Roger Verdier, l'amoureux éconduit
Serge Bertin
Dès les premières lignes de son autobiographie, "L’enfant de la Belle-époque", Roger Verdier dévoilait le trait majeur de son tempérament, son indépendance d’esprit en dépit de tout, y compris des évidences : "Les gouverneurs de Connerré, un jour, ont certifié que je naquis le 11 janvier 1899 dans cette commune. J’ai conscience que c’est faux, que mon arrivée au monde se perd dans la nuit des temps".
Issu d’une famille profondément ancrée dans le Haut-Maine, il entretenait avec "sa Sarthe" une relation fusionnelle, l’aimant comme une mère, en compensation, peut-être, de celle qu’il avait perdue à l’âge de 16 ans.
Après des études chaotiques au Lycée du Mans, il pratiqua une multitude de petits métiers qui, tous, se soldèrent par des échecs. Ce n’est qu’en 1922, à l’âge de 23 ans, qu’il acquit enfin son équilibre d’homme, après qu’il eut découvert les trois voies qui allaient donner un sens à sa vie.
- Au plan professionnel, il créa sa propre entreprise d’artisan peintre, décorateur, rue Robert Triger.
- La même année, il épousa Raymonde Pottier qui, par son affection et sa confiance, lui apporta son soutien sans faille.
- À cette époque, enfin, il connut les joies éthérées de la recherche en devenant membre de notre Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe.
Mais ce n’est qu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale qu’il se livra aux exercices de l’esprit et de la spéculation intellectuelle. Ce fut alors un véritable déluge bienvenu d’ouvrages sur notre région, dans les registres les plus divers, depuis les amusantes Bobillonneries de Maître Binois, jusqu’aux savantes études sur La Cénomanie gallo-romaine dont le dernier volume parut en 1985, en passant par son Dictionnaire phonétique, étymologique et comparé du patois du Haut-Maine.
Travailleur acharné, il calligraphia, de sa propre plume, les milliers de pages qui constituent son impressionnante bibliographie. Avec la même vigueur, il avait exprimé sa mâle détermination dans les domaines les plus divers, construisant lui-même sa maison, creusant sous son atelier un espace dédié aux spectacles folkloriques, fondant un milk-bar, etc. Un tel activisme, doublé d’un tempérament souvent tempétueux, lui valut de solides aménités qui semblaient redoubler sa volonté d’en découdre.
Haï par beaucoup, surtout les plus puissants, admiré et respecté par quelques autres, Roger Verdier décéda le 21 décembre 1995. Sa mort passa inaperçue. Son atelier et sa maison ont été rasés. Son nom est oublié. Seule une voie, à Connerré, porte son nom. C’est une impasse.
Il amassa une quantité importante d’informations. Dans le même temps, il composa son fameux roman picaresque Prosper Béroux, roi des Loudonniaux qui ne sera édité qu’en 1975. Toujours dans le registre régionaliste, on retiendra le recueil de poèmes Les gearmes de nos guerouas, paru en 1967 ainsi qu’une œuvrette satirique, La maison de campagne, en 1979. Mais, son ouvrage le plus important, dans ce domaine, fut son Dictionnaire phonétique, étymologique et comparé du Haut-Maine, paru en 1951, qui reprenant le Vocabulaire du Haut-Maine, de Montesson, en élargissait considérablement le champ. En 1970, une Grammaire du dialecte du Haut-Maine compléta son œuvre de réhabilitation du patois local
Son adhésion, en 1964, à la Société Française d’Onomastique, l’entraîna vers les pistes vertigineuses d’une recherche où se mêlent l’histoire et l’archéologie. Avec ses lectures pour tout bagage, mais animé d’une volonté de fer, le fougueux autodidacte entreprit de partir à la découverte du passé de sa ville et de son département. Aidé de son discret ami, Henri Véron, et secondé par sa fidèle épouse, durant une bonne dizaine d’années, il parcourut toute la Sarthe, gravissant monts et murailles, arpentant et dessinant chemins et bouts de terrains pour, finalement, amasser une masse prodigieuse d’informations. Il les révéla dans ses publications, des œuvres impressionnantes de savoir, toutes soigneusement calligraphiées, comme l’ensemble de sa production. Ce fut, en 1971, La promotion antique du Haut-Maine, puis, en 1974, La Préhistoire du Haut-Maine, Quatre-cents mottes, fortifications et enceintes en terre du Haut-Maine en 1978. Le premier volume de La Cénomanie gallo-romaine, paru en 1979, fut suivi de trois autres, le dernier en 1985.