Les premiers Présidents

1881 à 1926 Ambroise Gentil

par Isabelle de Goyon

Il naît à Saint-Macaire dans le Maine-et-Loire le 21 avril 1842 et meurt rue de Flore au Mans, le 13 juillet 1927.

Sa vie est faite de travail permanent, acharné, passionné, immense.

Ambroise Gentil est un homme de sciences qui s'enthousiasme pour la zoologie, la géologie, les sciences physiques, et surtout pour la botanique et la paléobotanique tout spécialement dans le Maine. Les sciences ne lui suffisent pas ; en dehors de ses recherches, il trouve le temps d'enseigner, de rédiger des biographies, de participer très activement à l'établissement du catalogue de la bibliothèque si riche de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe dont il fut le président.

 Il obtient un baccalauréat en Lettres à Angers en 1867 et réussit le diplôme en sciences devant la Faculté de Caen. Ces diplômes lui permettent, à partir de 1866 jusqu'à la déclaration de guerre, d'occuper les fonctions de maître répétiteur au lycée du Mans.

 En août 1870, il se marie avec Marie Pauline, originaire d'Anjou.

Portrait Ambroise Gentil

Huile sur toile de 1918, œuvre du peintre manceau Charles Morancé

Le 4 septembre 1870, le Gouvernement de la Défense nationale succède au Second Empire. L'administration départementale tente de mettre en place une organisation de défense du territoire. La "guerre" de Gentil est de courte durée ; il assiste à la débâcle du 10 janvier 1871 quand l'ennemi tire dans la ville du Mans et pousse en avant Chanzy et ses hommes. La Sarthe est envahie, la guerre se déroule sur notre département, meurtrière, difficile. Malgré les compétences du général Chanzy, l'ennemi remporte les victoires. Le lycée du Mans est fermé, transformé en ambulance de soixante lits pour les varioleux.

Monsieur Alliou, proviseur du lycée du Mans, demande la réouverture de son établissement. Ambroise Gentil y travaille sans compter, en qualité de surveillant, mais ses fonctions se sont considérablement développées puisqu'il doit enseigner le français, l'histoire et les sciences... par intérim. Il rencontre dans cet établissement Monsieur Charault, professeur de sciences physiques qui devient pour lui un ami et un maître. Sur ses bons conseils, Ambroise Gentil prépare une licence de physique, puis de sciences naturelles à la Faculté de Caen, respectivement en 1874 et 1877. Monsieur Charault, aux compétences justement reconnues, accède à la chaire de physique de la Faculté de Montpellier. Ambroise Gentil lui succède au lycée du Mans en 1875. Il enseigne alors les sciences physiques et naturelles, ajoutant à ses fonctions l'important travail de réorganisation du cabinet (laboratoire) de physique, chimie et histoire naturelle.

L'enseignement secondaire pour les filles est à l'ordre du jour : la direction de cet enseignement incombe tout naturellement à Ambroise Gentil qui leur enseigne la physique et la chimie dès 1883.

Sa carrière professorale sera récompensée, en 1881 par les Palmes Académiques, en 1889 par la rosette d'officier de l'instruction publique. Il part à la retraite en 1906 avec le titre de professeur honoraire du lycée du Mans.

Ambroise Gentil aurait pu se contenter de cette carrière d'enseignant, il n'en fut rien ; il est un scientifique et il le prouve sur le terrain. Il étudie la géologie et la paléontologie sarthoise, se lance dans des recherches sur la faune et les complète par une étude précise de la flore qui aboutit à un ouvrage : "La flore". Il emmenait même sur le terrain les débutants et, échantillons en main, leur transmettait ses passionnantes connaissances. C'est à leur intention qu'il publia "La petite flore mancelle". Il décide de réaliser un ouvrage important que l'on peut même qualifier de fondamental : l'"Inventaire général des plantes vasculaires de la Sarthe, indigènes ou naturalisées" qui s'appuie sur un herbier splendide de trente cartons et plus de cinq mille pages.

1 - les plantes vasculaires ayant tiges, racines et feuilles, autrement dit des végétaux supérieurs par opposition aux plantes cellulaires.

     les plantes indigènes : le terme d'indigène est attribué "aux espèces végétales qui peuplent depuis très longtemps un territoire. Cela peut s'appliquer à une échelle de temps géologique" (Bouillard 1988).

2 - les plantes qualifiées d'adventices sont des plantes qui, non issues d'une contrée, l'ont colonisée sans y avoir été volontairement introduites.

3 - la plante qualifiée d'adventice naturalisée est "une plante originaire d'une région située en dehors du territoire étudié, introduite fortuitement ou volontairement, mais se comportant actuellement comme une plante indigène" (M. C. Marzio et le groupe botanique angevin).

Ambroise Gentil fait partie de très nombreuses sociétés savantes pour communiquer ses découvertes, échanger ses publications avec les autres chercheurs et aussi par goût des contacts amicaux.

En 1881, il devient Président de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts. Il conservera cette charge jusqu'à sa mort. Charge considérable, qu'il remplira avec le sérieux, la régularité, la parcimonie dans les dépenses qui le caractérisèrent toute sa vie. Il entreprit un travail long et fastidieux, mais indispensable : la rédaction du catalogue des ouvrages possédés par la Société.

Pendant la guerre 14-18, Ambroise Gentil, alors septuagénaire, réussit à maintenir une activité à la Société. "Elle apparaissait comme un havre où les membres, souvent sous les drapeaux ou engagés volontaires pour le soulagement des soldats, pouvaient se retrouver, reprendre leurs discussions scientifiques, savantes, loin, pour peu de temps, de l'ennemi."

Il poursuit son travail de chercheur, publiant sans relâche ses travaux. Il meurt chez lui le 13 juillet 1927.

Ambroise Gentil a disparu, mais son œuvre reste. Il peut figurer comme modèle de précision, de scrupules, de probité scientifique, de patience, n'ayant jamais cherché de profit pour lui-même, ayant toujours défendu le vrai et non le paraître.

 

1927 à 1957 Paul Delaunay

par Didier Béoutis

Né à Mayenne le 16 février 1878, mais d’origine sarthoise, Paul Delaunay est le fils du greffier au Tribunal civil de la ville. Il fait ses études au petit séminaire de Mayenne, puis au collège Stanislas à Paris, avant d’entamer des études à la Faculté de médecine de Paris. Il est reçu docteur en médecine en 1906, sur une thèse portant sur « Le monde médical parisien au XVIIIe siècle », étude qui recevra le prix Hugo décerné par l’Académie de médecine. Paul Delaunay ouvre alors un cabinet au Mans où il exercera jusqu'à sa mort, en 1958, parallèlement à ses fonctions de médecin-chef des services de médecine générale à l’hôpital du Mans, où il sera nommé à la fin de la Grande Guerre. Marié en février 1907 avec Mlle Marie-Louise Guittet, fille du notaire de Sillé-le-Guillaume, Paul Delaunay sera père de trois filles.

Mobilisé comme médecin aide-major en 1914, il se porte volontaire pour le front, devenant médecin d’un bataillon du 31ème régiment d’infanterie territoriale. Il publiera, en 1921, sous le titre « Paysages de guerre et choses du vieux temps. Carnets d’un aide-major », ses carnets de guerre. Attributaire de la croix de guerre en 1918, il sera fait, en 1934, chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, et sera aussi officier des Palmes académiques, distinctions qu’il n’avait guère cherchées, car il était peu sensible aux honneurs…

Au-delà de ses activités médicales et hospitalières, Paul Delaunay est un grand érudit « généraliste », d’une culture encyclopédique dans de nombreux domaines,  à la manière des humanistes du XVIe siècle, lisant beaucoup -y compris le latin- et retenant tout, aussi à l’aise dans les sciences médicales que dans l’histoire de la médecine, des sciences naturelles, l’histoire régionale, de surcroît bibliophile et collectionneur.

Depuis son enfance, le jeune Paul herborisait sur les chemins sarthois, en compagnie de son grand-père, complétant son instruction par de nombreuses lectures. Dès 1904, il avait publié des portraits de « Vieux médecins mayennais » et une étude intitulée « Alcooliques et névrosés, silhouettes d'écrivains : Edgar Poe, Hoffmann ».

À son installation au Mans, en mars 1906, Paul Delaunay est recruté à la Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe par le président Ambroise Gentil qui l’avait remarqué lors de séances d’herborisation. Élu secrétaire en décembre 1906, puis vice-président en décembre 1916, il accède à la présidence de « Sciences et arts » en juillet 1927, à la mort d’Amboise Gentil. Au-delà des séances mensuelles et de la confection des volumes de mémoires annuels et des bulletins mensuels, Paul Delaunay s’attache à constituer une brillante équipe de naturalistes (notamment Hutrel, Monguillon, Déan-Laporte, Degaugue) avec lesquels il organise régulièrement des sorties dans la Sarthe à la recherche de nouveautés géologiques, botaniques et faunistiques. Le fruit de ces recherches fait alors l’objet d’études et de classements. En 1927, le docteur Delaunay et son équipe avaient été sollicités par la Ville du Mans pour procéder au classement et au rangement des collections artistiques et scientifiques du musée municipal, à l’occasion du transfert des cloîtres de la Couture à l’hôtel de Tessé.

Paul Delaunay était membre actif de plusieurs sociétés savantes internationales, nationales et locales ("Société française d’histoire de la médecine" dont il avait été un des fondateurs ; "Société d’histoire de la pharmacie" ; "Société internationale d’histoire de la médecine" ; "Académie internationale d’histoire des sciences" ; "Mayenne Sciences").

Portrait de Paul Delaunay

Resté attaché au Museum d’histoire naturelle de Paris -où il aurait aimé faire sa carrière-, Paul Delaunay s’y rendait régulièrement, lors de séjours dans la capitale où il fréquentait aussi les dépôts d’archives et les séances et congrès de la "Société française d’histoire de la médecine", où il présentait des communications. Dans les années 20 et 30, il se rendait aussi régulièrement dans les pays d’Europe pour participer aux congrès des différentes sociétés savantes scientifiques.

Trop âgé à la fin de la guerre pour reprendre les expéditions dans la Sarthe, Paul Delaunay, devenu sédentaire, s’orienta alors vers les études historiques de la société sarthoise au cours du XIXe siècle.

Des nombreuses publications de Paul Delaunay -ouvrages ; notices et articles parus dans diverses publications-, on peut retenir :

. « Le Sol sarthois, ses historiens, son histoire géologiques, sa géographie botanique, économique, historique et politique » (1408 p. Monnoyer 1927-1941). Fruit de ses recherches sur le terrain, « le Sol sarthois » constitue l’œuvre principale de Paul Delaunay.

.  « Étude sur les Coëvrons » (1941-1956) ;

. « La Vie médicale aux  XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles » (556 pages, 1935).

. ses biographies en plusieurs publications, souvent dans les mémoires des sociétés savantes  (« Vieux médecins mayennais » ; « Vieux médecins sarthois » ; « Galerie des naturalistes sarthois » ; les nombreuses notices nécrologiques parues dans les bulletins de Sciences et Arts de 1934 à 1957), aujourd’hui très utiles à l’historien ;

. ses notices sur la médecine (notamment « Les ulcérations du col utérin » ; « L’antiseptie pulmonaire dans les plaies du thorax ») ;

. ses notices sur l’histoire de la médecine (notamment « Les guérisseurs ambulants dans le Maine » ; « L’Histoire de la Société de médecine du Mans ») ;

. ses notices d’histoire régionale (notamment, « La levée de 1792 dans la Mayenne » ; « La Mayenne révolutionnaire » ; « Tombeaux mérovingiens à Connerré » ; « La Chouannerie de 1832 dans le Maine »).

Les travaux de Paul Delaunay sont rédigés dans un style agréable, parfois malicieux. L’écrivain biologiste Jean Rostand a écrit sur lui : « Cette belle œuvre défiera le temps et sera toujours consultée par les historiens, qui y trouveront une source irremplaçable d'information et une haute leçon d'élégance, d’achèvement, de rigueur et d'indépendance ».

En 1956, le grand érudit qu’était Paul Delaunay jetait un cri d’alarme devant la spécialisation des formations, écrivant : « La spiritualité est défaillante. Les bonnes lettres sont en régression, voire dans les programmes universitaires qui tendent à promouvoir une culture de garçons de laboratoire ou de surveillants de robots. La belle formation libérale de jadis est menacée. »

Malade et fatigué, Paul Delaunay ne sollicite pas le renouvellement de son mandat de président de « Sciences et arts » en janvier 1957, permettant ainsi la transition avec son successeur André Bouton. Il décède au Mans, en son domicile du 36, rue Chanzy, le 3 février 1958, à quelques jours de son 80ème anniversaire, alors que ses amis avaient prévu une réception spéciale en son honneur.

La Société d’agriculture, sciences et arts de la Sarthe s’honore d’avoir pu bénéficier, pendant trente ans, d’un président aussi remarquable que Paul Delaunay.

1957 à 1974 André Bouton

Didier Béoutis

Issu d’une famille installée dans le Saosnois depuis le haut Moyen Âge, André-Eugène-Marie Bouton est né, le 30 novembre 1890, à Fresnay-sur-Sarthe, fils d’un  entrepreneur de tannerie.

À la mort de son père, en 1903, il est recueilli par son grand-père au Mans, et fréquente le lycée de garçons, qu’il doit quitter en 1906, faute de moyens financiers.

André Bouton se tourne alors vers le notariat, devenant employé, puis clerc de notaire successivement à Blandy-lès-Tours (Seine-et-Marne), au Mans, à Saint-Pierre-sur-Orthe (Mayenne). Après son service militaire, effectué de mai 1911 à mai 1913, il devient clerc dans l’importante étude de Me Gustave Mazerat, au Mans, poste qu’il doit quitter, étant mobilisé le 1er août 1914.

Affecté aux 117ème, puis 404ème régiments d’infanterie, combattant sur le front de la Somme de novembre 1914 à juillet 1916, André Bouton y sera blessé à deux reprises, en décembre 1914 puis en juillet 1916. Affecté depuis lors à l’arrière, sur des postes d’observation anti-aériens près d’Alençon, il sera démobilisé en mars 1919. Durant toute la guerre, il rédigera des carnets de guerre dont il fera la synthèse sous la forme de « Mémoires de guerre », un document très révélateur sur le ressenti d’un soldat de base durant le premier conflit mondial.

Reçu à l’examen de notaire en janvier 1920, il achète l’étude notariale de Mamers à l’automne. Son client le plus célèbre sera Joseph Caillaux, à l’époque interdit de séjour dans les grandes villes, qui vivait replié à Mamers.

Marié en juin 1923 à Mlle Étiennette Bardet (1900-1992), fille de notaire, André Bouton s’installe comme notaire à Clermont-Ferrand. L’éloignement et le mal du pays l’inciteront à accepter une proposition qui lui est faire de vendre son étude, en juillet 1925.

André Bouton revient au Mans et crée un cabinet d’affaires, spécialisé dans les transactions financières, puis immobilières, qu’il gérera jusqu’à sa mort, les vingt dernières années en association avec ses deux fils, Étienne et Philippe. Cinq enfants naîtront en effet de l’union d’André et d’Étiennette, trois filles, puis deux garçons, de 1924 à 1934.

Parallèlement à ses activités professionnelles, André Bouton se lance dans l’action économique, sociale, et même politique. Il fonde au Mans, en 1928, le comité départemental de la Sarthe de la Fédération des porteurs de valeurs mobilières, puis, en 1932, la Ligue des contribuables de la Sarthe, quelques mois après avoir publié un ouvrage intitulé  « La fin des rentiers » dans lequel il retrace l’histoire des fortunes privées, et prône « un capitalisme démocratique par la possession de valeurs mobilières réellement protégées par un statut ». André Bouton milite aussi à la Ligue des familles nombreuses de la Sarthe dont il assure, à partir de 1936, la direction du bulletin.

Membre actif des différentes sociétés savantes locales, André Bouton fréquente les dépôts d’archives, publie le fruit de ses recherches, et notamment deux ouvrages : l’un sur le lieu où il avait été en poste durant la guerre, « Les environs pittoresques d’Alençon : la Butte-Chaumont » (1924) ; l’autre « Les souterrains inconnus du Vieux-Mans » (1936).

Durant l’occupation allemande, André Bouton opposera une stricte fin de non-recevoir aux sollicitations dont il sera l’objet. Après la Libération, il consacrera ses activités extra-professionnelles à la recherche historique sur le Maine, publiant ainsi, fruit de recherches effectuées à bicyclette, en 1947, « Les voies antiques, les grands chemins médiévaux et les routes royales du Haut-Maine », ouvrage couronné, en 1948, par l’Académie des inscriptions et belles lettres. Ce catholique pratiquant publiera, en 1951, en collaboration avec Marius Lepage, vénérable d’une loge à Laval, une « Histoire de la Franc-maçonnerie dans la Mayenne (1756-1951) », suivis de deux ouvrages dédiés à la maçonnerie sarthoise : « Les Francs-maçons manceaux et la Révolution française (1741-1915) », en 1958 ; et « Les luttes ardentes des Francs-maçons manceaux pour l’établissement de la République (1815-1914) », en 1966.

Dans le même temps, André Bouton s’était lancé dans ce qui restera son œuvre majeure, la publication d’une histoire économique et sociale du Maine, depuis l’Antiquité jusqu’au milieu du XIXème siècle, faisant sa juste part, à côté des événements politiques, aux phénomènes économiques, sociaux, démographiques, culturels. Le fruit d’un demi-siècle de recherches paraîtra ainsi, entre 1962 et 1976, sous la forme de cinq volumes représentant un total de 3.250 pages, assorti de cartes, index et références : « Le Maine, histoire économique et sociale » : les temps antiques (tome 1) ; le Moyen Âge (tome 2) ; les XIVème, XVème et XVIème siècles (tome 3); les XVIIème et XVIIIème siècles (tome 4) ; le XIXème siècle (tome 5). L’ensemble sera couronné, en 1976, par le prix René Petiet décerné par l’Académie française.

Portrait André Bouton

Admis à la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe en octobre 1927, y publiant son premier article en 1930, vice-président en décembre 1944, André Bouton sera élu président en janvier 1957, succédant au docteur Delaunay. Assisté notamment par Fernand Letessier, secrétaire général, il modernise les statuts, s’efforce d’élargir l’audience de la société par un important recrutement, trouve des conférenciers pour les séances mensuelles, organise des visites de sites (sites historiques, mais aussi entreprises et usines), rédige des notices inédites pour les volumes de mémoires, étoffe les volumes annuels et les bulletins mensuels, encourage les jeunes chercheurs... André Bouton ne sollicitera pas le renouvellement de son mandat de président en janvier 1974, étant alors élu président honoraire. Il anima aussi la vie culturelle de la Sarthe en prononçant des conférences et publiant volontiers, lorsqu’il était sollicité, diverses notices historiques dans la presse générale (« Le Maine libre » ; « Ouest-France ») ou spécialisée (« La Revue historique et archéologique du Maine »; « La Province du Maine » ; « La Vie Mancelle »).

Fait chevalier de la Légion d’honneur au titre du ministère des affaires culturelles par décret du 14 juillet 1963, titulaire de distinctions à titre militaire (croix de guerre, médaille militaire) et civil (officier des palmes académiques), André Bouton est décédé au Mans, le 1er avril 1979, dans sa quatre-vingt-neuvième année.

La mémoire d’André Bouton est entretenue par l’existence, à son nom, d’une allée au Mans (joignant la rue Robert Garnier à l’avenue de Paderborn) et d’un square à Fresnay-sur-Sarthe.

1974 à 1992 Jean Lepart

par Didier Béoutis

Jean Lepart est né au Mans, le 25 octobre 1906, dans une famille d’origine sarthoise, son père tenant un commerce de nouveautés au centre-ville, boulevard René Levasseur. Il fait ses humanités primaires et secondaires au lycée de garçons du Mans, avant d’entamer des études de médecine, à la faculté de Paris.

Reçu docteur en médecine en 1933 sur une thèse portant sur l’articulation de la hanche, intitulée « la cavité cotyloïde, son développement et ses artères », Jean Lepart se tourne alors vers la chirurgie, intégrant, en 1936, le groupe des chirurgiens de la clinique des Sœurs Franciscaines, au Mans, rue Lionel Royer. Le 7 mars 1936, il avait épousé Mlle Mauricette Trion. Le couple aura deux filles.

Lors de la déclaration de guerre, en septembre 1939, Jean Lepart fut mobilisé comme médecin-capitaine en Argonne. Démobilisé en 1940, il revint au Mans, et retrouva la clinique des Franciscaines, autour du docteur Laburthe-Tolra. Afin de pallier à la rareté des patients, en cette période d’occupation allemande, il dut aller opérer, tous les quinze jours, alternativement, à La Flèche et à Évron.

En 1942, Jean Lepart entra dans la section mancelle, animée par Georges Dugué (« Brottier » dans la Résistance) du réseau « Confrérie Notre-Dame » animé, au niveau national, par le colonel Rémy, et y joua un rôle d’agent de renseignements.

Poursuivant ses activités chirurgicales à la clinique des Franciscaines (resté seul chirurgien, la clinique fermera lorsqu’il partira en retraite, en 1971), le docteur Jean Lepart trouva le temps de se lancer dans la vie associative et la recherche historique. Il s’intéressa tout d’abord à la pêche en rivière, présidant la Société de pisciculture de la Sarthe et rédigeant une notice sur l’histoire de la pisciculture dans le Haut-Maine depuis le XVIIIème siècle.

Portrait de Jean Lepart

 

En 1945, Jean Lepart adhéra à la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe et à la Société historique de la Province du Maine. C’est au sein de ces deux sociétés qu’il allait s’adonner à la recherche historique. Loin de se spécialiser dans un domaine de recherches précis, ou de se lancer dans une œuvre d’importance, Jean Lepart rédigea des notices et prononça des conférences sur des sujets divers touchant aussi bien la médecine (la médecine grecque ; les médecins flibustiers et la pathologie exotique), les sciences naturelles (présence de types de rongeurs et d’écrevisses dans les cours d’eaux sarthois), que les croyances dans le Maine (la sorcellerie ; le Jansénisme ; la « Petite Église »), ou des biographies de personnalités des XVIIème et XVIIIème siècles (le maréchal de Tessé, André-Pierre Ledru, l’abbé Grégoire, Siéyès, le « contre-Chouan » Branche d’or).

Jean Lepart a participé à deux ouvrages collectifs : « Les étains pharmaceutiques », co-rédigé avec l’abbé Paul Bidault (1972) et « l’Histoire religieuse du Maine » (1978) où il rédigea le chapitre « les bouleversements de la Révolution ».

En 1972, Jean Lepart fut élu à l’Académie du Maine. Il occupait les fonctions de deuxième vice-président de « Sciences et arts » à la fin de 1973, lorsque le premier vice-président, l’historien André Pioger décéda, alors qu’André Bouton avait déjà décidé de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat de président. Ces circonstances le conduisirent à être élu président, en janvier 1974. Réélu à cinq reprises, Jean Lepart ne sollicitera pas le renouvellement de son mandat en 1992, pour raisons de santé.

Il est décédé, au Mans, le 2 avril 2002, alors âgé de 95 ans.

 

 

 

 

1992 à 2004  Philippe Bouton

par Dider Béoutis

Né au Mans, le 31 mars 1934, Philippe Bouton est le 5ème - et dernier enfant - d’André et d’Étiennette Bouton. Il tenait de son père son aptitude pour les études juridiques, économiques et historiques, et, de sa mère, l’amour des belles lettres, de l’écriture et de la poésie. Originaire du nord du Maine (le Saosnois) par son père, et du sud (le Bélinois) par sa mère, il se sentait profondément attaché à notre province.

Philippe effectue ses études secondaires au collège Sainte-Croix et au lycée de garçons, et ses études supérieures aux facultés de droit de Caen et de Paris. Pourvu d’une licence en droit et de deux diplômes d’études supérieures (droit public ; droit romain et histoire du droit), il est appelé, comme de nombreux jeunes de sa génération, à effectuer ses obligations militaires en Algérie : deux années - 1960 et 1961 - en petite Kabilie, à une époque difficile qui l’aura marqué.

Libéré des obligations militaires, il aurait pu envisager une carrière universitaire, mais qui l’aurait nécessairement éloigné du Mans, en l’absence d’université. Philippe Bouton choisit donc de rester au Mans et s’associe, au côté de son frère Étienne, au cabinet immobilier que dirigeait alors leur père André, rue du 33ème Mobiles. Il y fera toute sa carrière professionnelle, jusqu’à son départ en retraite, en 1996.

Parallèlement, Philippe se mit au service de l’histoire du Maine à travers les sociétés savantes locales. Pendant plus de vingt ans, il occupa des responsabilités à la Société littéraire du Maine, tout d’abord auprès de Jeanne Blin Lefebvre, puis, après le décès de celle-ci, comme président, accompagnant les poètes de style classique qu’elle avait formés. Assidu aux séances de « Sciences et arts », dès son plus jeune âge, Philippe Bouton fut successivement secrétaire-rapporteur, vice-président, puis président, de 1992 à 2004. Il occupa aussi des responsabilités à La Vie mancelle, à partir de 1972, notamment comme vice-président.

Portrait de Philippe Bouton

La force de Philippe était sa très bonne connaissance des divers milieux sociaux de la Sarthe (enseignement public et catholique ; milieux professionnels juridiques ; monde ecclésiastique) ce qui lui permettait de bénéficier d’informations à plusieurs sources et de les recouper. L’œuvre de Philippe Bouton est abondante est variée. S’il n’a publié que deux ouvrages (« Le Mans en cartes postales anciennes » (1975 ; Bibliothèque européenne) ; « Le Vieux-Mans, richesses d’une ancienne cité » (1976, co-rédigé avec son frère Étienne ; atelier Philippe Petit), Philippe Bouton est l’auteur de nombreuses notices sur l’histoire locale - de l’antiquité à la période contemporaine -,  publiées  dans les différentes revues savantes locales (Sciences et Arts ; Société littéraire du Maine ; Vie Mancelle ; Province du Maine ; Revue historique et archéologique du Maine). Philippe Bouton a aussi publié des poèmes, des notices nécrologiques - un exercice dans lequel, comme son père, il excellait - et des récits tirés de scènes vécues à Saint-Calais, lors de séjours au presbytère de son oncle, le chanoine Jacques Bouton. Philippe n’aura malheureusement pas eu le temps de publier ces fort intéressants « Souvenirs calaisiens », témoignages d’un temps révolu.

Son attachement au Maine conduisit Philippe à acquérir, pour la sauver et la restaurer, une grande maison Renaissance, le manoir de La Coconnière, à Hambers (Mayenne), situé aux portes de la cité gallo-romaine de Jublains. Il s’attachait aussi à promouvoir les séjours de Marcel Proust, dans le manoir familial du « Clos des Mûriers » à Trouville-sur-mer (Calvados), alors qu’il y fréquentait le salon littéraire de Mme Strauss-Bizet-Halévy.

Marié à Nicole Coutanceau, avocat puis magistrat, Philippe était le père de trois enfants. Homme d’une grande rectitude, imperméable à tout esprit d’intrigue - il n’a jamais sollicité aucune prébende ou décoration -, très attaché à sa famille et à ses amis, Philippe aura mené son œuvre historique et littéraire de front avec ses activités professionnelles, sans se soucier d’une santé fragile qui l’obligera à réduire, peu  à peu, ses productions.

Son œuvre perdure, et l’historien de demain y trouvera une documentation précieuse sur les hommes et faits du Maine.