René Levasseur (1747-1834), chirurgien-accoucheur,
Conventionnel sarthois de 1792 à 1795
par Didier Béoutis
Si le nom de René Levasseur, un des principaux dirigeants sarthois de la Révolution française, est bien connu des Manceaux (à cause du boulevard), ses états de services sont méconnus et, surtout, mal connus. C’est pourquoi notre président, à la suite de recherches personnelles, nous a livré, en une conférence illustrée de diapositives, ce que fut le « vrai » Levasseur, un homme politique au bilan controversé !
Né en 1747 à Sainte-Croix, fils d’un tailleur d’habits, René Levasseur, après une scolarité au collège de l’Oratoire - écourtée par une exclusion pour « indiscipline » -, fait au Mans, puis à Paris, des études de chirurgie, se spécialisant dans les accouchements. De retour au Mans, en 1771, il propose la création de cours gratuits d’accouchement pour les sage-femmes des campagnes. Appuyé en cela par notre Bureau d’Agriculture, cette école sera créée, mais confiée à un autre obstétricien.
Marié, père de trois enfants, Levasseur s’enflamme en 1789, à 42 ans, pour les idées nouvelles. Il sera, avec l’avocat Philippeaux, un des principaux dirigeants révolutionnaires locaux. En septembre 1792, il est élu député à la Convention. Se montrant très hostile aux Girondins, il rejoint le groupe des Montagnards, votant avec eux la mort du roi « sans sursis, ni appel au peuple », rédigeant le décret de création d’un tribunal révolutionnaire « sans appel, ni recours en cassation ». Il demande l’arrestation de Philippe-Égalité, parvient à faire comparaître devant le tribunal révolutionnaire ses adversaires sarthois, Philippeaux (qui sera condamné à mort), puis les Bazinistes. Le 4 février 1794, en séance publique, Levasseur appuiera la proposition visant à abolir l’esclavage. En 1793 et 1794, il sera envoyé, à plusieurs reprises en mission (notamment à la bataille de Hondschoote, puis dans les Ardennes, son action lui valant le surnom de « boucher de Sedan »). Échappant à la mort au moment de Thermidor, « l’éternel prédicateur de révoltes » sera un temps emprisonné à Besançon, avant de revenir au Mans et de retourner à ses activités d’obstétricien. Le pouvoir napoléonien lui retirera ses fonctions publiques hospitalières, mais, curieusement, le même pouvoir napoléonien le nommera, pendant les Cent jours, conseiller général de la Sarthe, et il approuvera l’Acte additionnel à la Constitution de l’Empire. Cela valut, à ce régicide, une condamnation à l’exil ! Il s’installera près de Bruxelles, enseignant l’obstétrique à l’université de Louvain, et s’affilia à la Franc-Maçonnerie. En 1829 et 1831, il publiera ses Mémoires de conventionnel, ouvrage rédigé par son fils et un journaliste, dans lequel il justifie les actions des Montagnards.
L’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe permettra à Levasseur, en 1830, alors âgé de 83 ans, de revenir au Mans où il vivra encore quatre années, dans la pauvreté et la discrétion. Ses obsèques, au cimetière de l’Ouest, seront organisées par la Loge locale qui fera, par la suite, construire un monument funéraire en forme de pyramide, flanqué de symboles maçonniques.
Depuis cette date, des groupes de militants s’attachent à faire rayonner la mémoire de Levasseur. Ils parviendront, en 1889, à faire nommer - à deux voix près, anniversaire de la Révolution oblige -, boulevard « René Levasseur », la nouvelle voie percée entre la préfecture et la place de la République. La Ville du Mans sera attributaire, en 1911, d’une statue en bronze de Levasseur, issue du démantèlement d’une œuvre « Le triomphe de la Montagne ». Installée devant la préfecture, cette statue sera enlevée par les Allemands pour être fondue, en 1942. À l’occasion du 230ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le 4 février 2014, le maire du Mans inaugura, sur la sollicitation de la Société des amis de la Révolution française-club René Levasseur de la Sarthe, sur la façade de la C.C.I., une plaque en l’honneur de René Levasseur, « auteur de la motion abolissant l’esclavage ». Cette mention n’est pas exacte, Levasseur n’étant pas l’auteur d’une telle motion, même s’il a bien soutenu l’abolition ! Enfin, le 4 février 2022, Jean-Luc Mélenchon, candidat à la Présidence de la République, a tenu, au Mans, une réunion publique au cimetière de l’Ouest, près de la tombe de Levasseur !
La conférence a été suivie d’un débat, auquel a participé M. Pierre Darlot, membre du Club René Levasseur de la Sarthe. Jean-Pierre Epinal est intervenu, pour regretter qu’une personnalité politique locale comme Jacques Trouvé-Chauvel (1805-1883), auteur, lui, de réalisations concrètes pour les Sarthois, ne soit pas mieux honoré par la Ville du Mans.