L’héraldique ou la connaissance de l’étude des armoiries
par Martial Simonnet de Kermarec
L'héraldique, science des armoiries et des blasons est considérée comme une science auxiliaire de l'Histoire, au même titre que la généalogie, la sigillographie ou encore la numismatique. Les historiens, professionnels ou simples passionnés, rencontrent dans leurs recherches ou leurs lectures ces dessins circonscrits dans des écussons : ils se posent de nombreuses questions sur leur origine et leur symbolique mais sont désarmés pour trouver les réponses adéquates.
S’il est relativement aisé de les dessiner grâce aux logiciels informatiques, il en va autrement quand il s'agit de prouver que l'on connaît les règles impératives qu'il faudrait maîtriser. Voilà la différence entre "artiste" héraldiste et "historien" héraldiste. Science complexe et ancestrale aux règles et langage hermétiques, l'héraldique est née d'un besoin simple : reconnaître des guerriers lors des batailles.
Longtemps, de nombreuses hypothèses coexistèrent pour tenter d'expliquer l'origine de l'apparition des armoiries : inventées par Adam, Noé, César ou Charlemagne, issues de symboles décoratifs antiques, orientaux ou scandinaves. Nous connaissons aujourd'hui les raisons de leur existence.
Durant la deuxième moitié du XIe siècle, l'évolution de l'équipement militaire (haubert de mailles fendu, casque à nasal) rendit les visages des chevaliers, cavaliers et seigneurs difficilement reconnaissables dans les mêlées. On se souvient de l'épisode de la bataille de Hastings, en 1066, où les troupes normandes crurent que leur duc Guillaume avait été tué : celui-ci dut alors relever son casque pour se faire reconnaître et ainsi prouver qu'il était bien vivant.
Les armoiries sont absentes pendant la première croisade (1096-1099) mais présentes lors de la seconde (1147-1149). Les premières représentations armoriées sont sigillaires équestres et remontent à environ 1135 pour une bannière et 1146 pour un écu.
L'émail Plantagenêt, conservé par la ville du Mans au Carré Plantagenêt, est la plus ancienne représentation d'armoiries en couleur. Fabriqué dans les années 1160, il représente le comte du Maine et d'Anjou Geoffroy V (1113-1151) portant un écu armorié qui se blasonne ainsi : "d'azur aux huit lionceaux d'or, posés 4, 2 et 2". Mais l'émail est une effigie funéraire réalisée postérieurement au décès de Geoffroy. Un sceau daté de 1149 nous montrant son écu vierge d'armoiries, il est probable qu'il n'en a jamais porté de son vivant.

Armoiries de Geoffroy V Plantagenêt
(dessin de Martial Simonnet de Kermarec)
Diffusion : Initialement destinées à identifier les guerriers sur les champs de batailles, les armoiries ont vite été représentées sur les sceaux se transformant ainsi en signe de reconnaissance individuels. Elles se développent parallèlement aux noms de familles et deviennent héréditaires et marques de lignages.
Elles se diffusent rapidement dans toute la société médiévale et sont, au milieu du XIIe siècle, adoptées par les femmes, les corporations, les ecclésiastiques et communautés religieuses, les bourgeois et les paysans. Elles n'ont jamais été réservées à la noblesse puisque sur environ un million d'armoiries du Moyen Age recensées, 50% appartiennent à des non-nobles.

Armoiries des corporations
Les hérauts, à l'origine simples messagers, se font (dès le dernier quart du XIIe siècle) une spécialité de la reconnaissance des armoiries et de ceux qui les portent lors des guerres et des tournois. Ils créent un langage et des règles dont la complexité volontaire leur assure l'exclusivité de leur nouveau rôle.

Héraut de Bourgogne
Quelques règles et termes : Les armes ou armoiries se dessinent sur des écus (sauf pour les paysans qui n'affectionnaient pas cet attribut guerrier) et se composent de couleurs et d'objets héraldiques.
Les couleurs se décomposent en émaux principaux : azur (bleu), gueules (rouge), sable (noir) et sinople (vert), émaux secondaires (pourpre, sanguine, carnation, orangé, brun, fer, etc…), métaux (or-jaune et argent-blanc) et fourrures (hermines, herminé, vair, vairé, contre-vair, etc…). La règle de base exclut de superposer émail sur émail ou métal sur métal. Quand cette règle n'est pas respectée, cela impose de s'enquérir des raisons et les armes sont ainsi dites "à enquerre". Le développement de l'imprimerie à partir du milieu du XVe siècle permet de publier et diffuser des armoriaux en noir et blanc ; pour reconnaître les couleurs, on invente alors un système de hachures et points nommés "guillochis".
Sur ces couleurs que l'on peut répartir de différentes manières, peuvent être placés des "meubles" de tous types : animaux (lions, ours, léopards, aigles, etc…), végétaux (roses, fleurs de lys, quintefeuilles, etc…), figures (humains ou êtres mythologiques comme les sirènes) et objets (étoiles, croissants, annelets, besants, macles, etc…).
Autour de l'écu peuvent prendre place des ornements extérieurs : timbres (casques, couronnes, cimiers), cris et devises, ou insignes de dignité (ordres ou décorations militaires, bâton de maréchal, chapeau de cardinal, épée de connétable, etc…).

Armoiries de la Ville du Mans
Aspects juridiques : Sous l'Ancien Régime, chacun était libre d'adopter des armoiries sous la seule condition de ne pas prendre celles d'autrui. L'Assemblée Constituante, le 19 juin 1790, décrète la suppression de la noblesse héréditaire, des titres honorifiques et de leurs attributs. Assimilant par ignorance les armoiries à ces derniers, les révolutionnaires procèdent à des destructions ou effacements dont les conséquences néfastes pèsent lourdement sur les recherches des historiens. Napoléon Ier restaure la noblesse héréditaire le 1er mars 1808 et crée un nouveau système héraldique très règlementé basé sur la représentation des fonctions personnelles. La Restauration rétablit le système d'Ancien Régime avec les mêmes règles de possession.

Armoiries personnelles de Charles IV du Maine
De nos jours, chacun est libre de prendre des armoiries si elles ne sont pas déjà la propriété d'autrui. La règle de possession est l'antériorité : pour s'assurer de celle-ci, le mieux est de déposer ses armoiries auprès d'un notaire : la date certaine du dépôt fera foi devant un tribunal si besoin. S'il n'y a plus aujourd'hui en France d'autorité légale pour faire respecter les règles héraldiques, il est mal vu, voir ridicule, qu'un roturier prenne des marques de dignité nobiliaire comme une couronne ou un heaume. Il en va de même des médailles dont le port est strictement règlementé et l'usurpation sévèrement réprimée par la loi.