Le Lycée du Mans à l'épreuve de la Grande Guerre
Didier Béoutis
Didier Béoutis, Président de l'Amicale des anciens élèves du lycée Montesquieu, nous a présenté son ouvrage intitulé "Le Lycée du Mans à l'épreuve de la Grande Guerre ", publié l'an dernier.
Il s'agit de la première étude de la vie d'un établissement d'enseignement tout au long du premier conflit mondial, établie notamment sur la base des "rapports de quinzaine" adressés par le proviseur au rectorat. Établissement paisible de 363 élèves et de 25 enseignants, le lycée de garçons du Mans voit partir aux armées en août 1914 près de la moitié de son corps enseignant, exclusivement masculin. Certains de ses bâtiments, dont la totalité des dortoirs, sont réquisitionnés en vue de l'organisation d'un hôpital auxiliaire qui verra affluer mutilés et blessés durant plus de quatre années. Comment le lycée a-t-il fait face, dans ces conditions, à sa mission d'éducation, plus nécessaire que jamais en ces temps de guerre, alors que les concours d'agrégation masculins ne sont plus organisés ? On regroupe des classes, on demande à un professeur de surseoir à sa retraite, on fait appel à un couple d'enseignants réfugiés, on sollicite les professeurs de l'École Normale d'instituteurs en sus de leurs services et on va même — c'est une première — faire venir des professeurs femmes du lycée de jeunes filles et d'ailleurs. On parviendra aussi, dans un esprit de sacrifice, à participer à l'effort de guerre, les enseignants acceptant d'abandonner une partie de leurs traitements et de prendre des responsabilités dans les "œuvres de guerres" auxquelles participent aussi les élèves dont l'esprit est tenu en éveil par l'exemple, maintes fois rappelé, de leurs aînés qui sont sur le front.
Le lycée accueillera même, au printemps de 1918, des élèves des lycées parisiens, éloignés de la capitale en raison de la menace des canons allemands, avant d'héberger une partie des soldats américains présents au Mans et de faire face à l'épidémie de la "grippe espagnole".
Le lycée va donc pouvoir, tout au long du conflit, dans des conditions difficiles, assurer avec succès sa mission enseignante. Le lycée du Mans, ce sont aussi les six enseignants et les cent-soixante élèves morts au champ d'honneur, dont la mémoire, rappelée au cours de chaque année durant le conflit, est pérennisée par le monument aux "Enfants du lycée morts pour la France" inauguré en novembre 1922.