2024

Conférences 2024

Samedi 13 janvier

La Société d’horticulture de la Sarthe et le Jardin des Plantes au Mans

par Michel Haguet

Le 11 août 1851, plusieurs personnalités du Mans et de la Sarthe, des botanistes et des horticulteurs fondèrent la Société d’horticulture de la Sarthe. Son but était « d’encourager la culture des plantes indigènes ou exotiques les plus remarquables pour leur utilité ou leur agrément et de répandre les bonnes méthodes de culture ».

Le premier président fut Augustin Gaude. Le Préfet, le Maire, l’Évêque, le Général commandant de Subdivision étaient de droit membres honoraires. Par la suite, fut créé un Comité de Dames patronnesses présidé par la femme du Préfet.

Des essais et expériences de biologie végétale eurent d’abord lieu dans les jardins de l’asile d’aliénés, avec une main-d’œuvre à bon compte, puis dans ceux des Petites Sœurs des Pauvres. Le 4 juin 1854, Paul Surmont, juge au tribunal civil, ancien maire du Mans, succéda à Augustin Gaude ; il fut le véritable créateur du jardin. Sous sa présidence, la Société fit l’acquisition d’un champ de 116 ares, bordant la côte de Prémartine et disposa ainsi de son propre terrain. L’enclos s’agrandit en 1861 d’un terrain situé à l’angle des rues de Flore et Prémartine, ce qui porta la superficie disponible à 1 hectare 33, actuellement occupée par le jardin français et la terrasse. L’accès du jardin était réservé aux membres de la Société.

Celle-ci fut reconnue d’utilité publique le 9 août 1864. Cette même année, le bordage de Sinault d’une superficie de 5 ha, situé entre le chemin éponyme et la rue de l’Éventail, fut mis en vente. Son acquisition permit la création, à partir de 1867, du jardin anglais.

Jardin des plantes

Le personnel d’exécution comprenait à titre permanent une douzaine de personnes : chef-jardinier, jardiniers payés à la journée, gardien, employée de bureau. Les travaux et les frais de fonctionnement suscitant de lourdes charges, la Société se tourna vers la Ville du Mans qui s’engagea à la subventionner à long terme ; en contrepartie, la Ville devint nue-propriétaire du foncier laissant l’usufruit des jardins et leur exploitation à la Société d’Horticulture.

En 1881, la Société comprenait 484 sociétaires-hommes et 143 dames-patronnesses, lesquelles n’avaient pas le droit de voter lors des assemblées générales. Les membres accédaient gratuitement au jardin mais les visiteurs devaient payer un droit d’entrée.

Invoquant des subventions accordées par la municipalité, en janvier 1884, le maire Louis Cordelet rendit l’admission gratuite du public les jeudis, dimanches et jours fériés. Malgré diverses difficultés financières, la Société ne cessa de se consacrer à des expériences et à l’étude pratique de l’emploi des engrais et des insecticides commercialisés. Le 19 février 1945, au mépris des conventions antérieures, le Conseil municipal décida d’assurer directement la gestion des jardins et suspendit la subvention annuelle qui permettait d’équilibrer les comptes de la Société. Après plusieurs mois de vives polémiques, la ville se désista et la Société put reprendre ses droits et ses activités.

Le jardin fut inscrit à l’inventaire des sites classés à caractère historique le 12 juillet 1945.

Le jardin fruitier, d’une superficie de 8.000 m2 fut vendu, en octobre 1959, par la Ville à un promoteur qui y fit ériger la Résidence du Parc. Cette aliénation entraîna la disparition d’un patrimoine important d’arbres fruitiers, de cultures potagères et plantes médicinales cultivées à titre expérimental.

Afin d’assurer le renouvellement des infrastructures et de préserver les particularités du jardin, une charte d’identité lie la Société d’Horticulture de la Sarthe et la Ville du Mans. La Société d’Horticulture compte actuellement une centaine de cotisants.

En complément de cet aperçu historique, des descriptifs furent présentés : le premier (jardin français) créé à partir de 1861 et le second, (jardin anglais dessiné, en 1865 par Jean-Charles Alphand, ingénieur en chef et administrateur des Promenades et Plantations de la Ville de Paris sous le ministère du baron Haussmann).

Les classes-patrimoine, les visites touristiques et culturelles sont les temps forts assumés actuellement par les administrateurs de la Société d’Horticulture de la Sarthe et les guides du Service Patrimoine de la Ville.  

Samedi 10 février

Paul Cordonnier-Détrie, dit PCD et le principe de Noé (1896-1980),

ou l'artiste et le général
par Serge Bertin

Marie Georges Paul Cordonnier né en 1896, à Saumur, était l'aîné d'une famille bourgeoise de quatre garçons, bien implantée dans la haute société parisienne. Son enfance, qu'il passa dans le domaine de la Bellevaudière, à Saint-Pavace, auprès de sa grand-mère maternelle, la veuve du général Paul Alexandre Détrie, marqua sans doute profondément l'homme en devenir puisque, adulte, après avoir biffé ses deux premiers prénoms, pour ne retenir que celui de Paul, celui du grand-père, il éprouvera le besoin d'ajouter à son nom, Cordonnier, celui de Détrie.
Revenu dans la Sarthe, au lendemain de la Première Guerre mondiale, il épousa en 1922, Jeanne Van Donghem, qui le seconda admirablement durant toute sa carrière ; ils vécurent longtemps dans la demeure familiale de Jeanne, Buffard, à Guécélard, avant de s'installer rue Delagénière, au Mans, où tous deux terminèrent leur existence.

Paul Cordonnier-Détrie se fit d'abord remarquer par ses qualités de dessinateur. Introduit dans le monde des Arts par Robert Triger en 1938, il succéda à Arsène Le Feuvre, au poste de Conservateur des Musées du Mans ; deux ans plus tôt, il avait remplacé Julien Lhermitte à la tête de la Bibliothèque municipale, où il restera jusqu'en 1961.

Mais c'est par l'ampleur de ses recherches dans le passé de la Sarthe et de ses habitants, des plus célèbres aux plus humbles, que l'œuvre de Paul Cordonnier-Détrie se révèle particulièrement impressionnante. Travailleur acharné, héritier des plus grands érudits, tout particulièrement Émile Louis Chambois et Julien Chappée, il amassa, un peu à la manière d'un Noé dans son arche, une multitude d'informations, dans les domaines les plus divers. Si sa production littéraire paraît bien modeste, eu égard à l'ampleur de ses connaissances, il lègue - sans l'avoir voulu, car il défendait jalousement son trésor - aux chercheuses et chercheurs de demain, un gigantesque gisement du savoir, dont une grande partie est conservée aux Archives départementales de la Sarthe, sous la cote 18 J.

Figure incontournable de l'érudition mancelle du vingtième siècle, Paul Cordonnier-Détrie restera dans les souvenirs de celles et ceux qui l'ont connu, une personnalité complexe et attachante où la sensibilité artistique du frêle Marie Cordonnier, se mêlait à la mâle énergie du Paul Détrie, héritage d'un général vénéré. 

Vendredi 29 mars

Philippe Bouton, Ancien président de Sciences et Arts,

un historien dans la lignée familiale

par Didier Béoutis

Didier Béoutis évoqua, dans son exposé illustré de diapositives, son oncle Philippe Bouton (1934-2009), historien dans la tradition familiale, ancien président de Sciences & Arts. Fils d’André Bouton, Philippe a baigné, depuis son enfance, dans l’érudition locale. Après des études juridiques et un service militaire en Algérie, il reprend le cabinet d’affaires immobilières fondé par son père au Mans, tout en s’investissant dans l’histoire locale et l’animation de sociétés savantes, présidant ainsi la "Société littéraire du Maine" (1980-87) puis "Sciences & Arts" (1992-2004). Il a notamment publié deux ouvrages : « Le Mans en cartes postales anciennes » (1975), et « Le Vieux Mans, richesses d’une ancienne cité » (1976), et, dans les revues savantes, de très nombreux articles sur l’histoire de la ville et des nécrologies de personnalités locales. Philippe Bouton a aussi publié de forts pittoresques « Souvenirs calaisiens », de vacances passées chez son oncle, curé-doyen de Saint-Calais. Des documents originaux propres à intéresser l’historien de demain !

Vendredi 19 Avril

 

L’art du vitrail par les Küchelbecker

Artistes peintres verriers au XIXe siècle

Fondateurs de la Fabrique de Saint-Joseph au Mans

par Dominique Barré

Au milieu du XIXe siècle, l’art du vitrail connut une renaissance et un dynamisme sans précédent. L’essor démographique et un nouvel élan religieux contribuèrent à multiplier les projets d’agrandissements et de reconstructions d’églises. L’intérêt se porta sur la restauration des verrières anciennes puis sur les nombreuses commandes de création de vitraux destinés à orner les récents édifices. Les maîtres-verriers s’employèrent à retrouver les techniques de fabrication du Moyen-Âge et firent appel aux savoir-faire des spécialistes des arts du feu des manufactures de Sèvres, Choisy-le-Roi et Munich. C’est dans ce contexte favorable que les deux frères Küchelbecker, Carl et Frédéric, employés à la Manufacture Royale de porcelaine de Munich, quittèrent leur pays natal pour venir s’installer au Mans dans les années 1840, à l’initiative de l’architecte Pierre Félix Delarue et d’Antoine Lusson, maître-verrier.

Dès 1853, les deux Allemands intégrèrent l’Office de vitraux peints du Carmel du Mans où ils exercèrent leur art jusqu’en 1881. Ces deux artistes reçurent le prix de Vermeil à l’exposition régionale du Mans en 1857 pour le vitrail de Saint-Augustin, aujourd’hui exposé à Lanneray dans l’Eure-et-Loir. Adeptes du mouvement nazaréen créé par Overbeck, leur choix artistique s’orienta vers le vitrail-tableau à la lecture plus accessible que les verrières hagiographiques. Considérés comme « la cheville ouvrière » du Carmel du Mans, l’historien Stéphane Arrondeau affirme qu’ils en étaient « les garants de l’identité picturale ». Artistes peintres sur verre ayant l’estime et la confiance des Carmélites, ils surent transmettre leurs compétences, leur passion du travail minutieux et raffiné à Maurice, seul héritier disposé à poursuivre l’œuvre de ses aïeux.

Maurice Küchelbecker : Né au Mans en 1853, il baigna dans cet univers artistique depuis sa naissance et fut lui-même formé et employé dans cette manufacture renommée. Témoin de l’évolution du Carmel, des ventes successives et des changements de propriétaires, il entreprit de créer, en 1881, sa propre fabrique de vitraux peints pour églises avec le soutien de son père Frédéric. C’est ainsi qu’en s’associant avec le cartonnier Alphonse Jacquier, La Fabrique de Saint-Joseph commença son activité, au 66, avenue de Paris. Leurs productions porteront la signature Küchelbecker & Jacquier.

Dès la première année, les commandes affluèrent grâce à la notoriété des fondateurs, acquise au fil des ans. Pour l’église néo-gothique de La Quinte, Paul Celier, chanoine de la cathédrale, finança l’ensemble des vitraux où demeure une épigraphe bien utile aux chercheurs. Les chapelles du château de Courtanvaux à Bessé-sur-Braye et du prieuré de Vignolles à Neuvillalais…, les églises de Chevillé, Degré, Écommoy, Parcé-sur-Sarthe, Saint-Gervais-de-Vic, Saint-Mars-d’Outillé, Yvré-l’Evêque…, les chapelles funéraires des cimetières de Crannes-en-Champagne, Fresnay-sur-Sarthe, Viré-en-Champagne, Le Mans… pour ne citer que ces lieux, possèdent des vitraux provenant de la Fabrique de Saint-Joseph. À Souligné-sous-Ballon, les verrières issues de différents ateliers manceaux, sont mises à l’honneur par une présentation didactique originale composée de panneaux explicatifs et de commentaires audios. Parmi les sept vitraux de la Fabrique de Saint-Joseph, la scène de La Nativité séduit le regard par sa richesse picturale et invite à lire cette œuvre comme on lit un tableau. La mise en plomb, savamment agencée, s’applique à rester au service du sujet.

En Bretagne, l’église de Saint-Quay-Portrieux dans les Côtes-d’Armor accueille quatorze stations du Chemin de Croix s’inspirant des cartons d’Overbeck. À Morlaix, dans le Finistère, le chevet de l’église Notre-Dame-du-Mur offre aux visiteurs une verrière de composition « ample et bien équilibrée », datée de 1883, représentant Les quatre grands docteurs de l’église latine qui, selon les spécialistes Catherine Brisac et Didier Alliou, fut sans contexte leur chef d’œuvre. À Pont-Croix, dans le même département, la Collégiale Notre-Dame-de-Roscudon présente une œuvre de 1885, aux dimensions impressionnantes sur le thème du Couronnement de la Vierge, avec ses cinq lancettes où figurent 79 personnages. Offerte par Jeanne Catherine Vasseyre, les portraits réalistes des trois enfants de la donatrice y sont incrustés grâce à l’application d’un procédé photographique innovant.

En 1883, Maurice épousa Gabrielle Chaillon à Nantes. La famille s’agrandit avec les naissances de Frédéric, Marie, Joseph, Gabriel et Louis. La parenthèse enchantée sembla peu à peu se refermer avec le décès de son père Frédéric, en 1886. Après neuf années d’existence, la Fabrique de Saint-Joseph ferma ses portes pour des raisons que l’état actuel de nos connaissances ne permet pas de clarifier avec certitude. Le couple vendit la maison de l’avenue de Paris et quitta Le Mans pour s’installer définitivement dans la région parisienne. Maurice poursuivit son activité de peintre-verrier dans l’atelier de Jean-Baptiste Anglade puis chez Joseph Vantillard. Sur son acte de décès en 1928, à son domicile parisien, il est qualifié de « dessinateur ».

L’histoire de La Fabrique de Saint-Joseph est l’aboutissement, la consécration d’un long et douloureux processus d’intégration dans la société mancelle, parcouru de difficultés financières suite à un procès couteux, de deuils, de renoncements et de loyautés déçues. Devenir propriétaires d’une manufacture de vitraux et pouvoir signer leurs propres œuvres a permis, à ces artistes peintres verriers, de sortir de l’anonymat et de leur assurer une postérité légitime. La famille Küchelbecker résida un demi-siècle au Mans. Au total, treize enfants naquirent sur le sol manceau mais leur destin respectif se poursuivit près de la capitale.

De leur passage sur notre territoire, il nous reste toutes ces lumineuses verrières signées du sceau du CARMEL du Mans et, à partir de 1881, celles qui portent la discrète signature de la Fabrique de Saint-Joseph « Küchelbecker & Jacquier ». Les quatorze départements répertoriés, à ce jour, possédant ces vitraux nous invitent au voyage pour aller les découvrir in situ… 

 

 

Vendredi 11 Octobre

La création des Sociétés d'agriculture sous Louis XV

et

l'Académie d'agriculture de France

par Christian Ferault

Directeur de recherche honoraire de l’INRA,

Membre émérite et Vice-secrétaire honoraire de l’Académie d’agriculture de France

 

Face à une situation désastreuse des campagnes au milieu du XVIIIe siècle – ignorance, misère, rendements très faibles et aléatoires, disettes voire famines –, aux progrès de nombreuses sciences sous l’inspiration des Lumières et aux exemples de pays voisins (Angleterre, Pays-Bas, Suisse...), l’idée de « faire autrement » sur des surfaces contraintes progresse en France sous Louis XV, grâce aux actions déterminantes de Gournay, de Turbilly, Bertin et Trudaine : l’agriculture doit, elle aussi, être réfléchie et améliorée !

D’où l’idée de la constitution, dans chaque Généralité, d’associations agricoles nommées « Sociétés » assorties de « Bureaux » dans des villes voisines de leur siège. L’agriculture entre ainsi dans l’administration du Royaume. Par ailleurs ‒ et c’est fondamental ‒, un édit de 1761 institue la libre circulation des grains et farines dans tout le pays.

Entre 1761 et 1763, quinze Sociétés d’agriculture sont constituées. La première est celle de Tours (24 février 1761) avec des bureaux à Angers et au Mans ; la seconde est constituée à Paris le 1er mars 1761... Ces Sociétés permettent progressivement d’immenses avancées qui aboutiront à la Première révolution agricole des Temps modernes, c’est-à-dire à la rotation triennale sans jachère.

La Société d’Agriculture de Paris, active depuis 263 ans et connue sous douze appellations successives, deviendra, le 23 février 1915, l’Académie d’Agriculture de France. Son Hôtel est situé au 18, rue de Bellechasse, à Paris 7e.

Elle a pour devise : « Une passion : connaître, une ambition : transmettre », et comprend aujourd’hui 120 membres titulaires, 180 correspondants et 120 membres et correspondants d’autres nationalités. À 75 ans, tout membre devient émérite ou honoraire.

Tous sont répartis entre dix sections thématiques dont les titres sont associés à l’évolution des connaissances. Elle se réunit chaque mercredi en séance publique et travaille de plus en plus en groupes intersections œuvrant sur des thèmes d’actualité.

Ses membres sont élus sur cooptation puis échanges, et, enfin, vote.

Elle est administrée par six Officiers, dont un président élu pour un an, mais qui peut se représenter après un nouveau délai d’une année, un secrétaire et un trésorier perpétuels.

Sous l’appellation de Société, elle a publié principalement des Mémoires et un Bulletin des séances. Devenue Académie, sa publication phare est constituée par les Comptes rendus des séances..., sous forme papier puis numérique, depuis 2012 : un ensemble représentant de l’ordre de 250 000 pages.

Sa spécificité agricole a été progressivement élargie à l’alimentation humaine et à l’environnement.

L’Académie a toujours recherché son indépendance du pouvoir politique et des entreprises privées, d’où des moyens financiers et humains contraints.

Comme toute entité académique, elle a connu des périodes particulièrement brillantes comme, entre autres, après sa création, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et depuis 1945, toujours associées à des Officiers visionnaires et au recrutement de personnalités scientifiques du premier niveau.

Aujourd’hui, elle est, plus que jamais, confrontée à de nombreux défis tels que les nouveaux modes de communication et sa présence visible sur les réseaux sociaux, l’indispensable féminisation de ses effectifs, la participation accrue à ses travaux de membres d’autres nationalités, ses relations aux autres académies et sociétés dont provinciales....

Son thème directeur actuel s’inscrit dans la question de la faim et du développement en Afrique.

 

 

Vendredi 8 Novembre

Les patois de l'Ouest français sont-ils différents ?

Rencontre entre patoisants, animée par l'association Heulâ,

Dans le prolongement de la sortie de l'ouvrage Heulâ c'est la fête, l'association sarthoise Heulâ a décidé d'organiser un cycle de trois rencontres sur les patois. Notre Société a bien voulu accueillir la première, qui réunissait des personnalités représentant les parlers gallo, bas-normands, angevins, mayennais et sarthois, le tout constituant un véritable laboratoire linguistique du Grand Ouest français.

 Après que chacune et chacun eut été invité à définir son propre parler, des ateliers d'expression furent proposés. L'un portait sur les premiers termes qui avaient été choisis dans les différents lexiques patoisants ; les autres consistaient à traduire des phrases, tantôt des divers parlers régionaux vers le français moderne, tantôt inversement, tous ces exercices étant ponctués d'échanges avec l'assistance, qui s'était prêtée au jeu. Des mots étaient lancés, aussitôt rattrapés, expliqués, échangés, tels adélaisi, pour enjoué, oisif, affutiaux pour habits, afourer pour donner à manger, adent pour renversé contre terre, achalé pour fatigué, et beaucoup d'autres encore qui se révélaient, le plus souvent, connus de tous les participants. Les volontaires furent ensuite invités à raconter une histoire de leur cru et la séance s'acheva par la découverte d'un poème composé par un Angevin mais dont toute l’assistance put appréhender pleinement, à la fois le sens et les subtilités.

Se trouvait ainsi confirmée l'hypothèse à l'origine du projet : nos parlers respectifs appartiennent à un ensemble linguistique commun, et cela, au-delà des multiples nuances qui contribuent à doter chacun d'eux d'une touche d'originalité. Au travers de ces fructueux échanges, furent aussi lancées des pistes, aux riches perspectives. On discuta des différences entre patois, dialectes et langues ; on s'interrogea sur la démarche qui consiste à considérer une culture orale comme une langue ; on imagina les moyens d'adapter, par la création de mots nouveaux, nos parlers aux exigences de la vie contemporaine ; on rêva d'une cohabitation entre les patois et le français officiel ; on reconstruisit un monde idéal peuplé de lettres et de mots qui se mêlaient en une "inter-intelligibilité" harmonieuse… Bref, on jeta les bases d'un chantier commun qui allait se concrétiser, dans l'immédiat, par deux nouvelles rencontres, l'une le 21 novembre sur le campus de l'Université, sur le devenir du patois, l'autre aux Archives départementales de la Sarthe, le 7 décembre, sur le thème de l'écriture du patois et son intégration dans la vie courante.

La qualité des échanges qui caractérisa la réunion de ce vendredi 8 novembre, à l'auditorium de la Médiathèque Louis Aragon, laisse augurer d'une réelle capacité à travailler ensemble, donc la perspective d'une action commune, fertile en réalisations.

 

Samedi 7 Décembre

René Levasseur (1747-1834), chirurgien-accoucheur,

Conventionnel sarthois de 1792 à 1795

par Didier Béoutis

Si le nom de René Levasseur, un des principaux dirigeants sarthois de la Révolution française, est bien connu des Manceaux (à cause du boulevard), ses états de services sont méconnus et, surtout, mal connus. C’est pourquoi notre président, à la suite de recherches personnelles, nous a livré, en une conférence illustrée de diapositives, ce que fut le « vrai » Levasseur, un homme politique au bilan controversé !

Né en 1747 à Sainte-Croix, fils d’un tailleur d’habits, René Levasseur, après une scolarité au collège de l’Oratoire - écourtée par une exclusion pour « indiscipline » -, fait au Mans, puis à Paris, des études de chirurgie, se spécialisant dans les accouchements. De retour au Mans, en 1771, il propose la création de cours gratuits d’accouchement pour les sage-femmes des campagnes. Appuyé en cela par notre Bureau d’Agriculture, cette école sera créée, mais confiée à un autre obstétricien.

Marié, père de trois enfants, Levasseur s’enflamme en 1789, à 42 ans, pour les idées nouvelles. Il sera, avec l’avocat Philippeaux, un des principaux dirigeants révolutionnaires locaux. En septembre 1792, il est élu député à la Convention. Se montrant très hostile aux Girondins, il rejoint le groupe des Montagnards, votant avec eux la mort du roi « sans sursis, ni appel au peuple », rédigeant le décret de création d’un tribunal révolutionnaire « sans appel, ni recours en cassation ». Il demande l’arrestation de Philippe-Égalité, parvient à faire comparaître devant le tribunal révolutionnaire ses adversaires sarthois, Philippeaux (qui sera condamné à mort), puis les Bazinistes. Le 4 février 1794, en séance publique, Levasseur appuiera la proposition visant à abolir l’esclavage. En 1793 et 1794, il sera envoyé, à plusieurs reprises en mission (notamment à la bataille de Hondschoote, puis dans les Ardennes, son action lui valant le surnom de « boucher de Sedan »). Échappant à la mort au moment de Thermidor, « l’éternel prédicateur de révoltes » sera un temps emprisonné à Besançon, avant de revenir au Mans et de retourner à ses activités d’obstétricien. Le pouvoir napoléonien lui retirera ses fonctions publiques hospitalières, mais, curieusement, le même pouvoir napoléonien le nommera, pendant les Cent jours, conseiller général de la Sarthe, et il approuvera l’Acte additionnel à la Constitution de l’Empire. Cela valut, à ce régicide, une condamnation à l’exil ! Il s’installera près de Bruxelles, enseignant l’obstétrique à l’université de Louvain, et s’affilia à la Franc-Maçonnerie. En 1829 et 1831, il publiera ses Mémoires de conventionnel, ouvrage rédigé par son fils et un journaliste, dans lequel il justifie les actions des Montagnards.

L’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe permettra à Levasseur, en 1830, alors âgé de 83 ans, de revenir au Mans où il vivra encore quatre années, dans la pauvreté et la discrétion. Ses obsèques, au cimetière de l’Ouest, seront organisées par la Loge locale qui fera, par la suite, construire un monument funéraire en forme de pyramide, flanqué de symboles maçonniques.

Depuis cette date, des groupes de militants s’attachent à faire rayonner la mémoire de Levasseur. Ils parviendront, en 1889, à faire nommer - à deux voix près, anniversaire de la Révolution oblige -, boulevard « René Levasseur », la nouvelle voie percée entre la préfecture et la place de la République. La Ville du Mans sera attributaire, en 1911, d’une statue en bronze de Levasseur, issue du démantèlement d’une œuvre « Le triomphe de la Montagne ». Installée devant la préfecture, cette statue sera enlevée par les Allemands pour être fondue, en 1942. À l’occasion du 230ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le 4 février 2014, le maire du Mans inaugura, sur la sollicitation de la Société des amis de la Révolution française-club René Levasseur de la Sarthe, sur la façade de la C.C.I., une plaque en l’honneur de René Levasseur, « auteur de la motion abolissant l’esclavage ». Cette mention n’est pas exacte, Levasseur n’étant pas l’auteur d’une telle motion, même s’il a bien soutenu l’abolition ! Enfin, le 4 février 2022, Jean-Luc Mélenchon, candidat à la Présidence de la République, a tenu, au Mans, une réunion publique au cimetière de l’Ouest, près de la tombe de Levasseur !

La conférence a été suivie d’un débat, auquel a participé M. Pierre Darlot, membre du Club René Levasseur de la Sarthe. Jean-Pierre Epinal est intervenu, pour regretter qu’une personnalité politique locale comme Jacques Trouvé-Chauvel (1805-1883), auteur, lui, de réalisations concrètes pour les Sarthois, ne soit pas mieux honoré par la Ville du Mans.