiosités.

Catalogue des livres du cabinet

Membre associé de l’Académie des Sciences d’Angers, membre titulaire du bureau du Mans de la Société Royale d’Agriculture, dès sa création en 1761 il y fit preuve d’une grande assiduité et en devint le directeur pour l’année 1765. Son portrait est toujours conservé dans les collections de la Société.

 

Louis francois belin de beru corrige

Lors de son décès, les Affiches du Maine (11 février 1782) lui consacrèrent un quatrain élogieux…

 

« Jamais Parent ne fut plus tendrement aimé,

Et jamais Citoyen ne fut plus eftimé,

Littérateur inftruit, zélé Naturaliste,

Son Nom, de nos Scavants doit honorer la lifte. »

 

1766 Denis-Charles de Bastard de Fontenay

par Nathalie du Peyroux-Le Brethon

 

Denis-Charles de Bastard, marquis de Fontenay, naquit à Montreuil-le-Henri le 4 octobre 1708.

La famille de Bastard était établie depuis la fin du XVe siècle à Dobert (Avoise) et Fontenay-sur-Vègre mais le père de Denis-Charles, Denis de Bastard de Fontenay, capitaine de vaisseau, avait connu de bonnes fortunes et suivi une brillante carrière ; ainsi avait-il renoncé à l’héritage de ses parents et avait acheté en 1703 la terre, seigneurie et ancienne châtellenie de Montreuil-le-Henri à une trentaine de kilomètres au sud-est du Mans.

Chateau de montreuil le henri colorise

Il fut dirigé dans un premier temps vers la carrière des armes et en 1734, âgé de 26 ans, prit le commandement de la compagnie de Dragons-Fontenay qui avait été levée et équipée par son oncle, René de Bastard, à la fin du XVIIe siècle. A la tête de sa compagnie, il fit les campagnes d’Italie de 1733 à 1735, puis revint dans le Maine et y demeura quelques années. Il épousa en 1739 Catherine de Boullemer de Bresteau, originaire de Saint-Martin du Vieux-Bellême dans le Perche, qui lui donnera huit enfants.

Il repartit en 1743 pour la campagne d’Allemagne au cours de laquelle il fut nommé Chevalier de Saint-Louis, et prit part, entre autres, à la bataille de Fontenoy en 1745.

Si la vie militaire du marquis de Fontenay ne devait prendre fin qu’en 1761, il n’attendit pas cette date pour se préoccuper, lors du temps qu’il passait à Montreuil-le-Henri entre deux campagnes, de l’amélioration de ses terres et pour se livrer aux travaux de l’agriculture. Et, dès l’établissement de la Société royale d’Agriculture en 1761, Denis-Charles figure sur la liste des premiers membres du bureau du Mans.

 Il en fut le président durant l’année 1766.

De nombreux témoignages prouvent le souci qu'avait le marquis de Fontenay d’innover et de faire progresser les productions agricoles. Sa carrière militaire l’avait mené hors de nos frontières et lui avait donné des idées. Lors d’une séance du Bureau d’agriculture en janvier 1773, il ne se contente pas d’évoquer la culture de la pomme de terre mais il propose à ses collègues une manière de conserver ce nouvel aliment !

Dans le « Dictionnaire statistique de la Sarthe » de Pesche, on peut lire également à l’article consacré à Montreuil-le-Henri: « Le Marquis de Bastard de Fontenay, voulant stimuler le zèle et l’émulation parmi les cultivateurs de la paroisse de Montreuil-le-Henri, établit un concours dont le prix serait la plus belle vache qu’il serait possible de se procurer, pour être délivrée au cultivateur des terres à ferme qui aurait le mieux labouré et ensemencé le tiers de sa tenue, sans négliger le soin des prairies, des bestiaux, de la récolte, du fumier etc. […] Cet encouragement, qui fut continué pendant plusieurs années, contribua beaucoup à l’amélioration de la culture et à l’aisance des cultivateurs dans cette paroisse pauvre et assez mal cultivée auparavant. »

Denis-Charles de Bastard ne se soucie pas uniquement de ses propres domaines. Il n’hésite pas à envoyer un travail d’économie politique à Monsieur Necker, alors directeur général des finances, qui lui écrivait le 14 mars 1778 qu’il accepterait avec plaisir le projet que lui proposait le marquis de Fontenay : « J’applaudis bien sincèrement au patriotisme qui vous engage à employer les loisirs de votre retraite, à la recherche des moyens de contribuer au bonheur de l’Etat et ses peuples, après avoir consacré quarante ans au service du Roi. »

Enfin, je laisse la parole à ses descendants qui nous livrent, vers 1840, un portrait touchant de leur ancêtre : ces lignes ne sont pas empreintes d’une réelle objectivité mais elles nous rendent le marquis de Fontenay plus proche et nous permettent de découvrir non seulement un agronome éclairé mais surtout un gentilhomme campagnard profondément humain.

 

Denis de bastard colorise

«Le Marquis de Fontenay avait cinq pieds dix pouces et une corpulence en harmonie avec cette belle taille. Il avait la plus noble figure. Mais à la fin de sa vie, il était devenu très goutteux et d’une extrême obésité qui, sans altérer la noblesse de ses traits, lui avait, pendant les dernières années de sa vie, ôté presque entièrement l’usage de ses jambes ; il se servait d’une petite voiture basse pour se transporter dans les endroits de sa terre qui réclamaient sa présence et surveiller ses travaux agricoles. » Henri de Bastard d’Estang, généalogiste de la Maison de Bastard.

«Lorsque mon grand-père s’occupa de l’administration des terres de Montreuil-le-Henri, cette commune qui n’avait aucune industrie, était si pauvre qu’une forte partie de ses habitants, et même quelques-uns des bordages dépendant de la terre de Montreuil, ne vivaient, dans les mortes saisons, que du pain mis à leur disposition dans une ferme attenant au château, et sans qu’ils eussent besoin d’en faire la demande. A cette époque, les terres de cette commune, de très médiocre qualité, restaient presque toutes en friche, sous le nom de landes, d’où dérive celui de Lanfrière, faute d’argent pour les mettre en valeur, et surtout faute de chemins praticables aux charrettes pour conduire les produits aux marchés voisins. A ses frais, mon grand-père a fait des chemins, la plupart larges et forts beaux ; a semé en bois de chêne et de sapin la plus mauvaise lande ; a fait extraire des profondeurs de la terre de la marne, dont un vaste lit avait été reconnu par ses soins, a donné l’exemple de l’emploi de cette précieuse matière à l’amendement des terres ; et par là a amené successivement le défrichement des terres incultes et l’accroissement des produits des terres cultivées ; enfin, par son séjour prolongé, dont il pressentait les heureuses conséquences, dans le pauvre pays où il dépensa longtemps sa grande fortune, y a apporté l’aisance, de bonnes habitudes agricoles, et y a développé, avec l’aisance, l’industrie. […]. J’ajouterai que, possesseur de la terre de Dobert, située dans un beau pays, il s’est attaché à Montreuil justement à raison de sa pauvreté et du bien qu’y faisait sa résidence. Aussi, un jour, un ingénieur chargé du tracé d’une route au travers de ses terres, éprouvait quelque embarras à lui parler des sacrifices qu’il allait réclamer de lui, mon grand-père le prévint, et en homme plus éclairé qu’on ne l’était alors sur le mérite des routes, il lui dit : « Monsieur l’ingénieur, si les convenances de votre chemin exigent qu’il passe au travers de la cour de mon château, que cela ne vous inquiète, ni ne vous arrête pas. » Ce tracé ne fut pas nécessaire. Il est juste de reconnaître que les soins de mon grand-père ont été bien payés par l’augmentation de la valeur de ses biens à Montreuil et de ses revenus, et aussi par la vénération dont il a été l’objet, et dont sa mémoire est encore honorée. » Comte Armand de Bastard de Fontenay.

Denis-Charles de Bastard, marquis de Fontenay, mourut le 31 janvier 1789 à l’âge de 81 ans au château de Montreuil-le-Henri qui l’avait vu naître.

 

1767 Jacques-Geoffroy Leprince d’Amigné

par Benoît Hubert

 

Fils de Jean Leprince, cirier, et de Marie Bouteiller, il naquit en 1713. Il ne prit pas l’état de son père mais celui de magistrat. Il occupa une charge de conseiller au Présidial du Mans de 1736 à 1768. Il céda sa charge à François Ménard de La Groye pour 7000 # et prit le titre de conseiller honoraire.

Il se révèle entretenir de très étroites relations familiales avec son frère Jean-Baptiste-Jacques (1710-1782) qui reprend la direction de la manufacture familiale de cires et bougies. Ses liens avec son neveu, Jean-Baptiste-Henri-Michel (futur Leprince d’Ardenay, quatre fois directeur du Bureau d’agriculture) sont ceux d’un oncle bienveillant et complice. Il ne fait aucun doute qu’il joua un rôle majeur dans l’intégration de Leprince d’Ardenay dans le Bureau d’agriculture en tant qu’associé.

« J’avois bien compté sur sa complaisance, je connoissais tout l’ascendant qu’il avoit sur l’esprit de son frère, et je ne pouvois douter de l’étendue de son amitié pour moy ; il m’en avoit donné maint fois des preuves convainquantes. En luy adressant mes sinceres remerciements, j’étois bien éloigné de penser que je serois bientôt privé des sages conseils et de l’intéressante société de ce parent chéri et si digne de l’être » (Mémoires de Leprince d’Ardenay, p. 141). 

Il avait épousé le 23 septembre 1738 Anne-Jeanne Guesné, fille d’un magistrat et ancien maire de Bonnétable. Cette union ne vit survivre qu’une seule fille, Anne-Marie-Henriette, sur leurs huit enfants. Il mit en péril sa prospérité pour sortir son beau-père d’une situation financière difficile.

L’admiration de Leprince d’Ardenay pour son oncle est émouvante :

« Sa mort prompte et imprévue, jeta sa famille, ses amis, et pour ainsi dire, toute la ville, dans le plus grand deuil. Ce magistrat respectable et éclairé s’étoit concilié, dans son état et dans toutes les places auxquelles la confiance publique l’avoit porté, une estime et une consideration générales, par l’aménité de son caractere et la justesse de son esprit, par la bonté de son cœur et l’étendue de ses talens et de ses connoissances, enfin, par l’assemblage heureux des vertus qui caracterisent le vrai philosophe et le bon citoien. De tous les beaux traits de sa vie, je n’en citerai qu’un qui luy a fait un honneur infini : c’est le sacrifice volontaire et génereux qu’il fit d’une partie de sa fortune pour faire face au derangement des affaires de son beau père. D’un état d’aisance assés brillant, il passa, sans murmurer, a celuy d’une étroite mediocrité. Ainsi que les ombres relevent et font valoir les beautés des tableaux, de même le changement de position de ce vertueux citoien et l’héroïsme avec lequel il le soutint, firent briller, d’un nouvel éclat, ses rares qualités qui devinrent l’objet de l’admiration de ses compatriotes » (Mémoires de Leprince d’Ardenay, p. 141-142).

Président du Bureau en 1767, Leprince d’Amigné exerça aussi les fonctions d’échevin en 1767-1768 et d’administrateur de l’hôpital général. Il était entré au Bureau d’Agriculture en 1761 et faisait partie des fondateurs. Il avait été nommé correspondant pour le canton de Montfort [aujourd’hui le Gesnois] car sa « campagne », La Roche-Breslay, était située à  Soulitré.


Hotel saint vincent

 

Depuis 1745, il résidait au Mans dans son hôtel rue Saint-Vincent [aujourd’hui rue Lionel Royer]. Au sein du Bureau, il fut chargé avec MM. de Blanchardon, Prudhomme de La Boussinière et Véron du Verger de faire des observations sur le projet du conseil en faveur des défrichements (le 16 juin 1761), dans le sillage des initiatives du marquis de Turbilly. Il s’intéressa aussi aux abus dans le labourage et ses compétences de magistrat l’amenèrent encore à se charger d’un projet de mémoire sur les dîmes ecclésiastiques en rapport avec les défrichements. Il suivit aussi de très près les expériences effectuées à Lyon avec le semoir de M. de Chateauvieux, dans l’espoir d’en tirer un riche enseignement en faveur de celles menées dans le Maine.

Il portait accolé à son patronyme le nom d’une belle terre, Amigné, située à Changé, venue des Leprince, qui échut aux Desportes de Linières et enfin aux Castilla. 

Une maladie aussi soudaine que violente l’emporta en juillet 1778.

1768 Charles Henri Desportes de Linières

Par Nicolle Piétrin

 

La filiation de cette dynastie remonte à Julien Desportes, époux de Marie Guébrunet, maître de forges à Antoigné en 1641 et à Poncé en 1654. Il signe une reconnaissance de dette pour un emprunt le 2 septembre 1654 chez maître Drouet et une hypothèque de sa maison sise rue du Puits de la Roue à l'enseigne de la Croix Verte. Il est l'ancêtre des Desportes de Linières, maître de forges d'Antoigné et de Cormorin. L'un de leurs enfants, Henri Desportes, marchand maître-ferronnier au Mans, épouse en 1676 Anne Davoust. Leur fils, Henry Desportes naît au Mans le 25 juin 1679 et y décède le 28 mars 1746. Maître de forges de Lavardin, d'Antoigné et Poncé, il est élu échevin de la ville du Mans en 1718 (cf. R.P Lepneveu de la Manouillère). Juge-consul, il épouse en 1703 Anne Le Moine ; leur mariage voit naître six enfants dont :

- Henri Pierre Desportes de Corlevé, maître de forges à Vibraye, négociant à Nantes, marié en 1750 à Jeanne-Marie-Françoise Fréart dame d'Amigné 1724-1792.

- Son frère Jacques-Benjamin Desportes, négociant à Saint-Domingue. (cf. Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables du 19e siècle Tome 13)

Maison du maitre de forge copie 2

Maison du maître de Forge de Cormarin

Cliché issu du site Internet du Musée Virtuel de Montmirail

 

Fils de Henri Pierre Desportes, Charles Henri Desportes est né au Mans le 7 décembre 1712. Après des études au collège de l’Oratoire du Mans. [Le collège, créé en 1625, permettait d’avoir une grande culture tant en lettres modernes qu’en latin sans oublier la rhétorique et la philosophie. Les études duraient cinq années, « la congrégation de l’oratoire a toujours eu la réputation de bien former ses élèves à la vertu, les instruisant des sciences humaines ».]

Charles Henri Desportes prend la suite de son père comme maître des grosses forges d’Antoigné, devient officier de la reine, puis échevin et enfin est anobli en devenant secrétaire du roi. Il prête serment en 1779 comme secrétaire du Roi à la chancellerie du parlement de Bordeaux. [AD Sarthe B 980 livret 6]

Il se marie à Notre-Dame de l’abbaye Saint-Vincent le 8 janvier 1742 avec Catherine Louise Marguerite Le Prince (1724-1792) ; ils auront 8 enfants dont 6 fils :

Charles Henri Jean baptiste (1744-1803)

Jacques Jean (1746-1788)

Pierre Louis (1751-1785) : maître de cérémonie de la loge du Tendre Accueil à Angers 1783, 

Jacques Louis de Linières : maître de la loge des Rose-croix du chapitre du Tendre Accueil à l’Ordre d’Angers (1783-1788)

Joseph Henri Desportes de Gagnemont (1754-1833) : Initié et membre de 1787 à 1790.

Jacques Michel Desportes de la Fosse (1752-1802) : membre de la loge maçonnique du Moria en 1787 et de Saint-Hubert au Mans. Il est aussi Rose-Croix.

Cette union consolidait les liens entre les familles Desportes et Le Prince pour la seconde fois. Il est élu à la présidence de la Société Sciences et Arts de la Sarthe en 1768.

Charles Henry Desportes de Linières, ancien juge consul du Mans décède à Changé le 16 mai 1791. Catherine Louise décède le 16 juillet 1792 au Mans dans la maison qu'ils s'étaient fait construire près du Grenier à Sel.

 

1769 Dom Pierre-Jacques de la Bezardais

Par André Lévy

Dom Pierre de la Bezardais est né à Châteauneuf dans le diocèse de Saint-Malo, très vraisemblablement en 1724. Il fait profession à 20 ans le 9 février 1744, à Saint-Melaine de Rennes, le noviciat de la province mauriste de Bretagne. Il continue ensuite ses études de philosophie et de théologie dans d’autres abbayes de la province, pourquoi pas au Mans à Saint-Vincent et à La Couture.

Abbaye saint vincent

Abbaye Saint-Vincent (cliché A. Lévy)

Ces études sont longues – elles durent plusieurs années – et nous n’avons trouvé aucune trace de son parcours avant 1754, année où il est nommé directeur du séminaire de l’abbaye de Cormery, près de Tours, 10 ans après sa profession. Cette première fonction témoigne de qualités intellectuelles et spirituelles distinguées par ses supérieurs. Il est resté à Cormery certainement quelques années, au moins trois, peut-être six et nous le retrouvons au Mans en 1761 à l’abbaye Saint-Vincent, sans connaître la date exacte de son arrivée dans la ville où il allait demeurer jusqu’à sa mort, à la fin de l’année 1782.

Monasticon gallicanumUne carrière monastique pour l’essentiel mancelle

Le 14 juin 1761, il participe comme senieur à l’assemblée capitulaire de l’abbaye Saint-Vincent qui prend les mesures nécessaires pour mettre fin au conflit qui opposait le propriétaire du domaine de Sainte-Barbe, M. de Nouans à dom Dhoriotz, procureur de l’abbaye. Celui-ci a remis en cause en 1759 le droit de passage dans la ruelle des Trois-Maries, utilisée jusque-là traditionnellement par les Manceaux car le propriétaire du domaine de Sainte-Barbe avait ouvert une porte dans son jardin qui lui permettait d’accéder plus facilement aux rives de la Sarthe.

La ruelle des trois Maries

La ruelle des Trois Maries (cliché A. Lévy)

Finalement les moines de Saint-Vincent et M. de Nouans se mirent d’accord sur une transaction et dom de la Bezardais fut nommé à cette occasion procureur général et spécial pour en rédiger les actes. C’est lui qui signe l’acte d’échange le 4 juillet 1761 : contre une rente annuelle les moines de Saint-Vincent cèdent à M. de Nouans le petit bordage et une ferme qu’ils possédaient au bas de la ruelle. Ainsi les moines ne peuvent  plus contrôler ce passage désormais ouvert à nouveau aux habitants du quartier et à M. de Nouans en particulier.

 Le 20 décembre 1764, dom de la Bezardais est choisi par le bureau du Mans de la Société Royale d’agriculture pour remplacer dom Guillon, moine de Saint-Vincent qui quitte la province : il y est présenté comme prieur de l’abbaye royale de Saint-Vincent du Mans. Pourtant  le chapitre général de la congrégation de Saint-Maur a nommé en 1763 dom Rouaud prieur de l’abbaye Saint-Vincent, en remplacement de dom Even dernier abbé régulier de Saint-Vincent et dom Rouaud a exercé cette fonction jusqu’en 1766.

Nommination de dom bezardais

nomination de dom Bezardais au Bureau du Mans en remplacement de dom Guillon

En 1765 dom de la Bezardais signe un mémoire de protestation en tant que prieur de Saint-Vincent contre les  mitigations demandées par les savants de Saint-Germain-des-Prés en particulier. Ils souhaitaient des adoucissements dans l’observance de la Règle mauriste. Dom Rouaud ne figure pas parmi les signataires : absence ou refus de signer ? Cela nous montre que dom de la Bezardais a bien occupé la fonction de prieur de Saint-Vincent mais nous ne pouvons pas hélas définir exactement le rôle qu’il a tenu par rapport à dom Rouaud, à Saint-Vincent,  jusqu’à son départ en 1766 pour Saint-Pierre de-la-Couture.

En 1766, en effet, dom de la Bezardais est nommé par le chapitre général de la congrégation de Saint-Maur prieur de l’abbaye royale de La Couture, alors que celle-ci est en pleine reconstruction et c’est sous son priorat en 1772 que les travaux s’arrêtèrent. Il exerce trois triennats successifs, maximum  possible pour cette charge dans une abbaye et de 1775 à 1781 il est donc remplacé par dom Philippe Lebel.

Abbaye de la couture

Abbaye de La Couture : façade construite pendant les trois triennats de dom Bezardais

  Il redevient prieur de La Couture en 1781 mais il meurt en fonction à l’abbaye fin décembre 1782.

Deces de dom bezardais

annonce du décès de dom de la Bezardais dans les procès-verbaux de la Société

Les qualités d’administrateur de dom de la Bezardais peuvent expliquer qu’il ait été également choisi par l’évêque du Mans pour siéger dans la chambre ecclésiastique qui se réunissait tous les samedis sous la présidence de l’évêque, pour gérer toutes les impositions du clergé du Maine. L’Almanach du Maine pour l’An de Grace 1782 nous le montre siégeant toujours dans cette chambre ecclésiastique mais il est également un des administrateurs des hôpitaux du Mans. Dom de la Bezardais a bien occupé une place éminente dans le clergé manceau : rien d’étonnant donc à ce que le bureau du Mans de la Société Royale d’agriculture l’ait élu en 1764 pour participer à ses travaux, ce qu’il fit jusqu’à sa mort.

Un moine très actif dans la Société royale d’agriculture

Dom de la Bezardais aurait pu participer depuis son élection le 20 décembre 1764 à 522 séances ; en fait  il n’a participé qu’à 139 réunions, ce qui donne un pourcentage honorable de plus de 27% de présence mais avec une assiduité très variable selon les années. Il fut  particulièrement présent en 1769, il assiste à 19 séances, mais cette  année-là, il exerçait la charge de directeur du bureau du Mans et celle de directeur général des bureaux des trois provinces de la généralité de Tours (Maine, Anjou, Touraine).

Election de dom bezardais

élection de dom de la Bezardais comme membre du Bureau en 1764

et sa nomination comme directeur pour1769

Pendant les dernières années de sa vie sa présence se fait plus rare : on peut penser que, dans ce cas, la vieillesse et peut-être la maladie peuvent expliquer cette faible assiduité. En 1780, il assiste à 7 séances, en 1781 il ne participe qu’à 3 séances mais qu’il préside en l’absence du directeur et en 1782 il ne vient qu’à deux réunions qu’il préside encore. Le choix du président de séance, pour remplacer le directeur absent, était déterminé par la position dans l’ordre du tableau des membres voté lors de la dernière séance de l’année précédente (sauf pour 1781) : en 1781 il y occupait la première position et la seconde en 1782.

Les registres des délibérations du bureau ne donnent pas le nom des intervenants lors des discussions qui s’y déroulaient mais  dom de la Bezardais a rédigé aussi quelques rapports très appréciés par ses confrères, ce qui peut nous permettre d’appréhender ses thèmes de prédilection.

Ce qui semble caractériser dom de la Bezardais, c’est sa grande curiosité et ses qualités d’observateur du monde rural. Ainsi en 1766, il présente des épis de bleds malades et en 1776 il écrit un rapport sur une expérience qu’il a faite : il a voulu voir si la présence de soucis pouvait empêcher la prolifération des fourmis. En avril 1776, après l’intervention du docteur Livré indiquant qu’une jeune femme était morte après avoir bu une tisane d’ifs, il décrit ce qu’il a observé à Marmoutier, la mort quasiment instantanée de trois chevaux qui avaient mangé des feuilles d’if. Cette observation ne fut pas oubliée car, en 1779, elle est rappelée par un intervenant traitant du même sujet.

Le danger des ifs

le danger des ifs

C’est encore l’observateur qui se manifeste lorsqu’il fait part aux membres du bureau de l’utilisation possible des pipes des mariniers pour essayer de sauver les noyés, car la Société s’est penchée à plusieurs reprises sur les moyens propres à secourir les victimes des noyades.

En 1774, lors de la séance du 10 avril, dom de la Bezardais signale que dans certains cantons de Bretagne les laboureurs peuvent prendre à la grange du décimateur, lorsqu’il y a pénurie de paille, la récolte, la battre très précautionneusement, en garder la paille et ramener ensuite la récolte à la grange. Le bureau du Mans semble avoir jugé la coutume pertinente et il suggère qu’elle pourrait être appliquée dans le Maine, à condition qu’il n’y ait pas d’abus. La discussion ne s’arrêta pas là car cette communication fut  suivie, lors de la séance du 4 juillet 1775, de deux interventions de Véron de Forbonnais, membre associé du bureau du Mans et de dom de Gennes qui indiqua qu’il s’agissait d’un usage constant, mais très limité : à la suite de ces précisions, cette coutume ne fut pas introduite dans la province du Maine.

Dom de la Bezardais ne se contentait pas d’observer. Il connaissait aussi très bien  les lois et les usages, en particulier en ce qui concerne les « privilèges » des abbayes, champarts ou dîmes dont les monastères bénédictins tiraient une partie importante de leurs revenus. Ainsi en 1774, les bénédictins de Saint-Julien de Tours qui souhaitaient toucher des droits de terrage sur des terres désormais complantées de mûriers, culture qui se répandait alors dans la généralité de Tours, interrogèrent les bureaux d’agriculture sur leurs droits. Dom de la Bezardais fit un rapport où il affirmait, qu’après un entretien avec le prieur de Saint-Julien, celui-ci ne réclamait de toucher ce droit que sur des terres uniquement plantées de mûriers et non sur des champs complantés. La Société approuva ce texte et elle proposa de l’adresser au bureau d’Angers qui s’interrogeait à ce sujet. En dehors du rôle tenu par le moine de La Couture pour tenter de résoudre le problème posé par une autre abbaye mauriste, cela montre les relations étroites existant entre les 3 bureaux de la généralité de Tours.

Dom de la Bezardais a donc été un membre actif au bureau du Mans et il y était tenu en particulière estime, son assiduité et sa fonction de prieur d’une grande abbaye mancelle peuvent l’expliquer. Fin 1782, il figure dans le tableau des membres pour l’année 1783, adopté le 7 décembre, mais lors de la séance du 7 janvier 1783 l’abbé de Moncé, secrétaire perpétuel, fait part du décès du prieur de La Couture aux membres présents et il fait procéder à l’élection de son successeur : ceux-ci choisirent l’abbé Savare, chanoine du chapitre de l’église Saint-Pierre-la-Cour. Si ses confrères ne firent aucun commentaire, à sa mémoire le chevalier de Monhoudou écrivit un petit poème dont nous retenons pour conclure ces deux vers :  

D’un mérite achevé a fait l’heureux modèle

il emporte au tombeau l’estime universelle

 

1770 René Richer de Boismauclair

 

Élu président de la SASAS le 19 décembre 1769

par Nicolle Piétrin

 

René Richer est né au Mans rue Saint Pavin de la Cité, de Jérôme Olivier Richer et Louise de Clinchamp le 3 mars 1714.

 

Acte naissance de richer de boismauclerc

Acte naissance 485 page 390/ AD72

 

Son aïeul Roland Richer, écuyer, seigneur de Neuville, Breil à Parigné, Gaigné à Domfront en Champagne, de Boismauclerc à Teillé a laissé une charge d'échevin à ses héritiers. Dix Richer, s'y succèderont.

 

La maison Richer est une des plus anciennes familles du Maine depuis 1310.

  • Jean Richer en 1355, est conseiller au Parlement de Paris.
  • Thomas Richer qui sera conseiller au Parlement de Paris fait partie du conseil de révision des droits coutumiers du Maine en 1387.
  • Jacques Richer fut président du présidial de La Flèche en 1625 et Louis son frère, est évêque à Trois-Rivières dans la province du Québec au Canada.

René Richer, né de l'union de Jérôme Olivier Richer-de-Boismauclerc et Louise de Clinchamp, a fait de brillantes études à l'Oratoire où il a soutenu, excellemment, en 1731, deux thèses publiques de rhétoriques et l'année suivante, une thèse publique de physique, ovationnée, (Bulletin SASSAS du 7 janvier 1903 p 132 : Chambois ; l'Oratoire du Mans)

En 1742, René est élu comme conseiller de la sénéchaussée (p 90 recueil de la série B 613).

La famille Richer, seigneurs de Neuville, y possède le château de Montauban. René épouse le 4 août 1749, Marie Bonne Gaudin de Fleuré (1723-1795) dans l'église de Saint-Pavin-de-la-Cité. C'est aussi dans cette paroisse qu'est baptisée Marie Elisabeth Bonne Richer-de-Boismauclerc le 25 mars 1752. Tandis que Jean Henri Richer-de-Bois-Mauclerc-de-Montauban naît le 22 mai 1760 dans la paroisse de Saint-Pierre-le-Réitéré (acte 545 page 477). Il est, lui aussi, élève au collège séminaire de l'Oratoire où en 1776, il est nommé pour un accessit.

René Richer de Boismauclerc, conseiller du Présidial sera maire de la ville du Mans de 1765 à 1768.

René Richer de Boismauclerc, seigneur de Vimarcé, doyen du présidial du Mans meurt dans la paroisse de Saint-Pierre-le-Réitéré le huit décembre 1788. Il est alors âgé de 74 ans. Son épouse Marie Bonne Gaudin de Fleuré, née à La Chapelle Saint Rémy le 12 avril 1723 (page 286) est décédée au Mans le 13 brumaire de l'An IV (4 novembre 1795).

Les armoiries de la famille Richer sont :

D'or au chevron de gueules, chargé de trois croisettes d'or accompagnées de trois bleuets d'azur, tigés et feuillés de sinople et posés deux et un et sa devise Honor et Fides. (Honneur et Foi).

On peut lire dans la généalogie de la famille alliée, des de La Grandière ; La maison Richer, originaire du Maine, est très ancienne dans cette province où elle a toujours occupé les premières charges. Ils furent seigneurs de Monthéard, de Beauchamp, du Breil, de Neuville, de Rodes, de la Morelière et de Gaigné, de Boismauclerc, de Montauban, d'Aube, de la Rochejaquelin et de Saint-Germain-sous-Daumera

 

Blason ameliore copie

Blason en couleur ameliore

Bapteme de francois jean henry richer

C'est à Saint-Martin-de-Connée en Mayenne, au château du Puyz que François Jean-Henri-de -Montauban, seigneur de Vimarcé, âgé de 67 ans, meurt sans descendance, le 11 novembre 1827.

Ainsi s'éteint cette grande famille qui a traversé plus de cinq siècles au service de la justice.

Une petite plaque de métal, installée dans l'église de Vimarcé ou celle de Saint Martin de Connée, garde la trace de ce nom par de-là les années [il semble que les historiens modernes ont oublié à Saint-Martin-de-Connée, de parler de la famille Richer, qui, sans particule n'a pas dû leur paraître remarquable].

Après son décès, son exécuteur testamentaire et ami, Louis de Musset, soucieux de respecter les dernières volontés de Jean-Henri-Richer-de-Montauban, versera une somme d'argent pour que les sœurs d'Évron s'installent à Saint-Martin-de-Connée et fera poser en souvenir de lui, une sorte d'exergue où on peut lire son nom. (Annales Fléchoises 1911 dans Les Musset au Maine). Il avait versé une rente à l'Oratoire du Mans où il avait fait ses études plusieurs années auparavant. (Chambois 1901 l'Oratoire du Mans).

 

Chateau du puyz a saint martin de connee mayenne copie

Château du Puyz à Saint-Martin-de-Connée (Mayenne)

Chateau de montauban a neuville copie

Château de Montauban à Neuville

 

Acte de sepulture de rene richer

 

1771 Simon-Louis de Blanchardon

Par Gérard Blanchard

En 1682, Louis de Blanchardon acquiert la charge de Conseiller du roi, maître des eaux et forêts et capitaine des chasses du pais et comté du Maine. Il construit rue Saint-Vincent (Lionel Royer) au Mans, la maison où naît en 1698, son fils aîné, Simon Louis, qui héritera de sa charge                                         

 

Hotel de blanchardon colorise

 Hôtel de Blanchardon, 34 rue Saint-Vincent au Mans

Hotel de blanchardon copie colorise

Grand portail et cour intérieure

 

Simon Louis (1698-1777) figure sur la liste des premiers membres titulaires désignés par le roi pour constituer le bureau du Mans de la Société Royale d’Agriculture, en 1761. Dix ans plus tard, en 1771, il deviendra directeur de cette noble institution.

La charge de maître des eaux et forêts passera à son fils aîné, Louis Jacques. De sorte que tout au long du XVIIIe siècle, cette fonction restera dans la famille

1774 Dom Jean-Baptiste de Gennes

Dom de Gennes,

un mauriste directeur du bureau du Mans

par André Lévy

Dom de Gennes n’a occupé aucune fonction de supériorité dans la congrégation de Saint-Maur et l’essentiel de sa vie monastique a été consacré à la bibliothèque de l’abbaye Saint-Vincent du Mans : c’est sans doute le bibliothécaire qui a été choisi par les membres du Bureau du Mans. Deux mauristes ont occupé les fonctions de directeur du Bureau du Mans, dom de La Bezardais pour l’année 1769 et dom de Gennes en 1774 ; les mérites de ce dernier devaient être particulièrement bien reconnus par ses confrères pour que ceux-ci lui confient l’intérim de Véron du Verger, secrétaire perpétuel, pendant quelques mois, lors d‘une des rares absences de ce dernier. Cette reconnaissance des mérites du simple moine de l’abbaye Saint-Vincent s’est encore manifestée lors de sa démission en 1785 puisqu’ils l’ont nommé membre honoraire, titre réservé aux notables de la province.

Abbaye saint vincent au mans

 Abbaye Saint-Vincent du Mans : la bibliothèque se trouvait alors dans les combles sud et est.

Dom de Gennes, un moine érudit au service du public Un bibliothécaire novateur

Dom Jean-Baptiste Marie de Gennes a été baptisé le 24 juillet 1708 à Vitré. Il était né d’une lignée très ancienne qui remontait aux croisades mais dont les branches bretonnes avaient renoncé à la noblesse en 1688. La famille ne devait cependant pas être pauvre, car le père de notre mauriste, fermier des devoirs de Bretagne, possédait un hôtel particulier à Rennes et une propriété proche de Vitré. Une de ses sœurs a épousé le comte de Niort et un de ses frères a été conseiller au parlement de Bretagne.

Acte de bapteme de jean baptiste de gennes

Acte de baptême de Jean-Baptiste Marie de Gennes (registre paroissial Vitré)

Jean-Baptiste est le quatrième fils de la famille. Il a embrassé la carrière ecclésiastique comme ses frères aînés et deux d’entre eux ont joué des rôles non négligeables dans les querelles du temps. Le fils aîné Henri-Anne Daniel, né en 1684, a été un des jésuites les plus hostiles au jansénisme alors que son frère Julien-René Benjamin, né en 1687, est entré chez les oratoriens qui lui ont fait faire ses études philosophiques au Mans avec le père Raynaud, qui ne semble pas l’avoir vraiment marqué. Le père Julien-René de Gennes a été avec dom Rivet, moine de Saint-Vincent du Mans, un des défenseurs les plus acharnés du père Quesnel et des convulsionnaires de Saint-Médard à Paris. Cela lui valut d’être embastillé quelques mois et de vivre exilé loin des couvents oratoriens, peut-être même exclu de la congrégation.

Jean-Baptiste de Gennes entre chez les mauristes, congrégation fortement marquée par le jansénisme : il fait profession à 19 ans en 1727 à Saint-Melaine de Rennes et il aurait fait un premier appel contre la bulle Unigenitus qui condamnait certaines propositions du père Quesnel à Léhon, abbaye mauriste proche de  Dinan, en 1727. Il fait un deuxième appel à Marmoutier le 3 août 1733 : il se montre ainsi très proche de son second frère, l’oratorien.

Cloitre de l abbaye de lehon

Cloître de l'abbaye de Léhon (Côtes d'Armor)

Comme il n’a occupé aucune fonction de supériorité, il est difficile de retracer sa carrière. Il serait peut-être passé par l’abbaye de Saint-Gildas des Bois avant son arrivée au Mans dans les années 1750 et l’hypothèse d’un passage par l’abbaye de La Couture n’est pas à exclure. À Saint-Vincent du Mans, il a commencé par aider le bibliothécaire, dom Colomb, avant de lui succéder puisque c’est sous le titre de bibliothécaire de Saint-Vincent qu’il entre cette année-là au Bureau d’Agriculture. Il y est resté jusqu’à la suppression des abbayes en 1790. Son appartenance au groupe des appelants a pu faciliter son travail à la bibliothèque avec dom Colomb qui partageait les idées de dom Rivet et du père Julien-René de Gennes.

Frontispice

Frontispice du catalogue de la bibliothèque de Saint-Vincent

À partir de 1757 il écrit sa monumentale Concordancia bibliotheca abbatiae regularis Sancti Vincentii apud Cenomanos, gigantesque travail bibliographique, bien plus élaboré qu’un catalogue (la bibliothèque de Saint-Vincent en possédait déjà un) car, outre le classement des ouvrages, la Concordancia donne aussi des notices analytiques de chacun des livres de la bibliothèque, parmi d’autres nouveautés.

Concordancia

Concordancia biblioteca abbatiae regularis Sancti Vincentii apud Cenomanos

Dom de Gennes semble un moine ouvert aux idées du progrès mais pas à la philosophie des Lumières. Ainsi en 1789, dans des propositions d’achat pour la bibliothèque de Saint-Vincent, s’il exclut d’acheter des ouvrages de théologie, il ne fait pas entrer à Saint-Vincent les œuvres philosophiques de Voltaire ou de Rousseau : il préfère mettre l’accent sur les ouvrages consacrés aux sciences et aux arts, en particulier ceux dédiés aux arts mécaniques sans cependant acheter l’Encyclopédie de Diderot, contrairement aux moines de La Couture : s’agit-il d’un choix philosophique ou d’un partage des achats ?

Un membre particulièrement assidu

Ce rapide portrait permet de comprendre pourquoi dom de Gennes est élu membre associé du Bureau du Mans en 1764 et devient membre titulaire le 21 janvier 1766. La Société le choisit comme  bibliothécaire du Bureau du Mans dès 1770. Pendant ses dix premières années de présence, il participe à plus de la moitié des séances annuelles. En 1774, il assiste à 25 séances sur 34 mais c’est normal car il assume la direction de la Société cette année-là. Ensuite il est moins assidu : il n’assiste qu’à 5 séances en 1780 et à 10 en 1785, un peu plus donc en cette année importante dans la vie du Bureau du Mans et cela malgré les problèmes de santé qui expliquent sa démission au mois d’août 1785. Dom de Gennes s’est donc avéré être un membre particulièrement assidu aux séances du Bureau du Mans de la Société Royale d’Agriculture. Il a participé à au moins 328 séances et, surtout, ses confrères lui ont confié, lors d’une absence de Véron du Verger du 10 janvier 1769 au 14 mars de la même année, la fonction de secrétaire perpétuel, alors qu’il n’était devenu membre titulaire qu’en 1766. Or, dans la vie du Bureau, le secrétaire perpétuel assurait l’essentiel du travail de la Société,  le poste de directeur impliquant essentiellement la présidence de chacune des séances du Bureau. La qualité de ses nombreuses interventions peut expliquer aussi la confiance que lui accordaient les membres du Bureau du Mans.

Dom de Gennes, un moine au service des autres

L’auteur de nombreuses communications

Si les problèmes purement agricoles ne lui semblent pas étrangers, alors que ses fonctions dans son abbaye ne l’y prédisposaient pas, il est surtout intervenu dans les questions concernant les biens ecclésiastiques et sur les conséquences que pouvaient avoir les défrichements ou les nouvelles cultures sur les usages anciens.

Ainsi il s’intéresse au  problème des biens de mainmorte, catégorie à laquelle appartiennent les biens monastiques. Au nom du Bureau, il fait plusieurs rapports en réponse à la demande du prieur claustral de Château-l’Hermitage, qui souhaitait échanger des terres avec le prieur commendataire de ce monastère. Il semble que le but de cette opération soit de lui permettre de bénéficier ainsi de terres à défricher, ce qui n’est pas du goût des fermiers exploitant ces domaines. Dans ces rapports, dom de Gennes intervient toujours pour approuver le prieur de Château-l’Hermitage, lui-même membre associé du Bureau du Mans. Pour dom de Gennes, cette requête ouvrait certainement une possibilité d’augmentation des récoltes. On relève la même attitude dans les rapports qu’il fait sur les conséquences des défrichements pour la perception des dîmes et des champarts. Dès 1766, sur ce sujet, il se prononce toujours contre le fait de faire payer dîmes et champarts sur les terres nouvellement défrichées. Là encore, il s’agit de favoriser le progrès agricole et l’augmentation de la production. Le bon observateur du monde agricole se révèle encore dans un rapport qu’il fait en 1773 contre les semailles tardives du seigle. Pour lui, il faut respecter l’habitude de le semer en hiver et non au printemps, car dans ce cas il y a de grands risques si la saison est mauvaise. En 1780, il intervient pour présenter une nouvelle manière qu’auraient les Anglais pour enlever le poil des veaux.

En mai 1779 il rappelle à ses confrères que les travaux du Bureau supposaient des recherches, que pour cela la bibliothèque de l’abbaye Saint-Vincent pouvait s’avérer précieuse et il en donne une preuve immédiate. Le bureau d’Angers s’interrogeant sur les qualités des eaux d’une fontaine angevine, il fait des recherches dans les Mémoires de l’Académie des Sciences que reçoit l’abbaye et il découvre ainsi que l’Académie avait démontré qu’une fontaine près de Sablé était médiocre. Cela nous incite à penser qu’il souhaitait ouvrir aux membres du Bureau et sans doute à d’autres Manceaux les portes de sa très belle bibliothèque.

La démission de dom de Gennes

Le 6 août 1785, dom de Gennes écrit à Monsieur l’Abbé de Moncey secretaire perpetuel de la societé de l’Agriculture une lettre où il présente et explique sa démission :

« Comme je crois que vous ferez Mardy prochain l’élection du Directeur de la societé royale d’Agriculture au Bureau du Mans je vous prie de proposer egalement celle d’un membre à ma place, dont je me demêt avec une vraie peine. mon age ne me permet plus d’assister aux Assemblées en hiver, et il y a longtemps que je n’y presente qu’un membre muet, qui n’entend pas ce qui s’y lit, et qui n’est d’aucune ressource. »

Il se retire donc pour raison de santé d’une société dont, dans la suite de la lettre, il vante le sens patriotique. Il évoque les « vües du plus pur patriotisme qui la dirigent ». Il souligne que pour lui l’agriculture est « le nerf de l’Etat ».  Il précise que  ces sociétés sont susceptibles de « former des citoiens utiles et de les tirer d’un Egoïsme qui resserre ses talents et ses soins dans les bornes de sa famille ». Mais s’il perçoit tout ce que la publication  des expériences, dont les correspondances de l’assemblée rendaient compte, permettrait « dans l’art innocent d’augmenter les richesses du particulier par l’Agriculture », il constate les limites de l’action du Bureau  « car ces connaissances ne parviennent pas jusqu’au public ». Dans sa lettre de démission, il souligne aussi la place prise par la Société d’Agriculture pour l’établissement d’un bureau de charité au Mans et il approuve très vivement ce choix.

En 1786, les séances ne reprirent que le 2 mai car « tous les membres se sont occupés du bureau de charité ». Cependant ceci ne concernait plus directement dom de Gennes, car sa démission avait été acceptée, en soulignant qu’il « mérite tous les eloges pour son assiduité et ses vertus sociales ». La Société le remercie en le nommant membre honoraire avec le droit d’assister aux séances comme il lui plaira. Il est nommé membre honoraire et non membre externe, ce qui traduit l’estime de ses confrères, car ce titre de membre honoraire n’était attribué qu’aux grandes personnalités de la province, évêques ou  membres de la haute noblesse.

 Leur estime pour dom de Gennes ne les pousse pas cependant à choisir un membre du clergé pour lui succéder comme membre titulaire ni à élire son protégé, dom Gallais professeur de théologie à Saint-Vincent, comme membre associé. Ils préfèrent pour le premier poste le docteur Livré et pour le second, dom Laceron, moine de La Couture, mieux introduit sans doute dans l’élite mancelle : il était historiographe du comte de Provence et franc-maçon.

*

 À cette date le Bureau du Mans de la Société Royale d’Agriculture n’est plus seulement une société destinée à améliorer les techniques agricoles mais il est devenu un des grands lieux de pouvoir et de réflexion de la ville du Mans. Six de ses membres furent d’ailleurs parmi les élus du Maine aux États généraux.

Quant à dom de Gennes, il a quitté Le Mans et

nous le retrouvons prisonnier à Nantes en 1793.

S’il semble avoir échappé en 1793 aux noyades de Carrier à Nantes, nous ne disposons ensuite d’aucune  trace de vie le concernant.

 

1775 René Prudhomme de la Boussinière

par Gérard Blanchard

Seigneur de Brains et beaucoup d’autres lieux, René Prudhomme de la Boussinière (1701-1788) devient procureur au grenier à sel de Loué. Sa réussite sociale est éclatante. Installé au Mans, dans la paroisse de Gourdaine où il construit un bel immeuble dans le goût de l’époque, il figure en 1761 parmi les premiers membres du bureau du Mans de la Société royale d’agriculture. Il en sera le directeur pour 1775. Cette même année le verra échevin de la ville.

Chargé du canton de Brûlon, au sein du dit bureau, il présente des travaux sur les charrues et le sillonage des terres, sur la façon de fixer et de percevoir les dîmes, sur les dommages causés par les animaux aux cultures… À la toute fin de sa vie, René Prudhomme sera député du Tiers-État dans les assemblées provinciales consultatives mises en place par Louis XVI dans le but d’initier des réformes de l’organisation administrative de la France.

 

Eglise de brains sur gee

   église de Brains-sur-Gée

 Trois fils de M. de la Boussinière ont laissé à leur tour une trace dans l’histoire locale. Jacques Guillaume, curé de la paroisse du Crucifix fut élu en 1791, évêque constitutionnel de la Sarthe. René occupa la charge de président de l’Élection, subdélégué de l’intendant ; il participa aux travaux du bureau d’agriculture en qualité de membre associé et fournit plusieurs rapports. Pierre, moine bénédictin, prieur de l’abbaye de la Couture, refusa la Constitution civile du clergé et mourut en exil.

 

 

1781 Jean-Baptiste-Denis Bastard de Fontenay

par Nathalie du Peyroux-Le Brethon

Jean-Baptiste-Denis de Bastard, comte de Fontenay, est né au château de Montreuil-le-Henri (élection de Château-du-Loir) le 16 septembre 1740. Il était le fils aîné de Denis-Charles de Bastard, marquis de Fontenay, qui a été président de la Société d’Agriculture en 1766.

Son père le destina très jeune à la carrière militaire. Dès que Jean-Baptiste-Denis eut l’âge exigé, il le fit recevoir officier de cavalerie dans le régiment où il servait lui-même : il commandait la compagnie de Dragons-Fontenay. C’était en 1755 ; le fils du marquis de Fontenay avait quinze ans !

L’année suivante, la guerre éclata entre la France et le roi de Prusse. Le comte de Fontenay fit donc ses premières campagnes sous les yeux de son père. Les traités signés à Paris et à Hubersbourg le 15 février 1763 mirent fin à cette guerre de Sept Ans. Jean-Baptiste-Denis retourna dans sa famille : il avait vingt-deux ans. 

« A son retour, son père aurait désiré lui faire reprendre le cours de ses études, interrompues par la guerre de 1755, et le replacer sous la direction préceptorale qu’il avait précédemment. Mais le jeune capitaine trouva, avec quelque raison, que quand on avait fait 7 ans la guerre, on devait avoir acquis quelque expérience des hommes et des choses, et que l’instruction des camps valait souvent mieux que celle des écoles. » Henri de Bastard d’Estang.

En 1770, il épouse Madeleine-Etiennette de Richer de Monthéard, mariage avantageux, la demoiselle étant la fille unique du baron de Monthéard, seigneur de Saint-Jean d’Assé. Et les années qui suivirent ce mariage bénéficiant d’une paix durable, le comte de Fontenay put consacrer du temps à sa famille dans sa maison du Mans, rue Courthardy, qui lui venait de son beau-père. C’est là que naquirent ses deux enfants en 1771 puis 1774, là aussi que mourut son épouse en 1781 âgée de 32 ans.

Dès 1771 il avait été comme son père membre de la Société d’agriculture des provinces réunies de Touraine, Anjou et Maine dont il fut président en 1781.

Chateau de dobert

 A la mort de son oncle le chevalier de Fontenay en 1787, Jean-Baptiste-Denis de Bastard reprit la jouissance et l’administration du château et des terres de Dobert, à Avoise, continuant les travaux que son oncle avait commencés. Le comte de Fontenay ayant quitté ses fonctions militaires en 1788, nul doute qu’il aurait poursuivi, à l’exemple de son père et de son oncle, les tentatives de progrès agricoles sur ses domaines. C’était en effet un esprit éclairé, cité comme un modèle dans ses terres. Mais la Révolution passa par-là, modifiant sensiblement le cours de sa vie.

Acquis aux idées nouvelles, Jean-Baptiste-Denis accueille favorablement le nouveau régime, et devient commandant dans la garde nationale au Mans. Estimé de tous, il se soucie non seulement de la sécurité des citoyens mais également du bon approvisionnement en grains de la ville pour les besoins de la population. Il s’oppose farouchement au départ de ses enfants en émigration, sans succès, et reste seul tandis que son fils, sa fille et son gendre partent vers la Belgique. Ce départ va bien sûr lui attirer beaucoup d’ennuis, et en 1793, il figure sur la liste des suspects. Le 23 octobre de la même année, il fait attester par les administrateurs de la Sarthe qu’il est domicilié au Mans, qu’il n’a pas émigré et que ses biens ne sont pas sous séquestre. Mais il ne réussit pas à radier ses enfants de la liste des émigrés et doit donc abandonner à la République les deux tiers de ses propriétés.

Acte dobert

C’est à partir de cette époque que le comte de Fontenay prend franchement ses distances avec l’administration et se rapproche des Chouans. Sans avoir jamais rejoint l’armée vendéenne, il la soutient et lui apporte son aide occasionnellement. Dans un rapport du 5 vendémiaire an VI (26 septembre 1797), le commissaire de Chantenay écrit : « Depuis quelques temps, dans la commune de Fontenay, des rassemblements sont composés de ci-devant chefs de chouans dont plusieurs inconnus. […] Je sais en outre qu’il s’en est formé plusieurs au château de Dobert, commune d’Avoise, canton de Parcé, appartenant au nommé Bastard Fontenay… »

Les patriotes profitent de la réaction fructidorienne et des soupçons portés sur le comte de Fontenay pour le faire arrêter « dans sa maison du Mans, d’où, les mains liées comme un criminel, il fut conduit à Paris et jeté en arrivant dans les prisons du département de la Seine. Le comte de Fontenay, dont la santé était déjà gravement altérée, ne tarda pas à y tomber malade…» Henri de Bastard d’Estang.

C’est là qu’il meurt le 20 mai 1798.

 

 

 

Comte de fontenay

Comte de fontenay bis

 « Le portrait du comte de Fontenay fait partie de ceux de la galerie de Dobert. Il est en uniforme de lieutenant-colonel de Dragons, c’est-à-dire en habit vert à revers et paremens (sic) jaunes, épaulettes d’or. Un autre portrait au pastel le représente en costume de ville. » Henri de Bastard d’Estang.

 

1788 Jean-Baptiste-Henri-Michel Leprince d’Ardenay  1800, 1802-1803 et 1807

par Benoît Hubert

 Né en 1737 paroisse du Crucifix au Mans dans une famille de négociants en cires et bougies, Leprince est élève du collège de l’Oratoire au Mans, étudie le droit, la banque et le notariat à Paris et revient dans sa « petite patrie » prendre l’état  de son père. Associé à la société « Leprince, père et fils » en 1764, il fait prospérer la manufacture  familiale  grâce au fameux procédé technique du « blanc du Mans ». Il épouse Marie-Anne Godard d’Assé le 13 février 1764, fille d’un trésorier de France, nièce de Véron du Verger, secrétaire perpétuel du Bureau d’agriculture et  donc cousine de l’illustre Forbonnais. Il acquiert un important patrimoine estimé à plus de 323 000 # en 1804, dont un vaste domaine agricole autour du château d’Ardenay, hérité de son père en 1782.

Livre le prince d ardenay

Leprince d’Ardenay va occuper d’importantes fonctions dans la ville : administrateur de l’hôpital, membre de la société littéraire et patriotique, marguiller de la paroisse de la Couture, membre de la juridiction consulaire puis président du tribunal de commerce, membre de la commission intermédiaire en 1787, maire du Mans en 1790-1791 ou encore conseiller général. La présence importante de négociants, tels que les Leprince (cire), les Véron (étamine), les Desportes (forge) dans la Société d’agriculture du Mans éloigne cette dernière de la physiocratie proprement dit, pour laquelle toute richesse ne peut provenir que de l’exploitation de la terre, et la dirige vers un faisceau d’intérêts centrés sur l’agronomie conjugués avec les arts dit « utiles », les machines, l’industrie, le commerce et les questions sociales.

Ses proches parents Leprince d’Amigné, président en 1767, et Desportes de Linières, président en 1768, étaient déjà des membres fondateurs éminents de cette Société. Sa nomination comme Associé en 1777, à l’âge de 40 ans, n’a donc rien de surprenant :

« j’avois été admis dans la Société d’agriculture en qualité d’associé ; je n’avois jamais fait d’études particulieres dans cette partie, je n’en avois que quelques connoissances theoriques. mon pre­mier soin fut de travailler a me rendre digne de  l’honneur que je venois de recevoir. Je suivois très exactement les séances du Bureau ; je consultois souvent mes collegues et les bons agriculteurs. J’étudiois les livres élementaires et je profitois de mes moments de loisir pour recueillir dans les archives du bureau des connoissances utiles et pre­cieuses repandues dans une collection très considerable de mémoires, projets, plans et discours relatifs aux differen­tes branches de ce premier des arts. cest dans cette source feconde que je puisay des notions vraiment savantes et éco­nomiques sur la nature, les especes et l’employ des engrais, sur les moyens de conserver les prés naturels, de faire et entretenir les prairies artificielles ; sur le choix, la multi­plication, le gouvernement et les maladies des bestiaux ; sur les avantages des bêtes a laine, la meilleure maniere de les élever, de les garantir des accidens et de tirer le meilleur parti de leurs toisons ; sur les écaubuages et defrichement des terres incultes, semis, plantation, amenagemens, coupe et employ des bois ; sur les differentes methodes de labours et fumures, mouture carie et autres vices des bleds; sur la culture des diffé­rentes graines et racines et la perfection de celle des chan­vres et lin, etc. » (Mémoires, p. 147-148).

Il est nommé ensuite secrétaire de correspondance pour seconder l’abbé Rottier de Moncé, successeur de Véron du Verger au poste de secrétaire perpétuel. Peu d’années après, il obtint le tire de membre de la Société 

« Ce fut pour moy un nouveau sujet de reconnois­sance et un motif bien puissant d’émulation. Je redoublai mes efforts pour repondre autant quil etoit a la confiance de mes collegues. Jetois alors proprietaire de biens fonds et plus a portée de faire des experiences et des essais. apres avoir pris et suivi les avis du  Bureau je luy communiquay les resultats de mes operations ; il les accueillit favorablement, ce qui m’encouragea a luy pre­senter successivement quelques mémoires, entre autres sur la mouture économique qu’un de mes meuniers avoit etablie en petit a l’instar des moulins de Corbeil et sur la tourbe que j’avois decouverte a ardenay. J’en avois fait tirer une certaine quantité, je l’avois fait secher, reduire en cendres et repandre partie sur un pré, partie sur une  luzerne, et le reste sur des légumes. ces differens essais reussirent tres bien et sensiblement plus que dans les ter­rains voisins et de meme nature que ceux sur lesquels l’experience avoit été faite. » (Mémoires, p. 148-149).

Leprince est nommé directeur au moment où il occupe la fonction de procureur-syndic de l’assemblée provinciale (1787). Les consignes gouvernementales tournaient alors les vues de ces nouvelles administrations vers l’agriculture et l’amélioration du commerce. La navigation sur la Sarthe était aussi un enjeu majeur. L’intérêt des membres se focalisait dans la bonne direction quand les travaux des assemblées intermédiaires cessèrent et furent remplacés par les Etats-généraux.

« Je n’oublierai jamais tout ce que je dois a cette Société et je seray cons­tamment penetré de la vérité de ce précepte quelle m’a enseigné et qui est gravé au fond de mon cœur. L’agriculture honoreras afin de vivre longuement (extrait des maximes de la Société de Vaza à Sthockolm)» (Mémoires, p. 149).

Document prince d ardenay

Nommé président de la Société à quatre reprises,

il mourra, octogénaire en 1818.

 

1789 Joseph-Auguste-Emmanuel Rottier de Moncé

par Gérard Blanchard

 Joseph, Auguste, Emmanuel Rottier de Moncé (1751–1843) né au Mans (Saint-Vincent) était le fils de Marin Rottier de Madrelles, secrétaire du roi et receveur des décimes du diocèse, qui avait acquis le comté de Belin. Bachelier en Sorbonne, l’abbé Rottier obtint rapidement (1776) un canonicat en l’église collégiale de Saint-Pierre-la-Cour.

En 1785, alors que la disette sévissait en ville, il fut choisi comme syndic du bureau de charité. De 1781 à 1787, Joseph Rottier assuma les fonctions de secrétaire perpétuel du Bureau d’agriculture du Mans après le décès de Véron du Verger.

C’est en cette qualité qu’il rédigea un important ouvrage qui constituait une synthèse des travaux du bureau durant les quatorze premières années de son existence (466 séances).

Precis historique rottier de monce copie

Il en devint le directeur pour l’année 1789.

Emmanuel rottier de monce copie

 Vie Mancelle et Sarthoise n°367

Franc-maçon, fortuné, adepte des idées nouvelles, il prêta le serment à la Constitution Civile du Clergé. Arrêté et emprisonné à la Visitation en 1793, il fut vite reconnu patriote et relâché. Quelques années plus, tard, il apparaît « fiché » dans les dossiers de la préfecture comme « un homme tranquille, infiniment estimable qui n’a qu’un reproche à se faire c’est d’avoir refusé les places qui lui ont été présentées, parce qu’il était dans le cas d’y faire le bien ».

Héritier du titre de comte de Belin et de Vaux, devenu chanoine de la cathédrale du Mans, l’homme était considéré comme l’un des plus riches ecclésiastiques du diocèse. Retiré sur sa terre du Belinois, il était reconnu comme un généreux bienfaiteur des églises de sa région.

Il mourut en son château du Plessis de Richelieu, en 1843 à l’âge de 92 ans.